Le castor d’Europe rongeur et bâtisseur réintroduit en 1975 en France .

L’environnement naturel d’exception, le massif des Alpes offre la possibilité d’observer avec calme et discrétion de nombreuses espèces animales. C’est le cas du castor d’Europe et du gypaète barbu. En voici les petits secrets.

Réintroduit en Haute-Savoie dans les années 1975 au niveau de la rivière des Usses, le castor a progressivement colonisé les marais de Chautagne, le canal de Savières et, en descendant le Rhône, le lac du Bourget, jusqu’à sa partie sud où on le retrouve depuis 1999. Il se nourrit essentiellement de branches, de feuilles et d’écorces ; saules et peupliers, au bois tendre, ont sa préférence.

Contrairement aux idées reçues, ce rongeur aquatique au pelage brun très dense et à la queue aplatie et écailleuse, le plus gros de notre continent, n’a pas d’impact négatif sur le plan écologique. Bien au contraire, il apporte une réhydratation du milieu en cas de construction de barrages et d’ouverture à travers sa taille des cordons d’arbres implantés sur les berges. Un vrai bienfaiteur au regard des protecteurs de la nature !

Certes le castor est parfois l’auteur de dégâts occasionnés dans les peupleraies de Chautagne mais il y a une explication simple à cela. Celles-ci se situent malheureusement trop près des drains qu’il utilise comme voie navigable, lui qui ne s’en éloigne guère au-delà d’environ 30 mètres. Lorsqu’il se déplace dans l’eau, son corps, dont la longueur est supérieure à 1 mètre à l’âge adulte, est totalement immergé à l’exception de sa tête et sa nuque.

Aujourd’hui, comme le souligne André Miquet, responsable du service scientifique et animation territoriale du Conservatoire d’espaces naturels de la Savoie, « la capacité d’accueil du lac semble atteinte avec aucun nouveau site à coloniser pour le castor et une expansion possible pour lui, mais limitée, plutôt vers les quelques affluents du lac ».

  • Savoie: Un arbre abattu par les castors sur la voie lacustre, à Tresserve lac du Bourget le 16 février. 2021

Les eaux se retirent et la voie lacustre en bordure de lac, entre Aix-les-Bains et Viviers, commence à émerger de nouveau. Ce qui permet de constater quelques dégâts liés à l’activité des castors, qui sont bien présents dans cette zone.

La montée des eaux et la tranquillité retrouvée pour la faune sauvage, en l’absence de cyclistes et de joggeurs, ont certainement favorisé et aiguisé l’appétit de ces rongeurs voraces.

Au niveau du restaurant Le Coulant Baraqué, à Tresserve, un arbre est couché en travers de la voie lacustre, rendant pour le moment la circulation impossible sur ce chemin.

La découpe du tronc ne laisse aucun doute sur la nature du ou des coupables de l’abattage de l’arbre.

  • Sainte-Hélène-sur-Isère Savoie : les castors, une espèce protégée qui pose parfois problème le 2 mars 2021

Des castors occupent actuellement la zone du pré de Néron à Sainte-Hélène-sur-Isère. Les castors, considérés comme une espèce protégée, il est important de respecter leur mode de vie. Mais leurs barrages provoquent des inondations que les pouvoirs politiques doivent contrôler. le 02 mars 2021

Voilà quelques années, une famille de castors d’Europe s’est installée à Sainte-Hélène-sur-Isère, sur un secteur qui s’étend depuis la zone naturelle humide du pré Néron jusqu’au ruisseau de la Combaz. Les différents barrages construits par les castors, une espèce protégée, ont engendré ces dernières semaines des inondations sur la piste cyclable et une partie de la route. Élus, techniciens et spécialistes se sont rencontrés pour évaluer la situation.

Le 04/10/2021 Lac de Villargondran à 12 heures. 20’ dans une eau à 11/12° celsius. J’ai nagé et vu un castor qui fit une cercle de 360° autour de moi avant de repartir dans les arbres longeant la lac . Il pleut  sans vent. Température 10 ° celsius à 15h. Casse croûte sous la pluie à l’abri des arbres .

Jean Marc bertolo 66 ans et son 38 eme Ironman Vichy le 22 août 2021

Jean Marc Bertolo .

Je rencontre souvent au lac de Villargondran ou il vient parfois nager mais il n’aime pas nager en eau vive; cet immense champion si modeste qui habite la savoie Saint Jean de Maurienne, et qui a fait carrière à l’usine d’aluminiun de la vallée, il me dit regarde sur internet, il y a des choses que j’ai faites ?

Jean Marc Bertolo à Saint Jean de Maurienne

Ironman Hawaii 2012 : ITW Jean-Marc Bertolo – VimeoIronman Hawaii 2012 : ITW Jean-Marc Bertolo – Vimeo

MAURIENNE MAG N°107 – Vidéo Dailymotion

www.dailymotion.com › video     

Cette semaine, l’invité de Maurienne Mag est JeanMarc Bertolo, triathlète Mauriennais, champion d’Europe …

25 sept. 2012 · Ajouté par Maurienne TV

Classement :

1er Rollin Boris SEM 9h 12’56 »

356eme Bertolo Jean Marc : Premier V6M 11 h 57′ 30  »

Dernier 1075eme Tachmazoglou Ilias V2 M 16h 56′ 41 »

Vichy : La course 22 Août 2021

A travers l’IRONMAN et IRONMAN 70.3, Vichy déploie sa capacité d’accueil. Vichy est la seule ville au monde à accueillir les deux épreuves de l’IRONMAN sur un même week-end. 4 000 athlètes sont attendus pour se challenger sur le territoire de Vichy Communauté, ils vont alors affronter les eaux de l’Allier, traverser un cadre exceptionnel, se mesurer à la Montagne Bourbonnaise…

Parcours natation

Parcours bike

Parcours run

Le programe

Jeudi 19 août

  • 9h00 – 19h00 : IRONMAN Expo – Centre Omnisport Pierre Coulon
  • 9h00 – 19h00 : Retrait des dossards – MJC

Vendredi 20 août

  • 09h00 – 19h00 : IRONMAN Expo – Centre Omnisport Pierre Coulon
  • 09h00 – 17h00 : Retrait des dossards 70.3 – MJC
  • 09h00 – 19h00 : Retrait des dossards IM – MJC

Samedi 21 août

  • 6h28 : Départ handisports IRONMAN 70.3 Vichy
  • 6h30 : Départ IRONMAN 70.3 Vichy
  • 9h00 – 19h00 : IRONMAN Expo – Centre Omnisport Pierre Coulon
  • 10h40 : Arrivée du premier IRONMAN 70.3
  • 16h00 : Cérémonie des récompenses IRONMAN 70.3 – Théâtre de Verdure
  • 17h00 : Slots Championnat du Monde IRONMAN 70.3 – Théâtre de Verdure

Dimanche 22 août

  • 6h30 : Départ de l’IRONMAN Vichy
  • 09h00 – 19h00 : IRONMAN Expo – Centre Omnisport Pierre Coulon
  • 15h50 : Arrivée du 1er
  • 16h20 : Arrivée de la 1ère
  • Vendredi 20 août 0h00: Arrivée du dernier athlète – Finish Line Party

En images

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Alain Simac-Lejeune .Traverser la Manche à la nage, sans combinaison, le dernier défi fou d’un champion de Haute-Savoie. Le 16 septembre 2021 en 15 heures et 11 minutes .

le 14 septembre 23h15’

Aux dernières nouvelles, mon départ est programmé pour jeudi 16 septembre à 5h heure anglaise (6h française) avec Masterpiece.

Les conditions météorologiques semblent bonnes, la marée est faible et je devrais pouvoir faire une belle traversée.

Je m’attends à des premières heures difficiles avec un départ de nuit dans le froid sachant que j’ai de la fièvre depuis deux jours mais le lever du soleil devrait me permettre de profiter ensuite d’une belle journée.

A un peu plus de 24 heures du départ, ce sont les 4 années d’attente et de report qui vont enfin prendre un sens. J’en ai peur mais j’attends ce moment depuis longtemps. Je ne sais pas si j’irai au bout vu mon état (fatigue, entraînement, COVID, fièvre) mais je vais vivre cette traversée à 200% et je ferais de mon mieux pour aller au bout.

Pendant ces heures à nager, je sais que vous êtes nombreux à être derrière moi et à y croire. Merci à tous.

le 16 septembre à 4h du matin .

https://fb.watch/89kPOau8Fv/ via @FacebookWatch

La manche est quelque chose de spécial. Elle a résisté à Antoine hier et vient de résister à Mickael cette nuit. Je ne sais pas encore si je vais réussir mais de prendre le départ est déjà quelque chose de fantastique.

Quelque soit le résultat, je pense à tout ceux sans qui je ne serais pas là aujourd’hui et que je remercie de tout mon cœur, dans le désordre :

– Harry Mardle pour me prendre sur son bateau

– Mick Ael qui s’est battu pour m’aider à financer la traversée

– Julien Segretain et Jean Michel Ciceron pour m’avoir accompagné cette semaine, m’avoir remonter le moral, préparer pour aujourd’hui et être là toute la journée

– encore Julien pour le travail fantastique de communication et autour du projet

– Vincent Lbd pour m’avoir suivi dans mes défis, dans mes préparations et pour ses encouragements

– Gilou Grabski pour l’entraînement, le coaching, le test de 6 heures et bien plus encore

– Julien Benoist pour la prepa d’une bonne partie

– Vincent, Gilou et Fred’eau pour m’avoir emmener en relais pour préparer ce jour, vous n’avez pas idée à quel point ça m’a préparé dans ma tête pour ce jour

– Thibaud Collet pour son stage de préparation, il m’a aidé à me poser les bonnes questions cette année

– Jacques Tuset pour le premier stage et des partages

– Stephane Lorenzo pour ses partages sur sa traversée et la transmission de sa passion

– mes enfants Valentin, Tom, Charlotte et Marin pour qui je reste un super héros

– Sandrine Simac-lejeune qui m’a supporté sur mes projets pendant tant d’années, qui m’a soutenu même quand ça lui coûtait et qui encore aujourd’hui continue d’être derrière moi par des encouragements d’une très grande force. Jamais je n’aurai pu réussir tout ça sans toi et je ne trouverai jamais comment te rendre l’appareil

– Karine qui a fini par me faire comprendre que l’important c’est pas de le finir ou de gagner ou d’être le meilleur mais juste de le vivre

Honnêtement, que j’aille au bout ou non, j’ai déjà tout gagné car être entouré par autant de belles personnes c’est déjà la plus belle chose que je peux avoir. Merci à tous vraiment merci et maintenant pour vous tous, je vais me battre, je vais vivre cette traversée, la vibrer et en faire le plus beau des souvenirs. N’est-ce pas ça la plus belle chose ?

Traverser la Manche à la nage, sans combinaison, le dernier défi fou d’un champion de Haute-Savoie

« À travers cette traversée, je souhaite montrer qu’il est possible de réaliser ses rêves, même les plus fous ! « . Parti des côtes anglaises ce jeudi 16 septembre au matin, Alain Simac-Lejeune devrait arriver vers 20H00 à Calais. Mais la traversée est longue et semée d’embûches.

Traversée de la Manche

Traversée de la Manche • © Julien Segretain

Il est parti ce jeudi 16 septembre 2021 à 5 h 50 de la plage de Folkstone au sud-est de l’Angleterre. Son objectif : atteindre la plage de Wissant après 34 km de nage dans une eau avoisinant les 15° en moyenne. Haut-savoyard d’origine, Alain Simac Lejeune nage depuis l’âge de 11 ans. L’année d’après, il a intégré le pôle sport-études d’Annecy pour finalement remporter son premier titre de champion de France minimes sur 50 mètres nage libre 4 ans plus tard.

Comme un poisson dans l’eau, il multiplie les exploits depuis 5 ans. Vainqueur des 24 heures de Lausanne en 2015. Il établit le record du monde sur 48 heures, établissant la plus longue distance parcourue en bassin : 102 km. En 2019, il tire une péniche de 42 tonnes sur 200 mètres dans le canal de l’Ourcq avec 13 autres nageurs et nageuses en moins de 5 minutes, record du monde. Cette même année, il devient le meilleur nageur d’eau froide de France.

Mais aujourd’hui, c’est à l’Everest de la nage qu’il s’attaque : la traversée de la Manche, un rêve de gosse. « Au travers de cette traversée, je souhaite montrer qu’il est possible de réaliser ses rêves, écrit il, même les plus fous. Lever les freins, en allant jusqu’au bout !« . Aller au bout de soi-même pour réaliser ses rêves, c’est le credo d’Alain qui dirige une école d’ingénieur à Lyon.

Alain Simac-Lejeune, face à la mer

Alain Simac-Lejeune, face à la mer • © Julien Segretain

Le défi est de taille et les obstacles sont nombreux avant de venir à bout de cette traversée mythique. Ce jeudi matin encore, vers 11 h 00, il a dû s’armer de patience lors de la traversée d’un banc de méduses. Il lui faut aussi lutter contre les courants qui doublent la fatigue, affronter les vagues et respirer le gasoil du bateau de fortune qui lui assure la sécurité et les ravitaillements. Autre source d’inquiétude, les cargos monstrueux qu’il faut surveiller à tout instant et la température de l’eau qui peut descendre jusqu’à 12°. Le nageur de l’extrême ne porte pas de combinaison, seule une couche de graisse à traire le protège du froid.

Plus il se rapprochera de son objectif, plus la difficulté va monter en puissance. La fatigue aidant, il faudra tenir bon mentalement et physiquement, 34 km à la nage ça use. Et comme tous les nageurs qui se frottent à cette traversée périlleuse, Alain sait que rien n’est joué, même lorsqu’on est plus qu’à 1 kilomètre des côtes françaises. On appelle cette zone, le cimetière des nageurs, c’est là que les abandons sont les plus nombreux, c’est là que les nageurs « craquent » à bout de forces, si près du but. Après 13 ou 14 heures de nage les courants paraissent insurmontables.

Si tout va bien, Alain Simac-Lejeune doit arriver à Cap Gris nez ou sur la plage de Wissant aux alentours de 20 h 00.

Traversée de la Manche en solo 2021 ·

Il l’a fait. En 2 mots !

➡️ Premier français (et le seul) à réussir une traversée de la Manche en 2021 ! 🏊‍♂️

➡️ 27 ème français à réussir une traversée de la Manche ! 🏊‍♂️

Shock weekend. Trails du Galibier/Thabor les 21/22 Août 2021.

Samedi 21 Août .

Le 21/08/2021 Trail du Galibier Thabor Valmeinier:  32 km et 2000 D+ 7h48’06’’’ 32 km à 4,12 km de moyenne, Premier M 8,  D+ 2000 m 3842 calories et 112 bpm soit 70 % de ma VMA ,arrivé 71 eme homme , classement général 95 eme sur 101 arrivants et 26 abandons .Temps très beau et chaud, je me rappellerai du glacier et des énormes blocs de rochers à escalader à 2800m d’attitude, chute et fracture de la première phalange du 5eme rayon main gauche .Première crampes à 4 km de l’arrivée, vraisemblablement manque de sel !!! dur dur .

Nous étions une dizaine de coureurs bloqués sur ces rochers énormes chavirés par le glacier, un coureur Normand a déchiré sa chaussure sur une pointe de rocher, un autre dû être hélitreuillé avec une forte douleur à une cheville, sans aucun accès possible en cette altitude .

Dimanche 22 Août

Le 22/08/2021 Trail du Galibier Thabor des aiguilles : 21 km et 1280 D+ 4h36’07’’ à 4,36 km de moyenne, Premier M 8,  2647 calories et 125 bpm soit 78 % de ma VMA ,arrivé 89 eme homme , classement général 116eme sur 118 arrivants et 26 abandons .Temps beau et chaud, pas de crampes,

Ma main me fait mal, elle est très enflée , mes amis sont là, Marine Riboud et Charles Jauneau ostéopathes et boxe thailandaise par ailleurs m’envoient et me recommande au médecin de Valloire , le docteur Sylvain Lamotte certifié en traumatologie du sport. Son diagnostic est formel après les radios d’usage, fracture de la base de la première phalange du cinquième rayon de l’auriculaire main gauche .Je ne souhaite pas être plâtrée, alors il me propose une attelle « type Exos Boxer » préformé à chaud . Je refuse le paracétamol , il paraît qui je suis insensible à la douleur, j’ai couru 21 km depuis ma chute hier et 21 km aujourd’hui,environ 7 heures de course blessé avant de déclarer forfait …. Rien d’extraordinaire à tout cela , c’est ainsi en montagne .

J’ai gagné mon challenge « WE choc » deux jours de courses avec une nuit de repos .Soit cumulé 12h 24′ 13 » de course , 53 km et 3280 mètres dénivellés positif .

Valloire : Sculpture de pailles et de foin annuel .

La fameuse attelle Exos Boxer .

Avant le départ samedi matin aux aurores !!!!

Deux trails, deux trophées !!!!

l’hôtel Lambert sur L’Ile St Louis Paris .

Mon premier « thread » sur les décors peints – cachés ou oubliés – de l’hôtel Lambert, car il y en a beaucoup qui subsistent, c’est exceptionnel et ils sont sublimes !Début de la visite guidée d’un hôtel hélas inaccessible.

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Vous pouvez suivre la visite avec les plans du 1er et du 2e étages numérotés :

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l’hôtel a été construit entre 1639 et 1642 par Louis Le Vau, pour J.-B. Lambert. Il commanda un premier décor à Eustache Le Sueur (n° 2 du thread), mais meurt en 1644. Son frère hérite de l’hôtel et commande le reste de la décoration à Le Sueur, Perrier, Le Brun…

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On commence la visite au 1er étage, avec ce vestibule. De la grisaille, en veux-tu, en voilà ! Le Vau et Le Sueur ont joué un rôle de 1er plan dans la conception des décors qu’ils ont souvent délégués : « le Sueur a fait peindre en grisaille sur ses Desseins » (Antonini)

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Passé le vestibule, un premier plafond peint pour Jean-Baptiste Lambert (vers 1643-1644) par le jeune Le Sueur (il environ 27 ans, mon âge, owh). Il est situé au 1er étage, dans le grand cabinet : Jupiter présente ses amours, Vénus et Ganymède.

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Suit le cabinet de l’Amour que Le Sueur a peint entre 1645 et 1647. Il a été dépecé de pas mal de tableaux qui sont aujourd’hui au musée du Louvre .L’Amour, car il est le sujet du plafond, quand les lambris montrent des paysages de Patel et l’histoire d’Énée de Romanelli.

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On monte au 2e étage. Jusqu’à présent, on était chez Monsieur, maintenant on va chez Madame. Le vestibule, ouvrant sur les appartements et la galerie, un petit écrin de grisaille toujours du maître Le Sueur et de ses assistants !

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La galerie a été décorée plus tard, on la date grosso modo du début des années 1650 à 1661, et réalisée non pas par Eustache Le Sueur, mais Charles Le Brun. Espace très exigu, voire ingrat pour le peintre, car sa voûte est très plate et basse. Un petit chef-d’œuvre !

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Damien     @DamienTls
Je fais ma thèse sur des œuvres détruites et je tente de ressusciter (Jean-)Michel Dorigny

 

 

 

 

 

 

 

 

Kamala Harris 49 eme Vice-Présidente des Etats Unis

Page d’aide sur l’homonymie
Kamala Harris

Portrait officiel de Kamala Harris (2017).
Fonctions
49e vice-présidente des États-Unis
(élue)
En attente de confirmation par les grands électeurs –
Élection3 novembre 2020
PrésidentJoe Biden
GouvernementAdministration Biden
PrédécesseurMike Pence
Sénatrice des États-Unis
En fonction depuis le
(3 ans, 10 mois et 7 jours)
Élection8 novembre 2016
CirconscriptionCalifornie
Législature115e et 116e
Groupe politiqueDémocrate
PrédécesseurBarbara Boxer
32e procureure générale de Californie

(6 ans)
Élection2 novembre 2010
Réélection4 novembre 2014
GouverneurJerry Brown
PrédécesseurJerry Brown
SuccesseurKathleen Kenealy (en) (intérim)
Xavier Becerra
Biographie
Nom de naissanceKamala Devi Harris
Date de naissance20 octobre 1964 (56 ans)
Lieu de naissanceOakland (Californie, États-Unis)
NationalitéAméricaine
Parti politiqueParti démocrate
ConjointDouglas Emhoff
Diplômée deUniversité Howard
Université de Californie
ReligionBaptisme1
Procureurs généraux de Californie
Vice-présidents des États-Unis

Situation personnelle

Origines et famille

Kamala Devi Harris est la fille de Donald J. Harris (en), économiste et professeur émérite à l’université Stanford, originaire de la Jamaïque, venu aux États-Unis en 1961 pour faire un doctorat à l’université de Californie à Berkeley2, et de Shyamala Gopalan (en), une biologiste et oncologue spécialiste du cancer du sein, originaire du Tamil Nadu en Inde et venue aux États-Unis en 1960 pour faire un doctorat d’endocrinologie à la même université3,4. Elle grandit à Oakland, en Californie. Ses parents se séparent lorsqu’elle a sept ans et Kamala vit à Montréal de 1976 à 1981, avec sa sœur et sa mère, cette dernière ayant obtenu un poste à l’Hôpital général juif et un emploi d’enseignante à l’Université McGill5.

Elle poursuit ses études primaires dans une école francophone, puis entame des études secondaires au Canada à la Westmount High School (en) à Westmount, Québec, où elle obtient un diplôme de fin d’études en 19815.

Elle revient aux États-Unis, à Washington, où elle obtient un baccalauréat universitaire en science politique à l’université Howard6 suivi d’un diplôme de Juris Doctor à l’École de droit Hastings de l’université de Californie à San Francisco. Elle intègre le barreau de Californie en 1990.

Elle revient aux États-Unis, à Washington, où elle obtient un baccalauréat universitaire en science politique à l’université Howard6 suivi d’un diplôme de Juris Doctor à l’École de droit Hastings de l’université de Californie à San Francisco. Elle intègre le barreau de Californie en 1990.

Elle est baptiste, membre de la Third Baptist Church de San Francisco, affiliée aux Églises baptistes américaines USA.

Carrière judiciaire

Débuts dans la région de San Francisco

Kamala Harris est adjointe au procureur de district du comté d’Alameda de 1990 à 1994. En 1994, elle est nommée par le président de l’Assemblée de l’État de Californie, Willie Brown, avec qui elle a une relation extra-professionnelle, à des charges hautement rétribuées à la cour d’appel de l’assurance chômage (en)) et à la commission de l’assurance médicale (California Medical Assistance Commission)13. Après six mois d’interruption de son mandat de procureur, elle le réintègre tout en combinant celui-ci avec ces deux autres charges. Sa relation avec Willie Brown suscite des critiques, tandis que celui-ci défend son activité13,14,15. En 2019, Willie Brown affirme qu’il « pourrait avoir aidé sa carrière » à travers ses nominations de 199416. Il rompt avec elle lorsqu’il est élu maire de San Francisco en 199617. En 1998, elle est choisie par le procureur du district de San Francisco Terence Hallinan (en) pour diriger le département des enquêtes criminelles (Career Criminal Division). Elle a sous son autorité cinq autres procureurs, et mène des poursuites pour des cas d’homicides, de cambriolages, de braquages, et d’agressions sexuelles, particulièrement dans des cas relevant de la loi des trois coups18. L’adjoint de Terrence Hallinan, nommé Darrell Salomon, s’active contre Kamala Harris19, à propos du référendum 2000 California Proposition 21 (en), qui aurait permis aux procureurs de poursuivre des prévenus mineurs (moins de 18 ans) devant des cours pour majeurs plutôt que devant des cours pour mineurs20. Kamala Harris n’est pas favorable à ce référendum21. En 2000, elle est engagée par la mairie de San Francisco pour épauler l’avocate de la ville (en) Louise Renne (en)22. Kamala Harris y dirige la division de l’aide aux familles et aux enfants, traitant les cas d’abus et d’absence de soins. Louise Renne la soutient officiellement dans sa campagne à l’élection comme procureur du district.

Procureure du district de San Francisco

Article détaillé : Historique électoral de Kamala Harris(en). Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue pour ajouter du contenu sur ses deux mandats de procureure (voir version anglophone qui a beaucoup de contenu sourcé sur toute la carrière de Harris) !

En 2003, elle est élue procureur du district de San Francisco face à Terence Hallinan23 et Bill Fazio17, avec 56% des voix, devenant la première procureur de district de couleur de Californie24 et la première femme à occuper cette fonction à San Francisco25. Elle promet de ne jamais requérir la peine de mort et de plaider pour les « trois coups » seulement s’il s’agit de crimes avec violences26.

Kamala Harris mène une campagne « énergique », assistée de l’ex-maire de San Francisco Willie Brown, de la sénatrice de Californie Dianne Feinstein, de l’écrivain et caricaturiste Aaron McGruder, et des comédiens Eddie Griffin et Chris Rock27,28. Elle tente de se différencier de Terence Hallinan en critiquant son bilan29. Elle affirme qu’elle a quitté le parquet de ce dernier parce qu’il était technologiquement incapable et « dysfonctionnel », insistant sur le taux de condamnations « abyssal » de 52% pour les crimes majeurs, en dépit d’une moyenne californienne de 83%30. Elle accuse Terence Hallinan de promouvoir des gens sans mérite dans son parquet et de cacher dans les poursuites des allégations d’abus[pas clair]31. Elle affirme de plus que son parquet ne fait pas assez pour limiter la violence armée dans la ville, particulièrement dans les quartiers pauvres comme Bayview ou Tenderloin, et critique sa propension à accepter des négociations de peine dans les cas de violence domestique32,33.

Lors de la campagne, elle est vivement critiquée pour sa proximité avec Willie Brown34. En réponse, elle tente de se distancier de ce dernier35, affirmant que sa carrière est « derrière lui » et qu’elle « ne lui doit rien », tout en refusant « de concevoir [s]a campagne autour d’une critique » de Willie Brown17.

En 2007, c’est sans opposition qu’elle se représente pour un deuxième mandat36.

Procureure générale de Californie

Portrait officiel de Kamala Harris comme procureure générale de Californie (2010).

En 2010, elle est élue procureure générale de Californie et réélue en 2014 pour un second mandat37. Elle est la première femme à occuper ce poste25.

En matière de stupéfiants, elle lance le programme dit « Back on Track » (« Remise sur les bons rails »), pour réduire la récidive des primo-délinquants condamnés pour des infractions non assorties de violences. Par ailleurs, elle fait le choix de ne pas s’associer à l’effort de plusieurs États qui tentent de faire retirer la marijuana de la liste fédérale des substances les plus dangereuses tenue par la Drug Enforcement Administration (DEA).

En matière d’abus policiers, elle revendique un bilan progressiste, avec notamment les premiers programmes, soutenus par l’État de Californie, de formation des personnels judiciaires aux biais inconscients (en), l’usage de caméras-piétons pour les agents de son département de la justice, des enquêtes sur les pratiques des policiers, et la demande que les données concernant les décès ayant lieu au cours d’arrestations ou lors de détentions, ainsi que ceux dus à des tirs par des agents du maintien de l’ordre, soient rendues publiques.

L’une des actions phares de son mandat de procureure générale d’État est son implication, lors de la crise des subprimes, dans la négociation d’un accord national avec les cinq plus grandes sociétés de prêts hypothécaires du pays, accusées d’avoir utilisé des méthodes illégales dans leurs saisies immobilières. En septembre 2011, après un an des négociations, menées avec d’autres procureurs d’État et des autorités fédérales, elle abandonne ses poursuites. Kamala Harris défendra plus tard sa décision en affirmant que l’accord qui était en voie d’être conclu n’apportait pas suffisamment d’aides à la Californie, et protégeait les banques de futures enquêtes sur les pratiques financières qui avaient mené à la crise des saisies immobilières. Elle affirme qu’elle a décidé d’interrompre ses poursuites et ses négociations après une rencontre avec les banques, qui prévoyaient selon elle un accord d’une valeur de 2 à 4 milliards de dollars, qu’elle considérait bien trop faible. Quelques mois plus tard, un accord national est signé, tandis que Kamala Harris a pu conclure, avec les trois plus grands fournisseurs d’hypothèques : les banques Wells Fargo, JPMorgan Chase et Bank of America, un accord séparé concernant la Californie. Le dit accord prévoit une réduction de dette de 12 milliards pour des propriétaires californiens, avec au total de 18 milliards d’aides financières. Plus précisément, les banques réduiront les dettes de 18,4 milliards, et apporteront 2 milliards en aides financières sous d’autres formes.

Seuls quelques directeurs d’agences bancaires à l’origine de la crise seront poursuivis. C’est le cas de Steven Mnuchin, ex-directeur général de la banque OneWest (en) et futur secrétaire du Trésor des États-Unis au sein de l’administration Trump, qu’elle refusera, en 2012, de poursuivre, lui et sa banque, pour fraude hypothécaire, malgré une enquête et une recommandation du département de la Justice de Californie. Ses critiques de gauche lui reprochent d’avoir fait preuve de trop de retenue vis-à-vis du secteur financier, soulignant son inaction dans ce cas et d’autres, notamment par le fait que l’équipe anti-fraude hypothécaire qu’elle a créée « n’a traité que trois cas en 10 ans ». En 2017 au Sénat, elle vote contre la nomination de Mnuchin au poste de Secrétaire du Trésor et, en réponse aux critiques, explique que « nous avons agi selon les faits et les preuves ».

En ce qui concerne les crimes sexuels, elle ordonne aux agents de probation de ne pas appliquer l’assignation à résidence à l’encontre des délinquants sexuels. Elle s’attaque à la pornodivulgation. Son action concernant le cas George Cage est contestée par des journalistes travaillant pour The New York Times, étant donné qu’elle contribue à le maintenir en prison sans preuves du viol qu’il est soupçonné d’avoir commis. Elle refuse de défendre devant les tribunaux l’interdiction du mariage homosexuel dans tout l’État (cette interdiction est connue sous le nom de proposition 8, qui est un référendum ayant le même objectif).

En 2017, Larry Wallace, l’un des adjoints de Kamala Harris accepta une transaction de 400 000 dollars pour l’arrêt d’une procédure engagée à la suite d’accusations de harcèlement à l’encontre d’une de ses assistantes, dans un emploi antérieur, fait ignoré par Kamala Harris au moment où elle l’a embauché49. Elle se voit également reprocher par certains journalistes de ne pas travailler à la lutte contre les discriminations à l’encontre des justiciables de couleur ou de ne pas contribuer à améliorer la justice criminelle50,42,51.

« Kamala Harris a passé toute sa carrière à lutter pour des réformes du système de justice pénale et à en repousser les limites afin de protéger les justiciables et de leur apporter équité et responsabilité », dit Lily Adams, l’une des porte-parole de la candidate à la vice-présidence des États-Unis52.

Parcours politique

Sénatrice des États-Unis

Kamala Harris et son époux Douglas Emhoff devant le Capitole des États-Unis en juillet 2018.

Kamala Harris lors d’une manifestation concernant les soins de santé aux États-Unis en juin 2017.

En janvier 2015, la sénatrice démocrate Barbara Boxer annonce qu’elle ne se représentera pas à l’élection sénatoriale de 2016, après 24 ans de mandature. La campagne, pressentie comme très compétitive, voit Antonio Villaraigosa, ex-président du parlement de l’État et maire de Los Angeles, faire très vite part de son intérêt pour ce mandat, tandis que Kamala Harris est la première à se déclarer candidate53. Gavin Newsom, alors lieutenant-gouverneur de Californie et le financier Tom Steyer, autres potentiels candidats favoris, ne se déclarent pas intéressés54,55. Kamala Harris est la favorite grâce au fort soutien qu’elle reçoit dès le début56, notamment des sénateurs démocrates Elizabeth Warren, Cory Booker et Kirsten Gillibrand53 et des milieux des forces de l’ordre. Dès le début de la campagne des rivalités régionales et ethniques se manifestent, les décideurs du Parti démocrate étant plutôt situés au Nord (les deux sénatrices Barbara Boxer et Dianne Feinstein venant de la baie de San Francisco) et Antonio Villaraigosa, venant du Sud. S’il était élu, il pourrait devenir ainsi le premier sénateur latino. Willie Brown invite Antonio Villaraigosa à ne pas se présenter par « loyauté » envers Kamala Harris, et le président du Parti démocrate de Californie John Burton réfute les insinuations d’une tentative des dirigeants du parti de favoriser Kamala Harris. Quelques semaines plus tard, Antonio Villaraigosa se résout à ne pas se présenter, mettant ainsi Kamala Harris face à des candidats inconnus du grand public comme Loretta Sánchez, Xavier Becerra et Adam Schiff54,57,55.

En février 2016, Kamala Harris obtient le soutien du Parti démocrate de Californie, en réunissant 78 % des suffrages parmi les délégués du parti réunis en convention58. Le 7 juin, elle arrive largement en tête de la primaire59 avec 39,9 % des voix, suivie par la représentante démocrate Loretta Sánchez (18,9 %) qu’elle affronte en novembre lors de l’élection générale60. 34 candidats de divers partis participent à la primaire56. Pour la première fois, aucun candidat républicain ne participera à l’élection sénatoriale de novembre61 : Duf Sundheim, qui fait le meilleur score parmi les républicains, étant arrivé troisième de la primaire avec 7,8 % des suffrages60.

En juillet 2016, après la primaire, elle obtient les soutiens du président Barack Obama et du vice-président Joe Biden62, auquel s’ajoutent, en octobre, c’est-à-dire vers la fin de la campagne, ceux de sa prédécesseure Barbara Boxer et de l’autre sénatrice de Californie Dianne Feinstein63.

Entre la primaire et l’élection générale, la campagne ne passionne pas56,64, notamment en raison d’une campagne nationale qui occupe tout l’espace médiatique65 et en raison des faibles différences idéologiques entre Kamala Harris et Loretta Sánchez64, bien que cette dernière courtise également l’électorat républicain64,66. Kamala Harris mène une campagne progressiste et indique que la lutte contre le changement climatique, l’augmentation du salaire minimum, la réforme de la justice pénale et l’interdiction des fusils d’assaut seront parmi ses priorités56. Elle est largement donnée favorite, levant plusieurs millions de dollars et disposant d’une confortable avance de 20 points dans les sondages64. Son statut de favorite lui permet de faire campagne pour d’autres candidats démocrates, à la Chambre des représentants et à la législature de Californie56. En novembre 2016, elle remporte l’élection avec 61,6 % des voix et arrive en tête dans 54 des 58 comtés de l’État.

Kamala Harris prête serment en tant que sénatrice des États-Unis le 3 janvier 2017, devant le vice-président (et donc président du Sénat) Biden et sa famille. Elle devient la première sénatrice américaine d’origine indo-américaine et la deuxième sénatrice afro-américaine après Carol Moseley-Braun. Lors de son accession au Sénat, elle entre à la commission du renseignement et à la commission sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales. L’année suivante, elle siège à la commission sur la justice. Grâce à son expérience de procureure, elle se fait remarquer pour ses échanges musclés avec des membres de l’administration Trump, à l’image de Jeff Sessions et Brett Kavanaugh. Des Républicains, dont Donald Trump, lui reprochent son manque de respect des personnes auditionnées. Hors des audiences publiques, ses collègues démocrates comme républicains reconnaissent sa compétence lors des interrogatoires, en particulier lorsqu’elle siège dans la commission du renseignement dont la plupart des réunions se déroulent à huis clos.

Élection présidentielle de 2020

Primaires démocrates

Kamala Harris en campagne pour la nomination démocrate pour l’élection présidentielle de 2020, à Des Moines (Iowa) en 2019.

Dès le début de son mandat au Sénat, elle apparaît comme l’une des opposantes démocrates les plus déterminées aux décisions prises par l’administration Trump, suscitant des questions sur sa possible candidature aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 202073,74. À l’approche d’une possible candidature présidentielle, des reproches provenant de la gauche et accusant Kamala Harris de ne pas avoir suffisamment lutté dans sa carrière contre les violences policières se font entendre75. En mars 2018, Kamala Harris soutient les liens forts entre Israël et les États-Unis dans un congrès organisé par le lobby pro-israélien AIPAC76. Elle est considérée (par exemple par le Washington Post) comme proche de Barack Obama et des dirigeants du Parti démocrate77,78. Le 21 janvier 2019, elle annonce sa candidature à l’investiture démocrate79. Cette déclaration entraîne une hausse forte et rapide des intentions de vote en sa faveur80,81,82. Elle publie par la suite deux autobiographies : The Truths We Hold: An American Journey et un livre pour enfants intitulé Superheroes Are Everywhere83.

Logo de campagne de Kamala Harris pour les primaires présidentielles démocrates de 2020.

Elle attire l’attention médiatique à la suite du premier débat télévisé entre les candidats à l’investiture démocrate, organisé le 28 juin 2019, où elle s’oppose au favori Joe Biden, l’accusant d’avoir travaillé avec des sénateurs favorables à la ségrégation raciale aux États-Unis. Cependant, la dynamique qu’elle a créée après ce premier débat semble éphémère et les intentions de vote en sa faveur s’essoufflent pendant l’été, notamment à cause de ses positions contradictoires au sujet de l’assurance-maladie. Lors du débat télévisé entre les principaux candidats démocrates du mois d’octobre, elle demande l’interdiction du compte Twitter de Donald Trump, l’accusant d’utiliser cette plateforme et ses 65 millions d’abonnés pour faire obstruction à la justice et intimider les témoins dans la procédure de destitution le visant86.

Entre novembre et décembre 2019, elle n’est créditée que d’environ 3 % des intentions de vote87 alors qu’elle talonnait Joe Biden dans les enquêtes d’opinion réalisées quatre mois plus tôt88. Le 3 décembre, elle annonce le retrait de sa candidature, évoquant un manque de moyens financiers89. En mars 2020, elle apporte son soutien à Joe Biden90 bien qu’elle indique croire aux accusations d’agressions sexuelles portées à son encontre91.

Candidature à la vice-présidence

Logo de campagne de Joe Biden et Kamala Harris pour l’élection présidentielle de 2020.

Kamala Harris portant un masque chirurgical lors de la pandémie de Covid-19 en août 2020.

Lorsque Joe Biden devient le candidat présumé du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2020, elle fait rapidement figure de favorite pour être désignée candidate démocrate à la vice-présidence92,93. Le 11 août 2020, Joe Biden confirme qu’il la désigne pour être sa colistière94. Elle est la troisième femme (après la démocrate Geraldine Ferraro en 1984 et la républicaine Sarah Palin en 2008) candidate à la vice-présidence de l’un des deux grands partis américains95,96, ainsi que la première personne afro-américaine et la première personne asio-américaine97. Elle devient aussi le premier candidat sur un ticket du Parti démocrate à représenter un État de la côte ouest des États-Unis98. Pendant la campagne électorale, Donald Trump, rappelant ses origines indiennes et jamaïcaines, déclare à son sujet : « Kamala Harris ne pourrait jamais devenir la première femme présidente, ce serait une insulte à notre pays », « sans qu’il juge nécessaire de préciser devant ses partisans ce qui serait insultant » commente Philippe Corbé sur RTL99.

Le 7 octobre 2020, elle est confrontée au vice-président sortant Mike Pence durant un débat télévisé à Salt Lake City, dans l’Utah100. Une semaine plus tard, Kamala Harris annonce qu’elle suspend momentanément sa campagne en raison de cas de Covid-19 détectés dans son entourage proche101.

En août 2020, il est annoncé qu’en cas de victoire, le poste de cheffe de cabinet de Kamala Harris serait occupé par Karine Jean-Pierre102.

Vice-présidente des États-Unis

Après l’élection du , Joe Biden est annoncé le 7 novembre par de nombreux médias américains comme ayant dépassé les 270 votes des grands électeurs, majorité qui lui assure d’être élu 46e président des États-Unis, bien que Donald Trump conteste les résultats103. Kamala Harris devient vice-présidente élue104.

Elle est la première femme, ainsi que la première personne afro-américaine et indo-américaine, élue à la vice-présidence des États-Unis105,106.

Positions politiques

Armes à feu

En réponse à la fusillade de 2017 à Las Vegas, Kamala Harris appelle à davantage de contrôle des armes à feu. Elle déclare que les pensées et prières restent des réponses insuffisantes à ces fusillades et appelle à « s’engager et à agir. Un autre moment de silence ne suffira plus »107,108[réf. à confirmer].

Environnement

En septembre 2018, Kamala Harris et sept autres membres du Sénat parrainent une proposition de loi écrite par leur collègue Elizabeth Warren, le Climate Risk Disclosure Act, demandant plus de transparence aux grandes entreprises sur les risques économiques et financiers liés au changement climatique109. Selon Elizabeth Warren cette loi utiliserait « les forces du marché pour accélérer la transition des combustibles fossiles vers des énergies plus propres — réduisant ainsi les risques d’un problème environnemental et financier catastrophique, sans dépenser l’argent des contribuables »110. Kamala Harris a déclaré que son objectif serait que les États-Unis produisent 100% de l’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables. Elle soutient le Green New Deal, tel qu’introduit par la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, déclarant que « le changement climatique est une réalité qui nous menace tous »111.

Immigration

Kamala Harris soutient la politique de sanctuarisation de la ville de San Francisco112. D’autre part, elle pense qu’il est important que les immigrants puissent dialoguer sans crainte avec les forces de l’ordre113.

Police et justice

Elle revendique une carrière de procureure progressiste40, tout en ayant participé à la culture politique de répression dure à l’égard de la criminalité qui a prévalu en Californie après les années 1970, tant au sein des Républicains que des Démocrates114. Cette culture aurait contribué à un très haut taux d’emprisonnement des Afro-Américains, qui représentaient cinq fois leur proportion de la population de l’État. Cet emprisonnement disproportionné, devenu un sujet majeur de la campagne présidentielle de 2020, handicape Kamala Harris, qui compte sur le soutien des Afro-Américains, alors que nombre d’entre eux ne voient pas d’un bon œil ses 27 ans à mettre en œuvre des lois qui enfermaient des Afro-Américains. De manière plus générale, les tensions entre la communauté noire et les forces de l’ordre sont profondes. Au cours de sa campagne, elle promet de diminuer l’emprisonnement de masse et de corriger les inégalités raciales dans le système judiciaire. En tant que procureure générale, elle a lancé un programme de formation aux biais inconscients pour les forces de l’ordre, et comme procureure de district elle a initié un programme qui donnait la possibilité d’un non-lieu aux primo-délinquants pour des faits non accompagnés de violence s’ils terminaient une formation professionnelle. Ses critiques lui reprochent son attitude au tribunal quand il s’agissait de faire appliquer la peine de mort en vigueur en Californie, malgré son opposition personnelle, et ses menaces d’emprisonnement envers les parents d’écoliers absentéistes chroniques114. À ce sujet, elle est notamment la cible du mouvement Black Lives Matter25.

Moyen-Orient

Kamala Harris a déclaré au média américain The Arab American News[Quand ?] « croire en la valeur de chaque Palestinien et de chaque Israélien, et nous travaillerons pour garantir qu’ils jouissent de mesures égales concernant la liberté, la sécurité, la prospérité et la démocratie »115.

Minorités sexuelles

Pendant son mandat en tant que procureure générale de Californie, Kamala Harris refuse de défendre devant un tribunal l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe. Elle soutient les directives de l’administration Obama en faveur des étudiants transgenres. Lorsqu’elle siège au Sénat des États-Unis, elle parraine la loi sur l’égalité (Equality Act), visant à protéger les individus des discriminations en raison de leur orientation sexuelle116.

Santé

Le 30 août 2017, Kamala Harris annonce devant la mairie d’Oakland qu’elle parrainerait le projet de loi « Medicare for All » du sénateur Bernie Sanders, qui promeut un système de santé universel (à payeur unique)1

Woke

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Manifestations du mouvement Black Lives Matter à Oakland en 2014. Le mouvement est considéré comme responsable de la popularisation du mot woke.

Marcia Fudge, représentante au Congrès, avec un t-shirt « Stay Woke: Vote » en 2018.

Le mot woke est un terme apparu durant les années 2010 aux États-Unis, pour décrire un état d’esprit militant et combatif en faveur de la protection des minorités et contre le racisme. Il dérive du verbe wake (« réveiller »), pour décrire un état d’éveil face à l’injustice.

Le terme woke s’est répandu à partir de la fin des années 2010. De nos jours, une personne woke se définit comme étant consciente de toutes les injustices et de toutes les formes d’inégalités, d’oppression qui pèsent sur les minorités, du racisme au sexisme en passant par les préoccupations environnementales. Elles utilisent généralement un vocabulaire intersectionnel. Son usage se serait répandu lors du mouvement Black Lives Matter.

Le terme woke est non seulement associé aux militantismes antiraciste, féministe et LGBT mais aussi à une politique de gauche dite progressiste et à certaines réflexions liées aux problèmes socioculturels (les termes culture Woke et politique Woke sont également utilisés).

Le terme woke a fait l’objet de mèmes, de détournements parodiques et de critiques.

Histoire

XIXe siècle

Les termes woke et wide awake (« complètement éveillé ») sont apparus pour la première fois dans la culture politique et les annonces politiques lors de l’élection présidentielle américaine de 1860 pour soutenir Abraham Lincoln. Le Parti républicain a cultivé le mouvement pour s’opposer principalement à la propagation de l’esclavage, comme décrit dans le mouvement Wide Awakes.

Début du XXe siècle

La pertinence de cette section est remise en cause. Considérez son contenu avec précaution. Améliorez-le ou discutez-en. (février 2021)
Motif avancé : la seule source qui fait le lien entre l’acception traitée par l’article et les autres sources n’est pas consultable

Les dictionnaires d’Oxford enregistrent une utilisation politiquement consciente précoce en 1962 dans l’article If You’re Woke You Dig It de William Melvin Kelley dans le New York Times et dans la pièce de 1971 Garvey Lives! de Barry Beckham (« I been sleeping all my life. And now that Mr. Garvey done woke me up, I’m gon’ stay woke. And I’m gon help him wake up other black folk. »).

Garvey avait lui-même exhorté ses auditoires du début du XXe siècle, « Wake up Ethiopia! Wake up Africa! » (« Réveillez-vous Éthiopie ! Réveillez-vous Afrique ! »).

Fin des années 2000

La première utilisation moderne du terme woke apparaît dans la chanson Master Teacher de l’album New Amerykah Part One (4th World War) (2008) de la chanteuse de musique soul Erykah Badu. Tout au long de la chanson, Badu chante la phrase : « I stay woke ». Bien que la phrase n’ait pas encore de lien avec les questions de justice sociale, la chanson de Badu est associée ultérieurement à ces problèmes.

To stay woke (« rester éveillé ») dans ce sens exprime l’aspect grammatical continu et habituel intensifié de l’anglais vernaculaire afro-américain : en substance, être toujours éveillé, ou être toujours vigilant. Selon David Stovall, « Erykah l’a introduit dans la culture populaire. Elle veut dire « ne pas être en paix », « ne pas être anesthésié » ».

Années 2010

À la fin des années 2010, le sens du terme woke évolue, pour évoquer, selon Charles Pulliam-Moore, « une paranoïa saine, en particulier sur les questions de justice raciale et politique ». Il est adopté plus généralement comme un terme d’argot et fait l’objet de mèmes. Par exemple, MTV News l’identifie comme un mot-clé de l’argot adolescent en 2016.

Le concept woke soutient l’idée que cette prise de conscience est une évidence. Le rappeur Earl Sweatshirt se souvient d’avoir chanté « I stay woke ». Sa mère, dénigrant la chanson, lui aurait répondu: « Non, tu ne l’es pas. »

En 2012, les utilisateurs de Twitter, y compris Erykah Badu, ont commencé à utiliser woke et stay woke en relation avec des questions de justice sociale et raciale et #StayWoke est devenu un mot-dièse largement utilisé. Badu serait à l’origine de la première utilisation politiquement chargée de l’expression sur Twitter. Dans un message de soutien au groupe de musique féministe russe Pussy Riot, elle tweete : « La vérité ne nécessite aucune croyance. / Restez éveillés. Soyez vigilants. / #FreePussyRiot. »

Dans le monde anglo-saxon, le terme woke s’est répandu dans son usage courant à travers les réseaux sociaux et les cercles militants. En 2016, le titre d’un article de Bloomberg Businessweek s’interrogeait ainsi : « Is Wikipedia Woke? » (« Est-ce que Wikipédia est woke ? »), en faisant référence à la base des contributeurs largement blancs de l’encyclopédie en ligne.

Enfin, le terme woke s’est étendu à d’autres causes et d’autres usages, plus mondains. Car, en effet, le monde semble maintenant « éveillé » : la 75e cérémonie des Golden Globes, marquée par l’affaire Weinstein et la volonté d’en finir avec le harcèlement sexuel, était en partie woke, selon le New York Times. Le magazine London Review of Books affirme même que la famille royale britannique est désormais woke après les fiançailles du prince Harry avec l’actrice métisse Meghan Markle, dont les positions anti-Trump sont connues.

Cette large utilisation du terme est telle qu’en 2016, Amanda Hess (en), une journaliste du New York Times, avance qu’il est « devenu presque à la mode pour les gens de clamer à quel point ils sont devenus conscients ». Selon elle, « si le « P.C. » [politiquement correct] est une raillerie de la droite, une façon de dénoncer l’hypersensibilité dans le discours politique, alors le « woke » est un retour de la gauche, une manière d’affirmer le sensible. Cela signifie que l’on veut être considéré comme quelqu’un de correct, et que l’on veut que tout le monde sache à quel point on est correct ». Elle exprime des inquiétudes sur le fait que le mot woke est l’objet d’une appropriation culturelle, écrivant : « Lorsque les Blancs aspirent à s’acheter une conscience, ils naviguent entre l’alliance et l’appropriation ».

Le woke en marketing et dans les affaires

Le 21 novembre 2019, dans un article du magazine Time, la journaliste Alana Semuels détaille le phénomène du « Woke capitalism » (« capitalisme éveillé »), dans lequel les marques tentent d’inclure des messages socialement « conscients » dans les campagnes publicitaires. Dans l’article, elle cite l’exemple de la star de football américain Colin Kaepernick, égérie d’une campagne de Nike avec le slogan « Croyez en quelque chose, même si cela signifie tout sacrifier ». Peu avant, Kaepernick avait créé une controverse en posant un genou à terre pendant l’hymne national américain, dans un geste de protestation contre le racisme et les violences policières contre la communauté noire. Le terme « Woke Capital » a également été utilisé par l’éditorialiste conservateur Ross Douthat (en)24. Selon Ross Douthat, l’attention portée par les entreprises aux injustices sociales n’est que la manifestation d’un « Woke capital », qui se fiche éperdument de la prolifération des armes ou de la transphobie, mais qui a senti le vent tourner. Pour le journaliste indépendant Barthélémy Dont, aborder ces sujets, pour ces entreprises, permet d’esquiver les polémiques sur les réseaux sociaux et de détourner l’attention médiatique de leurs agissements moins glorieux. Barthélémy Dont se questionne également sur la pertinence de la campagne publicitaire de Nike : « Lorsque Nike mettait Colin Kaepernick en tête d’affiche d’une campagne publicitaire, est-ce parce qu’elle voulait « aider les communautés dans lesquelles elle travaille » ou bien parce que son cœur de cible est constitué de jeunes Noirs ? Ce qui est certain, c’est que ses ventes ont augmenté de 31 % dans les jours qui ont suivi ».

De nos jours, le terme « woke-washing » est utilisé pour dénoncer une pratique publicitaire ou communicationnelle par laquelle une marque revendique un engagement de façade similaire au greenwashing mais étendu à d’autres causes que l’environnement, telles que l’égalité entre les sexes, les genres ou encore l’inclusion.

Critiques

Le mot et le concept de culture woke ou de politique woke ont fait l’objet de parodies et de critiques de la part de commentateurs de gauche comme de droite, qui ont décrit le terme comme péjoratif ou synonyme de politique identitaire radicale, de voie vers le racialisme, de forme extrême du politiquement correct, de la cancel culture (culture de « l’annulation ») sur Internet, de la censure politique, de la vertu ostentatoire et d’américanisation des problèmes sociaux. Il a également été critiqué en raison de son influence négative sur le milieu universitaire, la publicité d’entreprise et les médias.

Get Woke go broke

L’expression Get Woke go broke est une expression généralement utilisée pour exprimer le sentiment que les entreprises (notamment celles du secteur du divertissement) qui adhèrent au politiquement correct ou cèdent aux demandes des militants pour la justice sociale, en souffriront financièrement.

Critiques du mouvement woke

L’écrivain conservateur britannique Douglas Murray a critiqué l’activisme moderne pour la justice sociale et « les politiques wokes » dans son livre The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity. Il a également fait valoir que le woke est un mouvement qui a des objectifs respectables, mais qui est maintenant un terme « un peu chargé, de sorte qu’il a été beaucoup moqué ces dernières années et que beaucoup de gens eux-mêmes ne sont pas très enthousiastes à l’idée d’être décrits comme étant des wokes 6. »

Selon Douglas Murray, l’un des problèmes du mouvement woke, est qu’il « aggrave les choses en faisant croire aux gens qu’ils sont meilleurs. » Il rappelle cependant que « Beaucoup d’entre nous n’aiment pas l’antagonisation des gays contre les hétéros ou l’antagonisation des femmes contre les hommes, nous ne voulons pas que les races soient instrumentalisées les unes contre les autres. »

David Brooks, chroniqueur conservateur au New York Times, s’est récemment emparé de ce mot pour souligner une évolution des mœurs. Pour lui, le phénomène naissant est l’expression d’un changement d’ère. Désormais, l’esprit de rébellion s’exprime sur un ton plus directement revendicatif. Poursuivre une quête personnelle, mettre à distance le monde, afficher un style distinctif, trois démarches propres au cool, sont remisées au profit d’une posture plus engagée. David Brooks y voit le signe de l’émergence d’une nouvelle culture, qui ne cache plus sa colère, qui se fait même volontiers grégaire et moralisatrice19.

Dans une tribune pour le New York Times titrée « The Problem With Wokeness », l’éditorialiste David Brooks pointe les dérives du phénomène : « Le plus grand danger de la wokeness extrême est qu’elle rend plus difficile l’exercice de cette habileté que toute vie en société exige, c’est-à-dire la faculté à appréhender deux vérités en même temps. » Il reproche à la mouvance woke un côté bien-pensant, voire « prêchi-prêcha » gauchisant28.

En 2019, Brendan O’Neill (en), rédacteur en chef de Spiked (en), décrit les personnes qui font la promotion de la politique woke comme ayant tendance à être identitaires, des censeurs ou des puritains dans leur manière de penser. Ils sont comme ce « guerrier culturel qui ne peut pas accepter le fait qu’il y ait des gens dans le monde qui soient en désaccord avec lui. » Il affirme également que la politique woke est une « forme plus vicieuse du politiquement correct29. »

L’ancien président des États-Unis Barack Obama a montré son opposition à la course à la pureté idéologique des personnes se revendiquant « woke », qu’il juge contre-productive. Il a déclaré : « Cette idée de pureté, que vous n’êtes pas compromis, que vous êtes politiquement woke (éveillé) – vous devriez la laisser derrière vous, et rapidement. Le monde est en désordre. Il y a des ambiguïtés. Les gens qui accomplissent de très bonnes choses ont aussi des défauts. Les gens contre qui vous vous battez peuvent aimer leurs enfants et même, vous savez, avoir des points communs avec vous »30,31,32,33. Barack Obama critique également les stratégies déployées en ligne par certains militants, s’inquiétant de cette tendance woke, particulièrement au sein des campus universitaires : « Il y a des gens qui pensent que pour changer les choses, il suffit de constamment juger et critiquer les autres », en l’illustrant par un exemple : « Si je publie un tweet ou un hashtag dénonçant vos mauvaises actions, ou le fait que vous avez utilisé le mauvais mot ou le mauvais verbe, et qu’ensuite je peux me détendre et être fier de moi parce que je suis super woke en vous ayant montré du doigt, ça n’est pas pour autant de l’activisme. Ce n’est pas comme ça qu’on fait changer les choses ». Obama ajoute encore : « Si vous vous contentez de jeter la pierre aux autres (sur les réseaux sociaux notamment), vous n’irez probablement pas très loin ».

Pour la philosophe Anne-Sophie Chazaud, « L’importation de ces “concepts” souvent hystériques représente un appauvrissement culturel, une soumission à des schémas de pensée dominants qui sont ceux de l’économie culturelle dominante : comme émancipation, on pourrait faire mieux ! » Par ailleurs, ce modèle anglo-saxon, à la fois des « social justice warriors » et de sa déclinaison à la mode du woke est l’émanation d’une société dans laquelle tout est judiciarisé. Il convient donc d’être en « éveil », ce qui, dans le fond, correspond aussi à la notion de « veille » liée aux nouvelles technologies de l’information et de la communication sur lesquelles règnent les GAFA, afin de pouvoir toujours porter le fer, sur le modèle d’une potentielle action judiciaire permanente. »

Pour l’anthropologue et professeur de psychiatrie Samuel Veissière, ceux qui se revendiquent comme « woke » éprouvent une certaine fierté morale à percevoir de la violence partout : patriarcat, sexisme, héterosexisme, grossophobie, transphobie, etc. Le terme a selon lui maintenant acquis une connotation plus cynique pour dénoter un puritanisme hystérique dans la montée du politiquement correct36. Il ajoute : « Cette sorte d’inconscient judiciaire ne paraît pas très enviable. Il correspond cependant à une dérive de la société dans laquelle sera portée devant les tribunaux toute forme d’expression jugée déviante et non politiquement correcte : la liberté d’expression en est la première victime »36.

Le personnage fictif de l’activiste Titania McGrath (écosexuelle, polyraciale, féministe, non-binaire, vegan), a été créé sur Twitter par le comédien Andrew Doyle, qui la décrit comme une réaction parodique à la pensée woke. Doyle lui-même a critiqué l’idée de la politique woke comme étant celle d’un « monde imaginaire » (« fantasy world »).

Le 1er février 2019, Marie Nossereau, directrice du planning stratégique de Publicis Sapient, affiche nettement de la circonspection vis-à-vis de tout ce qui se prétend « woke ». Elle déclare que « Les gens qui se disent plus éveillés que les autres, ça a toujours existé. C’est assez méprisant, cela sous-entend que tous les autres dorment, sont aux mains des multinationales… Le terme “woke” m’évoque aussi le discours de l’Église de Scientologie, dont les adeptes se disent « clear » [à l’esprit clair]. Selon moi, cela fait partie de la même dialectique, je n’aime pas trop ça. In fine, ça ne me paraît pas très clean ».

En juillet 2020, la journaliste et commentatrice australienne Rita Panahi accuse les activistes et les entreprises woke d’« être obsédés par des événements historiques survenus il y a des centaines d’années », tout en fermant les yeux sur les exemples contemporains d’esclavage et de violations des droits humains contre les Ouïghours, les dissidents politiques et les prisonniers en Chine.

Le 4 septembre 2020, le chroniqueur québécois Mathieu Bock-Côté écrit dans Le Journal de Montréal que, depuis quelques années, les campus universitaires sont frappés par une forme d’hystérie idéologique. Il déclare : « La culture woke se présente comme une hypersensibilité aux droits des minorités mais, dans les faits, assimile à de la haine toute remise en question de l’immigration, de la sainte diversité ou de la théorie du genre. Et les interdits se multiplient. Maintenant, qui conteste la théorie du racisme systémique peut se faire expulser de la vie publique. On peut même perdre son emploi pour avoir mentionné le titre d’un livre. Qui se fait accuser de racisme ou de transphobie, aussi injuste l’accusation soit-elle, risque d’en payer le prix très cher socialement et professionnellement. Il sera banni et traité en pestiféré. Les excités des réseaux sociaux voudront ruiner sa réputation. Alors, pour éviter toute tentative de diffamation, on développe un réflexe d’autocensure. Pire : certains en viennent à dire le contraire de ce qu’ils pensent. Cela pousse à perdre le contact avec le réel ».

Thomas Stearns Eliot 1888/1965 Prix Nobel de littérature 1948

T. S. Eliot en 1934 par Lady Ottoline Morrell.

Nom de naissanceThomas Stearns Eliot
Naissance26 septembre 1888
Saint-Louis (Missouri, États-Unis)
Décès4 janvier 1965 (à 76 ans)
Kensington, Londres (Angleterre, Royaume-Uni)
Activité principaleÉcrivain, poète, dramaturge
DistinctionsPrix Nobel de littérature en 1948
Langue d’écritureAnglais
MouvementLittérature moderniste

Œuvres principales

Signature de T. S. Eliot

T. S. Eliot, de son nom complet Thomas Stearns Eliot (26 septembre 18884 janvier 1965), est un poète, dramaturge et critique littéraire américain naturalisé britannique. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1948.

Il est d’abord proche de la modernité poétique américaine et du groupe formé autour d’Ezra Pound, qui publie dans sa revue le poème d’Eliot La Chanson d’amour de J. Alfred Prufrock (1917), et à qui est dédié La Terre vaine (1922). Après sa conversion à l’anglicanisme et sa naturalisation britannique, il se tourne vers une écriture centrée sur la spiritualité, représentée notamment par Quatre Quatuors (1939-1942), qui lui vaudront le prix Nobel de littérature en 1948. Il écrit également sept pièces de théâtre et un grand nombre d’essais sur la poésie et sur des auteurs comme William Shakespeare et Ezra Pound.

Biographie

Famille et enfance

T. S. Eliot est né dans une famille aisée de Saint-Louis dans le Missouri. Son père, Henry Ware Eliot, était un homme d’affaires influent et sa mère, Charlotte Champe Stearns, fut enseignante avant d’écrire de la poésie. Thomas était leur dernier enfant ; ses parents avaient 44 ans quand il est venu au monde, ses sœurs avaient de 11 à 18 ans de plus que lui, son frère 8 de plus.

Son grand-père, William Greenleaf Eliot, était un pasteur unitarien qui s’installa à Saint-Louis quand elle n’était encore qu’une ville-frontière et qui participa à l’établissement de plusieurs des institutions municipales, dont l’université Washington à Saint-Louis. L’un de ses lointains cousins était Charles William Eliot, Président de l’université Harvard de 1869 à 1909, alors qu’un autre, Tom Eliot, était chancelier de l’université de Washington.

Éducation

De 1898 à 1905, Eliot est externe à la Smith Academy de St Louis, une classe préparatoire à l’Université Washington, il y étudie les lettres, le latin, le grec, le français et l’allemand. Il fait un an à la Milton Academy (en) dans le Massachusetts, près de Boston, où il fait la connaissance de Scofield Thayer qui publie plus tard son poème La Terre vaine (The Waste Land). Il étudie à Harvard de 1906 à 1909, où il publie ses premiers poèmes dans la revue The Harvard Advocate et où il se lie d’amitié avec Conrad Aiken. En 1910, il obtient son Master, puis continue ses études à la Sorbonne à Paris (19101911), où il suit notamment les cours de Henri Bergson et d’Alain-Fournier. Il se lie alors d’amitié avec un jeune Français étudiant en médecine, féru comme lui de littérature et de poésie, Jean-Jules Verdenal (né en 1890 à Pau, mort en 1915 dans les Dardanelles) avec lequel il correspond lors de son retour aux États-Unis. Il part en effet pour Harvard et il y poursuit des études de philosophie. Il achève brillamment une thèse sur le philosophe hégélien Bradley. Il se passionne pour la philologie indo-aryenne et le bouddhisme.

En 1914, il obtient une bourse pour étudier au Merton College d’Oxford. Il visite l’Allemagne et prévoit de faire un trimestre de philosophie à l’université de Marbourg pendant l’été, mais la Première Guerre mondiale éclate et il se rend au Royaume-Uni. Il n’est pas heureux au Merton College et décline une bourse de seconde année.

Il travaille sur sa thèse qu’il envoie à Harvard et qui est acceptée. En revanche n’étant pas présent pour sa soutenance, il n’obtient pas son PhD.

Durant ses années estudiantines, il côtoya George Santayana, Irving Babbitt, Henri Bergson, C.R. Lanman, Josiah Royce, Bertrand Russell et Harold Joachim.

Période britannique

Dessin de Simon Fieldhouse.

Dans une lettre à Conrad Aiken écrite en décembre 1914, Eliot se plaint d’être toujours vierge, ajoutant : « Je suis dépendant des femmes. Je veux dire de la compagnie des femmes. » Quatre mois plus tard, il est présenté à Vivienne Haigh-Wood et ils se marient le 26 juin 1915. En 1960, Eliot écrivit : « Je me suis convaincu d’être amoureux de Vivienne simplement parce que je voulais rester en Angleterre et me forcer à rester en Angleterre. Et elle s’est convaincue (sous l’influence de Pound) qu’elle pourrait sauver un poète en le forçant à rester en Angleterre. Le mariage ne lui a apporté aucun bonheur… À moi, il m’a mis dans un état d’esprit qui aboutira à The Waste Land. »

Admirateur de Charles Maurras, il fut déçu par sa condamnation par Pie XI en 1926 ; elle le détourna du catholicisme comme nombre de partisans de la High Church. En 1927, T.S. Eliot devient citoyen britannique et se convertit à la religion anglicane.

Eliot se sépare de sa femme en 1933. Elle le poursuit, adhère même à l’Union britannique des Fascistes dans l’espoir de gagner les faveurs de son époux qui avait exprimé son admiration pour Mussolini et assiste à ses conférences pour lui demander de revenir à la maison. Elle fut internée dans un asile psychiatrique pendant les neuf dernières années de sa vie sans qu’Eliot vienne lui rendre visite.

Son second mariage, bien que presque aussi court, fut heureux. Il épouse Esme Valerie Fletcher, sa secrétaire depuis août 1949 et qui est de trente-huit ans sa cadette, le 10 janvier 1957. Valerie passa ses années de veuvage à préserver l’œuvre de son mari ; elle édite et annote les Lettres de T.S. Eliot ainsi que le fac-simile de The Waste Land.

Eliot meurt d’un emphysème à sa maison à Kensington à Londres, le 4 janvier 1965. Ses cendres sont déposées en l’église de Saint Michael dans le village de East Coker d’où les ancêtres d’Eliot étaient originaires avant d’émigrer aux États-Unis. Au deuxième anniversaire de sa disparition, une plaque commémorative est apposée au Coin des poètes dans l’Abbaye de Westminster.

Son œuvre

T.S. Eliot a passé sa vie au Royaume-Uni à partir de 1914. Auparavant, en 1910, il a séjourné à Paris dans le quartier du Montparnasse, où il a rencontré d’autres artistes éminents de son temps. Man Ray fera son portrait. Il s’absorbe dans l’étude du sanskrit et des religions orientales. Il est alors étudiant de Georges Gurdjieff.

Poésie

En 1915, Ezra Pound, alors éditeur international du magazine Poetry, recommande, à sa directrice et fondatrice Harriet Monroe, la publication de The Love Song of J. Alfred Prufrock, où le jeune poète de vingt-sept ans a parfaitement réussi à capter les états d’âme d’un homme de quarante ans.

En octobre 1922, Eliot publie The Waste Land (La Terre vaine) dans la revue qu’il a fondée, The Criterion (1922-1939). Ce poème, écrit au moment où Eliot souffre au niveau personnel et familial (son mariage va à vau-l’eau) entre en résonance avec les peines de l’époque et de la génération perdue qui revient de la Première Guerre mondiale ; il devient l’un des modèles de la nouvelle poésie britannique. Avant même sa publication en livre (décembre 1922), T.S. Eliot prend ses distances avec le ton du poème qu’il juge par trop sombre : « En ce qui concerne The Waste Land, c’est une chose du passé et je me sens tourné vers l’avenir et vers une nouvelle forme et un nouveau style », écrit-il à Richard Aldington en novembre de la même année.

En dépit de la forme complexe du poème, des changements brusques de narrateur, de temps, de lieux, en dépit des références nombreuses et élégiaques à d’autres cultures et d’autres religions, The Waste Land est devenu un phare de la littérature moderne dont certaines phrases sont entrées dans l’anglais courant : April is the cruellest month — « Avril est le mois le plus cruel » ; I will show you fear in a handful of dust — « Je vais vous montrer la peur en une poignée de poussières » ; ou Shantih shantih shantih.

La période qui suit sa conversion est, assez naturellement, religieuse, mais s’attache aussi à l’héritage britannique et à ses valeurs. En 1928, T.S. Eliot résume son sentiment dans la préface de son livre For Lancelot Andrewes : « Le point de vue général peut être décrit comme classique dans sa forme, royaliste dans ses idées et anglo-catholique [sic] dans ses convictions. » Cette période voit la publication du Mercredi des cendres – Ash Wednesday, du Voyage des mages – The Journey of the Magi et des Quatre Quatuors – Four Quartets, qu’Eliot considérait comme son chef-d’œuvre et qui est basé sur les quatre éléments et sur quatre aspects du temps : théologique, historique, physique et humain. Les Quatre Quatuors, écrits de 1935 à 1944, le signalent à l’attention des jurés du prix Nobel de littérature, lequel lui sera décerné en 1948.

Œuvres

Poésie et essais

Théâtre

Les pièces de théâtre écrites par Eliot, la plupart en vers.

Meurtre dans la cathédrale raconte la mort de Thomas Becket, Eliot raconte qu’il a été influencé, entre autres, par les œuvres du prêcheur Lancelot Andrewes. Cette œuvre a été créée en France et mise en scène par Jean Vilar en 1945 au théâtre du Vieux colombier à Paris, puis au festival d’Avignon. On a aussi pu en voir une version télévisée en 1967 (en noir et blanc), avec Alain Cuny dans le rôle principal.

Autres

Eliot est choisi pour faire partie du comité pour une nouvelle traduction de la Bible en anglais moderne.

En 1939, il publie un livre de poésie pour enfants, Old Possum’s Book of Practical Cats qui, après sa mort, fut utilisé dans la comédie musicale à succès, Cats d’Andrew Lloyd Webber.

Eliot est cité dans un épisode (L’Expérience Lazarus) de la série SF Doctor Who : « C’est ainsi que prend fin le monde, pas dans une explosion mais dans un murmure ».

Eliot est cité dans l’épisode 18 de la saison 5 de la série The Big Bang Theory : « C’est ainsi que prend fin le monde, pas avec une explosion mais avec un neveu».

Dans les films A love song for Bobby Long et IO, respectivement John Travolta et Margaret Qualley citent T.S. Eliot : « Jamais nous ne cesserons notre exploration et le terme de notre quête sera d’arriver à l’endroit que nous avons quitté et de le percevoir tel qu’il est. »

La compositrice russe Sofia Goubaïdoulina a écrit en 1987 un Hommage à T.S. Eliot pour octuor et soprano.

Le groupe de metal progressif français Hord rend très largement hommage au poète dans ses concepts albums, The Waste Land (2010) et The Book of Eliot (avril 2013).

La lettre encyclique Lumen fidei, du 5 juillet 2013, cite un poème d’Eliot dans lequel la foi est mise en relation avec l’existence d’une société éduquée : « Avez-vous peut-être besoin qu’on vous dise que même ces modestes succès / qui vous permettent d’être fiers d’une société éduquée / survivront difficilement à la foi à laquelle ils doivent leur signification3. »

Lors d’une scène de It Follows de David Robert Mitchell (2014), une professeure de littérature lit à voix haute le poème The Love Song of J. Alfred Prufrock. Le passage cité est une méditation sur la mort imminente, ce qui pourrait faire écho au danger se rapprochant de Jay, l’héroïne du film d’horreur.

Traductions françaises

  • Poésie, traduit par Pierre Leyris, Paris, Le Seuil, 1947, 1950, 1969.
  • Meurtre dans la cathédrale, traduit par Henri Fluchère, Paris, Le Seuil, 1949.
  • Essais Choisis, traduit par Henri Fluchère, Paris, Le Seuil, 1950.
  • La Coktail Party suivi de La Réunion de famille, traduit par Henri Fluchère, Paris, Le Seuil, 1952.
  • De la poésie et de quelques poètes, traduit par Henri Fluchère, Paris, Le Seuil, 1957.
  • Dante, traduit par Bernard Hœpffner, Climats, 1991
  • La Terre gaste, traduit par Michèle Pinson, lithographies de François Righi, Le Tailleur d’images, 1995
  • Ezra Pound, sa métrique et sa poésie, traduit par Philippe Blanchon, Éditions de la Nerthe, 2015

Récompenses

Racamier, psychanaliste du XXeme siècle. L’INCESTUEL : un concept clinique actuel

Périandre, fils du tyran Cypsélos, fut le second, et l’un des plus remarquables, tyran de Corinthe. Grâce à lui, Corinthe acquit une importance qu’elle ne devait plus jamais connaître après sa mort.

L’œuvre de Paul-Claude Racamier

Paul Claude Racamier fut l’un des plus grands psychanalystes du XXe siècle. Médecin psychiatre, il s’intéressa très tôt aux pathologies graves comme la psychose, que la psychanalyse jusque-là ne pouvait atteindre. Ses observations, publiées dans un livre qui est aujourd’hui une référence dans le domaine (Les Schizophrènes, Ed. Payot) témoignent d’une intelligence et d’une sensibilité impressionnantes envers ces malades « qui n’ont pas de toit pour leurs dieux intimes, ni de toile pour leurs spectacles intérieurs ». Très vite, il se rend compte que l’extraordinaire complexité du monde intérieur des psychotiques est le reflet quasiment direct des relations familiales tissées autour d’eux. Progressivement, il réalise l’importance de ces dynamiques dans les déterminants de cette pathologie. Parmi ces pathologies familiales, l’inceste ou ses variantes relationnelles nommées par lui incestualité, jouent un rôle primordial qu’il fut parmi les premiers à reconnaître et à distinguer du complexe d’Œdipe avec lequel il s’était trouvé, depuis Freud, trop souvent confondu. Ces approches touchent aux confins du psychisme, aux sources de la violence physique, psychique ou sexuelle, jamais abordées avec cette perspicacité. Pour les désigner, leur donner une forme, il créa alors de très nombreux concepts. Certains d’entre eux purent être élaborés avant son décès ; d’autres nous furent légués, à charge pour ses successeurs de les développer. Ces concepts ne sont pas que des « extensions » d’un corpus psychanalytique, mais bien la base d’une nouvelle discipline, issue de la psychanalyse. Comme elle, elle ne concerne pas que l’individu mais s’étend à la famille, au groupe, aux institutions et en définitive à la vie sociale tout entière.

C’est à cette tâche que se sont attelés les continuateurs qui, inspirés par sa personne ou par ses écrits, ont pu s’approprier ces outils. C’est à eux que s’adresse ce site qui devrait leur permettre d’approfondir leurs connaissances, mais aussi de mieux se connaître, se rencontrer et échanger pour poursuivre et développer cette œuvre.

L’INCESTUEL : UN CONCEPT CLINIQUE ACTUEL

L’incestuel est une notion conçue par P.-C. Racamier à partir de son travail avec les familles au sein de son institution pour patients psychotiques. Cependant, cette notion s’applique aussi à toute une sphère clinique qui comporte les patients psychotiques mais également les patients en qui l’association de symptômes et de signes psychotiques existe, sans pour autant que nous ayons affaire à une psychose franche. Ceci n’est pas sans conséquences en ce qui concerne l’optique de travail avec ces patients.

Freud nous a donné des troubles mentaux une approche essentiellement intra-psychique. Malgré ses travaux sur la psychose et la perversion, son référent reste la névrose. Dans la névrose, la conflictualité interne se joue entre désir et loi. Il n’en est pas de même avec les pathologies non névrotiques, narcissiques ou identitaires, centrées sur le mal-être et la dépression et qui recouvrent tout l’éventail des états limites, avec la prévalence des troubles relationnels, caractériels, des agirs, des addictions et des somatisations diverses ainsi que des troubles de la personnalité allant des inhibitions simples aux troubles de la pensée et aux délires.

Cette notion est issue de sa réflexion sur la psychose. L’œdipe était en psychanalyse la seule référence reconnue et même admise, tant en théorie qu’au regard des techniques de la cure. Racamier sera conduit à réfléchir sur la validité de ce modèle dans la psychose.

On en était à poser que si dans la névrose l’œdipe se présente toujours en quelque sorte masqué par des procédés de déplacement et de condensation, dans les états psychotiques il semble que « l’œdipe éclate à ciel ouvert, cru, sans faille, bref, sans refoulement… P.-C. Racamier d’affirmer :

« L’œdipe se crée une voie difficile à travers des structures qui ne lui correspondent pas, chez certains on perçoit une teinture d’œdipe. Souvent chez des sujets borderline on assiste à une fuite en avant vers un œdipe de couverture, qui s’instaure comme défense contre des angoisses archa ïques (voir les érotomanes qui parlent de leur père quand elles n’ont que leur mère dans la tête). Ainsi pour comprendre ces états limites l’œdipe ne faisait pas l’affaire, le pré-œdipe non plus. » C’est un tel cheminement qui a conduit au concept d’incestualité.

L’incestuel, pour P.-C. Racamier qualifie « ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste non fantasmé, sans qu’en soient nécessairement accomplies les formes génitales ». L’accent doit porter ici sur « non fantasmé ». L’inceste fantasmé, comme le meurtre fantasmé – nous y reviendrons – définit en effet l’œdipe. L’inceste et l’incestuel ne relèvent pas du fantasme (du moins pas du fantasme mental) mais de l’agir (du fantasme agi).

À l’œdipe, P.-C. Racamier oppose l’inceste : « L’inceste n’est pas l’œdipe, il en est même tout le contraire. » 

Pourtant, l’inceste ne se trouve pas nécessairement dans toutes les familles de psychotiques. L’originalité de sa pensée est d’introduire un nouveau concept. Il en va autrement avec l’incestuel, car il permet une généralisation, non seulement aux familles psychotiques, mais également à de nombreuses autres familles non psychotiques. L’incestuel ou l’incestualité permet de généraliser la problématique incestueuse à la majeure partie des pathologies non névrotiques. L’opposition entre l’œdipe, d’une part, et l’inceste, d’autre part, repose sur cette différence essentielle entre le fantasme mental et l’agir.

La relation incestuelle se définit comme « une relation extrêmement étroite, indissoluble, entre deux personnes que pourrait unir un inceste et qui cependant ne l’accomplissent pas, mais qui s’en donnent l’équivalent sous une forme apparemment banale et bénigne » (1992). Ainsi, l’incestuel est-il un vaste registre qui recouvre une aire dont les schizophrénies ne constituent qu’une province, et dont les ressorts ne se découvrent pleinement qu’au sein d’un contexte familial et dans la perspective de plusieurs générations.

INCESTE ET ŒDIPE

« L’inceste n’est pas du registre de l’œdipe, Il n’a rien à faire du tabou de l’inceste. Il n’est pas non plus du registre de la castration » : opposer l’œdipe à l’inceste peut être illustré par la confrontation de deux personnages : Œdipe et Périandre. Le mythe et la mythologie d’Œdipe dont nous ne reprendrons pas ici les différents épisodes, relèvent à la fois de l’acte et du fantasme. Fantasme, parce qu’il est question d’un mythe, acte, parce qu’il décrit un inceste : inceste ignoré de ses protagonistes qui en apprenant leur délit se punissent, l’un par la mort et l’autre par la cécité et donc expient leur faute. L’œdipe apparaît ainsi comme à la jointure de l’acte et du fantasme, il implique également la reconnaissance de la culpabilité.

Toute différente est l’histoire de Périandre, ce jeune homme devenu roi et qui tenta de s’émanciper de sa mère, mais celle-ci ne l’entendit pas ainsi et souhaitant conserver l’amour exclusif de son fils, elle tenta de le séduire afin qu’il ne puisse jamais se séparer d’elle. Elle mit au point le stratagème suivant : elle lui annonça qu’une femme amoureuse de lui viendrait le rejoindre la nuit sur sa couche et qu’elle serait masquée afin de conserver l’anonymat. La mère séductrice utilise alors ce subterfuge et pour séduire son fils, va le rejoindre dans son lit sans se faire reconnaître. Résolu à percer ce mystère, Périandre découvrit que cette amante merveilleuse était sa mère. L’histoire illustre les conséquences d’un acte auquel, par complaisance il avait participé, en effet, lui qui avait été un jeune monarque plein de promesses devint alors un épouvantable tyran.

Ce qui différencie l’œdipe de l’inceste c’est qu’ici il y a un secret qui fait alliance avec un déni, le déni de la faute, le déni de la culpabilité. Si Périandre est aveugle c’est parce qu’il le veut bien : l’obscurité dans laquelle l’inceste a lieu symbolise son désir de ne pas voir. Tout inceste fait alliance avec le déni à travers une technique, celle du non-dit. À la différence de l’œdipe et de son cortège de rêves et de fantasmes, l’inceste s’effectue sur un fond de deuil impossible à faire ; il est une mise en acte, hors psyché qui vise à éviter toute souffrance psychique liée à la conflictualité.

La mère de Périandre a recours à l’inceste, car elle est incapable de renoncer à la possession exclusive de son fils : ce deuil est impossible à faire. C’est ainsi que P.-C. Racamier affirme :

« Le patient qui couche avec sa mère le fait non parce qu’il la désire, mais au contraire pour éviter de la désirer. L’acte pare au fantasme : l’inceste a une fonction, celui de pare-feu libidinal. En exauçant le désir il vise à le tarir, évacué d’avance le désir sera satisfait sans fantasme. Il ne reste rien à désirer. »

L’INCESTUEL DÉFINI COMME UN ÉQUIVALENT D’INCESTE

Par opposition à l’inceste, l’incestuel se définit comme un équivalent d’inceste. « L’incestueux dans ce que nous connaissons d’ordinaire en analyse c’est le fantasme et le produit d’une symbolisation, tandis que l’incestuel ne résulte d’aucune symbolisation. Il est tout dans l’agir, pas forcément dans le génital de l’inceste, mais plus souvent dans des équivalentsd’inceste qui sont des comportements à travers lesquels une relation de nature incestuelle transite. »

Il faut souligner que cette notion d’équivalent impose l’idée que nous ne sommes pas dans le déplacement ni dans le symbole : en aucun cas, l’incestuel ne pourrait être un substitut déguisé de l’œdipe ! Les rêves où l’inceste se donne à voir à ciel ouvert sans aucun travail de déformation ne sont pas des rêves œdipiens mais incestueux. Ils ne procèdent d’aucun travail de symbolisation.

L’INCESTUEL ET LE PROBLÈME DU FANTASME

À la vérité, la connaissance que nous avons du fantasme et de sa nature est intimement liée à celle du complexe d’Œdipe. En effet, on ne comprend l’œdipe qu’à travers ses fantasmes et l’on ne connaît le fantasme que par l’œdipe.

À l’inverse, l’incestuel constitue un registre qui se substitue à celui du fantasme et se tourne vers la mise en acte.

Ce qui est frappant dans l’incestuel c’est qu’il est tueur de fantasme. L’incestuel ne s’image pas, ne se représente pas, ne se fantasme pas. Il peut être repérable à partir d’un constat clinique, celui du vide de la pensée. Il renvoie à ces patients difficiles qui expriment un vague malaise mais n’associent pas : on a parlé de pensée blanche, de pensée opératoire. On s’aperçoit que bien souvent ces patients n’ont rien à dire, non en raison d’une carence ou d’un défaut de mentalisation mais de ce qu’ils vivent et ont toujours vécu sous l’impact d’un interdit qui porte sur la vérité. Quand nous invoquons la pensée blanche, nous sommes bien souvent sous le coup d’une collusion avec le patient lui-même prisonnier d’une injonction interne à ne pas parler. C’est, croyons-nous, un des aspects du transfert incestuel.

C’est ce qui fait toute la différence avec l’œdipe, car si nous connaissons l’œdipe, c’est à travers les fantasmes qui le composent et qui l’organisent. Rappelons que dans le champ de la névrose, on a affaire à une sexualité fantasmatique inconsciente en rapport avec ce complexe alors que dans les structures non névrotiques, il s’agit d’une sexualité agie qui se situe hors du champ de l’œdipe et qui ne peut parvenir à s’organiser en fantasme.

Le fantasme est comme on sait, construit sur le modèle d’un scénario ; son modèle inconscient universel est constitué par la scène primitive, et le plus célèbre exemple de ce scénario conscient est représenté par le roman familial. Rappelons qu’il est « une mise en scène dans la psyché, que cette mise en scène comporte un cadre (celui de la psyché), des origines et un développement qui comporte des variations et des rejetons. Ceux-ci s’organisent sur le mode d’un réseau au fonctionnement réticulé : la scène primitive s’articule à la séduction, qui elle-même s’articule à la castration », etc.

« D’autre part, le fantasme est soumis à la double loi du refoulement et du retour du refoulé. Il sera conscient ou inconscient, communiqué ou gardé secret, mais en aucun cas il ne perdra sa double qualité d’être un objet intra-psychique avec des origines. » 

À l’inverse de ce qui se passe dans une structure œdipienne, il y a dans l’incestuel une incapacité toute particulière à pouvoir se situer par rapport à une scène originaire et sur le plan psychique à produire, pourrait-on dire, une scène originaire. Les fantasmes produits n’obéissent guère aux caractéristiques propres aux fantasmes mais sont de l’ordre de l’arrêt sur image. Racamier a produit un concept propre à rendre compte de cette carence fantasmatique inhérente à l’incestuel à travers la notion de fantasme / non-fantasme.

Il le définit comme une « formation intermédiaire entre le fantasme et l’éprouvé brut ». C’est « une formation qui du fantasme emprunte la place sans en posséder la propriété non plus qu’en remplir les fonctions ». À la différence du fantasme, « il est tout d’une pièce et non ramifié, agissant mais non scénarisé, transmissible, mais non communicable, enté sur le corps mais prêt à s’agripper au corps de l’autre ».

LA BANALISATION

La banalisation apparaît comme un obstacle majeur à la possibilité de repérer l’incestuel dans la clinique : la banalisation à voir avec ce que P..C. Racamier appelait « dénis diaphragmés ». Cette banalisation est fréquente chez les pervers qui tentent de faire passer pour normales, voire naturelles des conduites ou des situations familiales dans lesquelles des liens incestuels, voire incestueux sont à préserver à tout prix et qu’il faut soustraire au regard du clinicien. Le plus souvent, cette banalisation entretient un lien avec le déni de sens.

Un couple vient consulter à la demande de Madame qui menace de divorcer en raison d’une incapacité de son mari à imposer la loi face à leurs trois adolescents. C’est elle qui doit assumer une fonction d’autorité au sein de la famille et si ce n’est elle, c’est leur fils aîné âgé de 16 ans qui ne manque pas de réprimander et de punir les cadets. Il apparaît que l’échec scolaire de cet aîné est mis en parallèle avec une faillite de l’autorité maternelle vis-à-vis de lui. Si madame consulte c’est parce qu’elle ne parvient plus à se faire obéir.

Nous apprenons que Monsieur ne parvient guère, face à ses fils, à revendiquer sa place à table. Il est par ailleurs incapable de les contraindre à rentrer à une certaine heure ou à ranger leur chambre. Quand la famille regarde la télévision, les fils s’alanguissent sur le seul canapé de la maison, ce qui contraint Monsieur à se contenter d’une chaise. Il dit que c’est pour lui plus confortable mais en réalité il souhaite éviter tout conflit avec ses enfants.

Ces problèmes de place et d’interchangeabilité des places révèlent une famille aux différences générationnelles brouillées. Nous apprendrons par ailleurs que la seule télévision de la maison est installée dans la chambre à coucher des parents. Cette chambre est devenue de ce fait un lieu de rencontre de toute la famille, des enfants et des amis des enfants, la télévision étant le prétexte à toutes les intrusions au point que ceux-ci n’hésitent pas à se vautrer sur le lit conjugal pour regarder telle série télévisée ou tel dessin animé : la confusion entre l’espace privé et public est prévalente et révélatrice d’incestualité.

LES OBJETS INCESTUEL

Nous venons de parler du climat incestuel qui court dans certaines familles. Il faut dire qu’il y a aussi des objets qui expriment le caractère incestuel d’une relation, ces objets incestuels ont l’intérêt de mettre en évidence un fonctionnement mental régi par la concrétude. Ce sont bien souvent, les objets échangés, les comportements qui se substituent à la pensée et à l’affect.

Parmi ces objets, l’argent occupe une place centrale, mais on peut également citer les vêtements, les bijoux, la nourriture : ces objets d’échange sont une façon d’entretenir une relation incestuelle à défaut d’entrer dans un inceste proprement dit ; mentionnons également le travail scolaire qui peut être utilisé comme prétexte d’un rapprochement physique ou d’une relation d’emprise entre un enfant et un parent.

Ces objets incestuels doivent être distingués de la relation incestuelle qui peut s’effectuer essentiellement à travers les contacts de peau à peau et le regard. Ils peuvent être également des objets impalpables et prégnants comme des symptômes (anorexie, par ex). Ces objets n’ont pas valeur de symboles mais ont plutôt une fonction d’amulettes, de gris-gris, ou de fétiches et imposent l’idée d’une relation fétichisée.

L’argent

Racamier évoque un couple : « Chacun se plaint de la désaffection de l’autre. Père et fille sont tous deux absorbés par des affaires d’argent. Ils palpent avec ardeur des chèques des comptes et des billets. Un air insidieusement indécent flotte autour de ces échanges. Lorsque vous tentez d’en faire un commentaire, vous êtes rabroué comme si vous aviez commis une inconvenance. Tous deux père et fille quittent alors la pièce. La mère les suivra. » L’auteur commente de la façon suivante :

« Lorsque vous comprenez qu’en croyant aborder une banalité vous avez porté la main sur un secret d’alcôve, l’erreur était déjà commise : c’est une relation incestuelle qui s’est déroulée sous vos yeux. »

Cette dimension incestuelle liée à l’argent est présente dans certains couples où bien souvent le fantasme de prostitution est évoqué à propos des relations sexuelles. Telle épouse reprochera à son mari de la payer avec des cadeaux pour obtenir qu’elle couche avec lui.

La nourriture

Dans les familles anorexiques, il est banal de constater l’importance énorme accordée à la nourriture comme moyen privilégié d’expression des liens d’amour et de haine entre les membres. Cette concrétude dispense de la parole et abolit l’effort pour penser. Avec l’incorporation qui caractérise le fonctionnement anorexique, la dimension symbolique des mots ou des conduites s’abrase au profit de comportements ou d’agirs autour de l’acte de se nourrir.

Avaler, cracher, refuser d’ouvrir la bouche sont autant d’expressions agies de l’amour et de la haine. Le langage familial de l’incorporation a ceci de particulier qu’il est fait non de signes articulés mais de signaux (par ex. les variations de poids sur balance) : en effet par le comportement on ne signifie pas, on indique.

Dans tous les cas, pour la mère de l’enfant présentant des troubles alimentaires, il s’agit, au travers de l’objet incestuel nourriture, de pénétrer le corps de celui-ci et d’avoir la haute main sur tout ce qui entre et qui sort du corps de son enfant. C’est pourquoi, celui-ci, par son refus alimentaire, tente se déprendre de cette emprise et gagner son individualité.

CADRE FAMILIAL INCESTUEL

L’exploration de ce concept implique une approche de la maladie mentale sous l’égide de sa dimension relationnelle ou transsubjective. C’est en 1983 que Racamier a mis en évidence la dimension interactive présente dans la psychose :

« Un problème s’est posé à moi, qui était de savoir si une organisation psychotique pouvait se reconnaître et se comprendre psychanalytiquement parlant, comme une entité autonome et capable de fonctionner seule à son propre compte ; or, j’avais déjà résolu cette question : je savais qu’une schizophrénie par exemple est un processus ouvert, béant, branché sur l’entourage, étroitement articulé à lui, je le savais depuis les années 1950, à l’encontre de la perspective courante en psychanalyse, qui envisageait la psyché uniquement comme un appareil autonome. »

La confusion

Par opposition au cadre œdipien on peut introduire l’idée d’un cadre familial incestuel : il réside comme on l’a vu dans une confusion des places au sein de la famille : père qui occupe la position de la mère, mère qui occupe la position du père, gendre qui occupe la position du fils, enfant qui occupe une position parentale : ces confusions de places conduisent à d’autres confusions, celles qui portent sur la différence des sexes, sur la différence des générations ou sur les deux à la fois. Ces confusions de places ou de positions sont motivées par le désir de permettre la poursuite ou la reviviscence d’une relation de séduction narcissique (dont il sera question plus loin). La position atypique d’un seul membre conditionne la position atypique de tous les autres membres de la famille, ce qui aboutit à la constitution d’un cadre familial dans lequel la relation incestuelle se trouve déposée. Et si cette relation est cachée secrète c’est parce qu’elle appartient à ce cadre non perçu : Il s’agit là d’une caractéristique générale de l’incestuel.

La paradoxalité

Celle-ci se trouve inscrite au cœur même de l’incestuel. Le couple incestuel est un couple non couple. L’anorexique refuse de se nourrir et se laisse mourir pour parvenir à vivre. Dans la séduction narcissique, telle mère incestuelle tente de préserver entre elle et son enfant un univers à l’abri des excitations du monde interne et externe faisant prévaloir un ordre libidinal étale et non pulsionnel mais en même temps, par certains de ses comportements, elle peut produire un état permanent d’excitation chez son enfant qui a des incidences graves sur son fonctionnement mental comme des troubles comportementaux ou un défaut de symbolisation, surtout, le lien incestuel est sexuel non sexuel.

L’atmosphère qui règne dans les familles incestuelles est à la fois saturée de sexualité latente et marquée de la plus grande pudibonderie : c’est ainsi qu’on pourra, comme dans la famille d’une patiente, éteindre la télévision pour épargner aux enfants la vue d’une scène d’amour, mais aller avec toute la famille passer régulièrement les vacances dans un camp de nudistes.

L’autorité n’y est pas reconnue de même que l’altérité. Les enfants de ces familles sont des enfants mais en même temps ils peuvent se poser comme parents des parents ou du moins remplir telle ou telle fonction parentale. Le fonctionnement incestuel est le plus souvent difficilement perceptible, il est parfois simplement indiqué par le fait que les enfants n’appellent pas leurs parents papa et maman mais les désignent par leurs prénoms.

La distinction entre le familier et l’étranger est confuse. Il est arrivé à une famille très incestuelle de ramener en séance de thérapie familiale un ami qui se trouvait chez eux à l’heure de la séance. Tout le monde s’est entendu pour tenter de banaliser l’arrivée de cet intrus dans la séance, mais on peut comprendre cet acting non seulement comme l’expression d’une confusion entre l’étranger et le familier, mais également comme une manœuvre perverse propre à attaquer la séance en semant la confusion.

Le défaut de limite

Comme on le voit dans l’exemple ci-dessus, les frontières entre les êtres sont mal définies. La confusion des identités est importante : telle mère met un pull quand son fils a froid. Telle autre mère se nourrit à travers ses enfants, elle prend plaisir à nourrir tout le monde sans se nourrir elle-même, se nourrissant ainsi à travers les autres par procuration. La confusion des identités est importante. Il n’y a pas de limites entre vie privée et vie familiale. La porte de la chambre à coucher des parents ne ferme pas, les enfants ne sont pas protégés de la sexualité des parents. D’aucuns pourront parler d’immersion dans la scène primitive, en réalité il n’y a pas chez ces patients de capacité à se situer par rapport à une scène primitive. À la place de celle-ci, ce qui est donné à voir de façon non représentée mais agie, c’est une scène incestueuse.

Un exemple clinique assez classique et assez représentatif de ces confusions est celui des parents qui, en prenant leurs enfants pour confidents de leur vie sexuelle de couple, les immergent dans le lit conjugal : la mère de telle patiente atteinte de phobies d’impulsions lui avait beaucoup parlé des difficultés relationnelles et sexuelles de sa vie de couple au point que la patiente avait pris une part active dans les conflits de ses parents.

Il est fréquent de constater combien certaines patientes qui viennent consulter se plaignent de la façon dont, étant enfant, elles se sont trouvées impliquées dans la vie sexuelle des parents. Ces confidences du parent, d’une certaine façon, flatteuses pour l’enfant sont, en fait une cadeau empoisonné car elles ont comme effet paradoxal de détruire la sexualité de l’enfant en question.

L’intrusion

L’angoisse d’intrusion est au premier plan chez tout sujet prisonnier d’une relation incestuelle, elle l’est tout particulièrement dans l’anorexie. Pour faire front à l’intrusivité de la famille, le corps de l’anorexique devient une forteresse : ne faut-il pas des parois épaisses pour se protéger contre l’attaque éventuelle de dangereux assaillants ? Ainsi pour l’anorexique, la carapace caractérielle s’érige comme moyen de protection de son individualité. Celle-ci est une réaction à l’indétermination des limites et des différenciations entre les êtres qui règne dans la famille .

Nous voyons souvent côtoyer avec l’anorexie et la boulimie une tendance antisociale dont le principal motif est l’angoisse d’intrusion.

Aussi, l’indétermination des limites débouche-t-elle sur une position paradoxale en ce qui concerne le réglage des ouvertures et des fermetures des orifices du corps par rapport au monde extérieur. Dans ce domaine règne la plus complète paradoxalité : s’ouvrir c’est courir le risque d’être envahi par un ennemi intrusif et destructeur, se fermer c’est courir le risque de périr d’inanition et d’appauvrissement. Ceci est particulièrement visible dans la famille anorexique qui par son renfermement se défend avec force contre l’altérité. Ainsi, une trop grande ouverture au monde extérieur est génératrice d’un désordre qui pourrait déboucher sur le démembrement familial, mais une complète fermeture aurait des conséquences désastreuses et serait porteuse de destruction et de mort.

Que ce soit chez le sujet ou dans la famille, les défenses mises en place contre l’intrusivité pleinement agissante des différents membres conduisent à des procédures d’enfermement, au contrôle scrupuleux des entrées et des sorties afin de ne pas laisser son organisation interne menacée par la présence intrusive de l’autre.

L’engrènement

Une des formes prise par cette intrusivité est l’engrènement. Nous en avons un exemple admirable dans Le crime des sœurs Papin repris par Jean Genet dans Les bonnes.

« L’engrènement est ce processus par lequel les rouages d’une psyché semblent se mettre en prise directe sur ceux d’une autre sans que puissent intervenir ni les intermédiaires fantasmatiques ni les médiations familiales, ni même enfin les médiations culturelles. » 

L’engrènement est proche de l’identification projective, mais alors que dans l’identification projective ce sont des sentiments et des émotions dont le sujet se débarrasse et qu’il fait éprouver à l’autre, l’engrènement est de l’ordre de l’agir, du faire agir : c’est une sorte de circuit interactif qui s’instaure, faisant abstraction de toute pensée.

J’ai eu en thérapie familiale une famille dont l’un des enfants, adolescent, avait commis plusieurs larcins dont celui, motif principal de la demande, de voler une voiture. Ce n’est qu’au bout de quelques mois de traitement familial que j’ai pu comprendre comment cet adolescent, par ses agirs, se constituait comme le bras armé de son père et exprimait les aspects délinquants réprimés de ce dernier, homme honorable à l’abri de tout soupçon.

Le cas Schreber peut être vu à la lumière de l’engrènement : un lien incestuel extrêmement puissant liait Schreber à son père. Non seulement le père avait la haute main sur tout ce qui concernait le corps de son fils (ceci avec la complicité maternelle), mais il avait également une prise directe sur son âme au point qu’il est possible d’avancer que le fils réalisait par son aliénation et son délire l’homosexualité complètement réprimée de son père. Ainsi, l’incestualité poussée dans ses derniers retranchements peut conduire un fils à agir ou à délirer en lieu et place de son père, lui épargnant ainsi la folie 

L’INCESTUEL ET LE PROBLÈME DE LA SÉDUCTION

Dans les débuts de son œuvre, à partir du récit de ses patients, Freud en vint à imputer leurs symptômes névrotiques à des traumatismes sexuels subis au cours de leur enfance ; comme on sait, il fut conduit à abandonner sa théorie de la séduction (neurotica) fondée sur une réalité vécue au profit de fantasmes. Dans un de ses derniers écrits, il nous dit : « À l’époque où l’on s’attachait surtout à découvrir les traumatismes sexuels de l’enfance, presque toutes mes patientes me déclaraient avoir été séduites par leur père. J’en vins à conclure que ces affirmations étaient fausses et j’appris ainsi que les symptômes hystériques découlaient non de faits réels mais de fantasmes. Plus tard seulement, je me rendis compte que ces fantasmes de séduction par le père étaient chez la femme l’expression du complexe d’Œdipe typique. » 

L’abandon de la neurotica se justifie, car il s’agit bien d’hystérie, il s’agit bien de fantasmes de séduction et non de séduction réelle. Ainsi Freud met en relation très étroite trois facteurs : le fantasme, la névrose et l’œdipe. Dans tous les cas cliniques imposant l’idée d’une organisation œdipienne, on est dans la névrose, la séduction est de l’ordre du fantasme, en cela je suis entièrement d’accord avec Freud, mais il en va tout autrement en ce qui concerne la séduction réelle, ce cas de figure impose l’idée que l’on n’est ni dans le champ de la névrose ni de l’œdipe (où l’abandon de la neurotica se justifie) ; on est en effet dans le champ des problématiques non névrotiques dans laquelle la neurotica garde toute son importance, ce que le concept d’incestualité vient affirmer ou reprend d’une autre façon.

Cependant, même dans la névrose on peut affirmer un grain d’incestualité comme Freud a pu insister sur le fait qu’il fallait un grain de sable (un élément de névrose actuelle) pour que se constitue la perle de la psycho-névrose. En ce qui concerne notre question, ce grain de sable est pour le moins constitué par la séduction originaire, c’est-à-dire la relation incestueuse de la mère avec son bébé, dont il sera question on plus loin 

Ce qui est présent dans l’incestuel c’est la reconnaissance d’une séduction réelle, extrêmement agissante, mais qui n’exclut nullement les répercussions internes du traumatisme.

Ainsi l’incestualité présente dans une famille a-t-elle des effets traumatiques et marque-t-elle de son empreinte le fonctionnement psychique individuel qui l’internalise.

Racamier fait dériver l’incestuel d’une relation de séduction narcissique vouée à ne pas se résoudre. La séduction narcissique apparaît ainsi comme un concept central susceptible dans certaines conditions d’être à l’origine d’incestualité.

Mais il faut distinguer séduction sexuelle et séduction narcissique.

Rappelons que dans le cadre de la théorie freudienne de la séduction, la séduction imposée par l’adulte à un enfant est de nature sexuelle. Mais il existe une relation de séduction normale qui concerne les premiers émois en rapport avec les soins maternels : il faut souligner le caractère structurant de la séduction du bébé par la mère et de la mère par le bébé. C’est ainsi qu’il existe une incestualité normale : l’exemple des soins maternels en est une illustration : les soins maternels donnés au bébé font dire à Freud que la mère est la première séductrice, mais quoi de plus normal et de plus souhaitable que ce contact peau à peau s’il s’accompagne de l’interpénétration suffisamment bonne dans laquelle le regard joue un rôle déterminant, cette incestualité normale conditionne l’évolution favorable des auto-érotismes.

Cette séduction est nécessaire, voire vitale, dans les débuts de la vie ; réussie, elle doit conduire au deuil originaire où mère et enfant parviennent à se déprendre de leur lien. Il peut arriver que cette relation primaire n’ait pas été suffisamment satisfaisante, elle risque alors de déboucher sur un deuil impossible : voici les conditions propres à générer de l’incestualité.

Le sexuel n’intervient pas dans la séduction narcissique. L’ordre libidinal dont elle émane est étale, presque uniforme, non pulsionnel. Cette séduction se constitue comme l’antidote du deuil originaire et du fait du développement, elle peut se sexualiser au point de pouvoir se transformer parfois en relation incestueuse.

C’est pourquoi Racamier dit que l’incestuel « accomplit l’exploit remarquable de cumuler en lui attrait sexuel et attrait narcissique ».

L’incestuel apparaît lorsque le deuil originaire est impossible. On peut mettre cette difficulté sur le compte d’une relation de séduction narcissique manquée, insatisfaisante, et qui pour cette raison doit continuer, perdurer. Tout cela est une question d’âge et de limites. La dimension temporelle est importante dans la question de l’incestuel, ce qui peut paraître comme allant de soi dans l’enfance ne peut plus continuer à l’être par la suite.

Cette question de temporalité est importante car elle constitue le trait distinctif entre l’incestualité normale et l’incestualité pathologique.

Écoutons ce que dit P.-C. Racamier : « Le désir qui chez la mère la pousse à séduire narcissiquement son enfant est que cet enfant reste une partie d’elle-même, physiquement et psychiquement et qu’à eux deux ils forment un organisme omnipotent défiant toute autre présence et toute autre loi, ainsi l’enfant narcissiquement séduit doit être comme s’il n’était pas né, en tout cas comme s’il n’avait pas été engendré : la représentation du père et du sexe du père est exclue. » 

On peut dire qu’une telle relation, fait faire à la mère l’économie de l’œdipe, de l’ambivalence et du sentiment de dépossession, de perte et de deuil qu’infligent la croissance de l’enfant et son évolution vers l’autonomie. La mère vise alors à faire de l’enfant sa chose, son instrument, sa propriété. L’enfant doit demeurer quant à lui une partie intégrante de cette organisation maternelle au titre d’un organe vital.

Ainsi une des finalités visée dans cette relation est de tarir le désir chez le partenaire narcissique : il s’agit de tarir le désir que l’objet pourrait à la fois éprouver, inspirer et représenter. Ce qui en résulte pour le séduit c’est de faire partie intégrante de l’objet séducteur, de prendre ainsi statut de fétiche. Son statut est celui d’un « objet – non-objet ».

« Ainsi, la séduction narcissique combat le sexuel comme son ennemi le plus intime. Son ultime combat contre le sexuel est l’inceste. »

L’INCESTUEL ET LA THÉORIE SEXUELLE

La question se pose de savoir de quelle sexualité il est question dans l’incestuel. On peut opposer l’incestualité à l’inceste génitalisé : nous sommes dans un registre qui est paradoxal, celui du sexuel non sexuel.

Avec Freud, nous assistons à une extension du concept de sexualité qui ne se limite pas seulement au génital mais aussi à l’anal, l’oral puis à toute la surface du corps comprenant les zones érogènes jusqu’aux organes internes et même jusqu’aux diverses fonctions, celles-ci n’étant pas limitées à l’alimentation et à l’excrétion, mais encore à la respiration par exemple, aux fonctions intellectuelles et sensorielles.

Ainsi, avec l’incestuel, on ne se trouve pas limité à des rapports génitaux comme c’est le cas dans l’inceste mais tous les aspects non génitaux de la sexualité se trouvent mis en jeu.

Un exemple clinique est propre à illustrer le caractère incestuel de la relation mère/fils. Jean-Paul est l’aîné d’une famille de six garçons. Il est venu demander une analyse en raison de problèmes sexuels en rapport avec une éjaculation précoce. Il me dit qu’il a souvent été dans le lit de sa mère jusqu’à une période avancée de son adolescence.Très peu de temps après le début de son analyse, il a le fantasme que nous nous retrouvons tous deux sur le divan amoureusement enlacés. Je suis frappée par le caractère très cru de ce fantasme et j’évoque un souvenir qu’il avait raconté quelque temps auparavant : couché aux côtés de sa mère, il avait tenté de lui caresser les seins et celle-ci lui avait dit : « Arrête, ton père pourrait arriver. » Elle sous-entendait par là que le seul obstacle à ces caresses était extérieur.

Ce serait une erreur de penser que cette mère est œdipienne, car tout en posant l’interdit, elle lui laisse entendre que cela pourrait être possible : la limite est posée mais non comme venant d’elle, cette limite n’étant pas le fait d’une véritable introjection de la loi interdictrice, mais elle est posée comme venue d’une instance extérieure, le père (appréhendé comme empêcheur), et produite par la seule peur du gendarme. Ce qui est incestuel c’est qu’une telle parole laissait entendre à l’enfant qu’il était, que la relation pouvait être considérée comme tout à fait possible.

J’avais souligné d’ailleurs à ce patient que sa mère lui parlait non pas comme une mère à son fils mais comme une femme à un amant qui risquerait d’être surpris par la venue du mari.

Il est alors conduit à me dire que sa mère en épousant son père souhaitait surtout avoir des enfants, reprenant ce qu’elle lui a souvent dit, il avait ajouté que sa venue au monde pour elle a été « le plus beau jour de sa vie ».

Nous voyons dans cet exemple comment la séduction narcissique peut trouver à se prolonger dans une relation fortement marquée par l’incestualité. Jean-Paul, par ces paroles a été séduit, porté aux nues par cette mère séductrice mais on voit de quelle façon, sans doute a-t-il payé ce statut d’exceptionnalité par une impuissance sexuelle. L’incestualité importante qui a régné et qui règne toujours dans ses relations à sa mère renvoient à un état d’inaccomplissement, celui-là même qu’il a dû éprouver lorsque dans le lit de sa mère il s’est trouvé incapable de la satisfaire 

L’angoisse qu’il éprouve quand il est au lit avec une femme est réactivée par le souvenir de celle qui a accompagné l’excitation produite par la proximité du corps de sa mère si proche et presque offert, tout en étant interdit.

La position paradoxale dans laquelle s’est trouvé ce patient du fait même de l’incestualité de sa mère, se traduit par une position non moins paradoxale dans sa relation amoureuse d’adulte car, tout en sollicitant sans arrêt sa compagne actuelle pour faire l’amour, il ne supporte pas le désir de celle-ci.

L’éjaculation précoce dont il est atteint pourrait évoquer la menace de castration par le père. Mais il semble que derrière son inhibition à pénétrer une femme se cache la peur d’être aspiré par un vagin excité, d’où son impossibilité de faire face au désir d’une partenaire. On voit les composantes prégénitales en jeu dans cette sorte de régression : composante anale dans la perte de la maîtrise de l’érection, composante orale dans la peur d’être dévoré, aspiré par un vagin excité.

INCESTUALITÉ ET TRAUMATISME

L’incestualité désigne un climat familial dans lequel l’enfant est amené contre son gré, mais par une violence encore plus pernicieuse que dans l’inceste, à accueillir les désirs sexuels d’un ou des deux parents abuseurs et à les satisfaire au prix de sa propre sexualité.

Il constitue une forme de ce que l’on est en droit d’appeler un « meurtre psychique ». Cette notion n’est pas éloignée de ce que J.-P. Caillot a désigné comme relevant du registre de l’incestuel meurtrier. 

Ce qui est en jeu c’est le narcissisme : pour ses parents, l’enfant n’a pas statut de personne mais de faire-valoir. Il est un instrument au service de leur narcissisme. En ce sens, on pourra autant parler d’abus narcissique que d’abus sexuel.

Avec l’incestuel nous sommes aux confins d’une conception traumatique du psychisme qui, loin de considérer le traumatisme comme un choc ayant eu lieu une fois, loin de le voir comme un acte isolé s’approche plutôt d’un mode de vie d’une constellation relationnelle permanente au degré constant de toxicité. Dans un tel contexte, nous ne sommes pas éloignés d’une conception qui voit dans l’incestualité une manifestation de perversité au sein de certaines familles où elle se donne comme une sorte de norme quotidienne, constamment banalisée mais dont l’effet est la destruction et le saccage psychique. Nous sortons en effet du registre de la perversion sexuelle car la finalité de telles relations est de ne laisser à l’autre aucune place pour être, la finalité étant pour reprendre l’expression d’André Green de « désobjectaliser, de retirer à cet autre sa propriété de semblable humain » .

CONCLUSION

Nous terminerons par la question : L’incestuel pour quoi faire ?

La difficulté à cerner cette notion dans la clinique vient de ce qu’elle est marquée du sceau du quotidien et du banal, le reproche en effet que certains font à l’incestuel c’est l’idée qu’il se rencontre partout et que si tout est incestuel, alors plus rien ne l’est ; mais comme on l’a vu l’incestuel n’est que l’excès et la poursuite indue de quelque chose de normal et de positif.

L’incestuel est un concept qui permet de rendre compte du rôle joué par les relations familiales inter ou transgénérationnelles dans la constitution d’un délire d’une somatisation ou d’une addiction. Cette notion a une valeur opératoire, elle permet d’aiguiser le regard clinique sur des formes de pathologie non marquées par l’œdipe dont les manifestations sont en proximité avec les perversions. Ainsi l’incestuel peut nous donner la clé de pathologies jusqu’alors obscures, parfois mal comprises, psychotiques, perverses et parfois meurtrières.

Il peut ne pas nettement se repérer car il est souvent mêlé à d’autres aspects plus œdipiens. Il ne se rencontre jamais à l’état pur : l’incestualité ne recouvre jamais entièrement la vie psychique d’une personne ou d’une famille, elle se trouve toujours en balance avec l’œdipe, non pas comme un pan de la personnalité à côté d’autres aspects plus œdipiens, mais en tension avec ces aspects car il faut souligner combien l’incestuel est anti-œdipien, combien la présence d’éléments incestuels travaille pour la déconstruction de l’œdipe et évince l’œdipe ! Il existe donc des gradients d’incestualité allant de quelques traits à peine perceptibles à l’incestuel caractérisé.

Dans les familles incestuelles, nous dit P.-C. Racamier, le tabou de l’inceste y est remplacé par le tabou de la vérité sur l’inceste, ce dernier y est banalisé, normalisé .L’autre tabou transgressé par l’incestuel, est celui de l’indifférenciation des êtres, un tabou qui interdit de confondre les individus sur le plan corporel, psychique et social. L’incestuel est anti-œdipien car il abolit les différences en ce sens, il est le grand destructeur de la vie psychique au point qu’il débouche tout droit dans le corporel et le social.

Notes

  • P.-C. Racamier, Le génie des origines, Payot, 1992.
  • P.-C. Racamier, L’incestuel, Vocabulaire de psychanalyse groupale et familiale, Éd. du Collège, 1998.

Romain Gary Russe Français Diplomate, écrivain, aviateur, cinéaste 1914/1980

Page d’aide sur l’homonymie

Romain Gary

Nom de naissanceRoman Kacew
AliasÉmile Ajar, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi
Naissance21 mai 1914 (8 mai du calendrier julien)
Vilnius, Empire russe
Décès2 décembre 1980 (à 66 ans)
Paris 7e, France
Nationalité Russe et soviétique (1914-1935)
Français (1935-1980)
Pays de résidenceEmpire russe (1914-1921)
Pologne (1921-1928)
France (1928-1980)
DiplômeFaculté de droit d’Aix-en-Provence
Faculté de droit de Paris
Activité principaleDiplomate, écrivain, aviateur, cinéaste
DistinctionsPrix Goncourt (1956 et 1975)
Langue d’écritureFrançais, anglais, polonais, russe
GenresRoman et nouvelles

Œuvres principales

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Romain Gary, né Roman Kacew le 21 mai 1914 (8 mai dans le calendrier julien) à Vilna dans l’Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort le 2 décembre 1980 à Paris, est un aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste et réalisateur français, de langues française et anglaise.

Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d’emprunt d’Émile Ajar, en les faisant passer pour l’œuvre d’un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, le second prix étant attribué à un roman écrit sous ce pseudonyme.

Sommaire

Biographie

Origines

Plaque sur la maison de Romain Gary à Wilno/Vilnius (1917-1923).

Durant toute sa vie d’adulte, dans son œuvre, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités », mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Romain Gary a donné des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew, de Kacew) ; son lieu de naissance (Nice, dans la région de Koursk en Russie, Wilno) ; la nationalité de son père (russe, géorgien, tatare, mongol) ; celle de sa mère (juive russe, française) ; informations elles-mêmes souvent déformées par les médias (« Kiev », « en Russie près de la frontière polonaise »). Il va jusqu’à renier son père — se présentant comme un « bâtard juif russe, mâtiné de Tartare » — ou encore laisse entendre, et courir la légende, dans divers écrits et entretiens, qu’il est le fils du comédien russe Ivan Mosjoukine.

En réalité, Roman Kacew (« boucher » en yiddish, de l’hébreu katsav, prononcé en polonais [kat͡sɛf]), issu de deux lignées juives ashkénazes, est né, suivant le calendrier julien, le 8 mai 1914 (21 mai 1914 dans le calendrier grégorien) à Vilna (Bильнa), chef-lieu du gouvernement de Vilna dans l’Empire russe — ville devenue pendant l’entre-deux-guerres Wilno en Pologne, puis l’actuelle Vilnius en Lituanie. Ceci est attesté par un certificat du « rabbinat du gouvernement de Vilnius » rédigé en hébreu et en russe en date du 8 mai 1914 (calendrier julien), établissant qu’il est le fils d’Arieh-Leïb Kacew et de Mina Owczyńska (1879-1941), mariés à Wilno le 28 août 1912.

Arieh-Leïb (« lion » en hébreu et en yiddish, d’où la francisation en « Léon ») Kacew est né en 1883 à Vilnius ; en 1912, il est associé dans l’atelier et magasin de fourrures familial (rue Niemecka / Daïtsche Gas = ruelle allemande) et fait partie de la Deuxième Guilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Vilnius.

Mina Owczyńska, fille de Josel (Joseph) Owczyński, est née en 1879 à Święciany (Švenčionys en lituanien), petite ville à 80 km de Vilnius, où elle a fait des études secondaires en yiddish et en russe dans un établissement juif et où elle a participé à un groupe de jeunesse d’orientation socialiste, le « cercle Yehoash ». Elle a d’abord été mariée à Reouven Bregstein, originaire de Kaunas comme la mère de Mina et en a divorcé. On ne sait pas grand-chose d’autre sur ce premier mariage sinon qu’en est issu un fils du nom de Joseph Bregstein né en 1902 et qui semble avoir habité avec le jeune Roman de mars 1922 à avril 1923 avant de mourir de maladie peu après.

Parmi les frères de Mina, le plus important concernant Romain Gary est Eliasz, lui aussi émigré en France, père de Dinah (1906), elle-même épouse de Paul Pavlowitch (1893-1953) et mère de Paul-Alex Pavlowitch (1942).

Enfance et adolescence

En Russie (1914-1921)

Roman et ses parents sont de nationalité russe, puis deviennent polonais lorsque Wilno et sa région sont intégrées à la Pologne rétablie après la Première Guerre mondiale.

Durant cette guerre, son père est mobilisé dans l’armée russe, alors que Roman est encore un très jeune enfant. Mina et Roman quittent Vilnius pour Švenčionys où ils passent quelques mois, puis une mesure générale d’expulsion des juifs de la zone du front les oblige à passer plusieurs années en Russie proprement dite. Les informations sur ce séjour en Russie sont assez obscures : dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours à Koursk et à Moscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelots révolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l’agitprop révolutionnaire. Aucune source indépendante ne confirme ces assertions.

En Pologne (1921-1928)

La présence de Mina Owczynska (et de Roman) à Vilnius est attestée à partir de septembre 1921 par le registre des locataires d’un immeuble au no 16 de la rue Wielka Pohulanka, où ils vont vivre pendant quelques années. Leur retour est sans doute consécutif à la paix de Riga (mars 1921) qui met fin à la guerre entre la Russie soviétique et la République de Pologne.

Démobilisé, Leïb Kacew les rejoint à une date inconnue, mais il quitte le foyer en 1925 pour aller vivre avec une autre femme, Frida Bojarska, avec qui il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce de Mina et Leïb est prononcé en mai 1926 et il se remarie presque aussitôt avec Frida (les quatre membres de la nouvelle famille Kacew mourront durant la Seconde Guerre mondiale). Romain Gary n’a pratiquement rien dit ou écrit sur la période où son père vivait avec lui et Mina à Vilnius, ni sur la séparation et le divorce. Il a cependant revu son père en 1933 à Varsovie. Il évoque des cours particuliers (violon, escrime, tir au pistolet, danse), mais pas les écoles qu’il a fréquentées. En mars-avril 1925, peu avant la séparation, sa mère l’emmène à Bordighera où il voit la mer pour la première fois.

Roman est ensuite élevé par sa mère, qu’il présentera comme une actrice de théâtre. Après la séparation, elle connaît des problèmes financiers, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari, et son petit atelier de chapeaux ne lui rapporte que très peu d’argent. En août 1925, elle et Roman quittent Vilnius pour Švenčionys, puis s’installent en 1926 à Varsovie, où sont déjà présents d’autres membres de la famille Owczynski, notamment un autre frère de Mina, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés20. Roman semble avoir été scolarisé dans un collège polonais (collège Górskiego21), où il est en butte à un antisémitisme au moins verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.

En août 1928, ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste22.

En France

Ils arrivent à Menton le 23 août 1928 et s’installent à Nice, où se trouvent déjà son frère Eliasz et sa famille ; le 1er octobre, Romain commence une nouvelle année scolaire au lycée Masséna, directement intégré en classe de 4e23. Mina fait ensuite les démarches pour obtenir une autorisation de séjour, laquelle est accordée mais sous réserve qu’elle n’occupe aucun emploi24.

En fait, elle est obligée de gagner sa vie, vendant d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou de Cannes, puis s’occupant de vente immobilière25 ; un de ses clients lui confie finalement la direction d’un petit hôtel, la pension Mermonts, au 7 du boulevard Carlone (actuel boulevard François-Grosso)26.

Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931 et 1932 celui de composition française, mais « dans les autres matières, excepté l’allemand qu’il parle et écrit très correctement, il est médiocre27 ». Ses amis de l’époque sont comme lui étrangers ou issus de familles d’origine étrangère : François Bondy28 (1915-2003) ; Alexandre Kardo Sissoeff29 ; Sigurd Norberg30 ; René et Roger Agid, dont les parents dirigent plusieurs grands hôtels de Nice (et un à Royat, Puy-de-Dôme), principalement L’Hermitage à Cimiez31 ; à ce titre, ils connaissent directement la mère de Romain.

Il est reçu au baccalauréat Philosophie en juillet 1933 avec la mention « Passable »32.

Études supérieures et débuts littéraires

Après avoir commencé des études de droit à Aix-en-Provence en octobre 1933, Roman Kacew part l’année suivante les poursuivre à Paris, probablement grâce à l’aide financière que lui apporte son père à l’occasion de leur rencontre à Varsovie durant l’été 193433. Il obtient une licence de droit en juillet 1938, tout en suivant parallèlement une Préparation militaire supérieure au Fort de Montrouge : « En attendant son incorporation dans l’armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure34. » Il révise au petit jour et passe l’essentiel de son temps à écrire.

C’est à cette époque qu’il publie ses premières nouvelles dans Gringoire, un hebdomadaire qui n’est pas au départ orienté à l’extrême droite. La première, L’Orage, y paraît le 15 février 1935, ce qui lui permet de ne plus dépendre financièrement de sa mère qui, minée par un diabète insulinodépendant, s’est usée à la tâche pour préparer l’avenir de son fils35. Gary renonce aux généreuses rétributions que lui versait l’hebdomadaire quand le journal affiche des idées fascistes et antisémites ; il écrit à la rédaction une lettre pour dire en substance : « Je ne mange pas de ce pain-là36. » En 1937, plusieurs éditeurs refusent son premier roman, Le Vin des morts35.

Engagement militaire et Seconde Guerre mondiale

Service militaire

Naturalisé français le 5 juillet 193537, Romain Gary est incorporé le 4 novembre 1938 dans l’Armée de l’air à la base aérienne de Salon-de-Provence38. À l’issue d’une formation d’élève officier de réserve de trois mois à l’école d’observation d’Avord près de Bourges, il passe l’examen de sortie en mars 1939 et est l’un des deux élèves-observateurs de la promotion à échouer, parmi les 290. Le seul grade qui lui soit accordé, contrairement semble t-il à tous les usages, est celui de caporal. Cet échec est probablement une mesure de discrimination à cause de sa naturalisation trop récente39. Il est nommé mitrailleur, puis doit se contenter du grade de sergent40.

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Romain Gary est mobilisé en tant qu’instructeur de tir à l’école des observateurs de Bordeaux-Mérignac, où la base aérienne d’Avord s’est repliée41,42.

France libre

Fervent admirateur du général de Gaulle, il répond à l’Appel du 18 juin mais ne va pas directement à Londres. Le 20 juin 1940, il rejoint en avion Alger, puis le Maroc43, où il se rend en car à Casablanca. Un cargo britannique, l’Oakrest, l’emmène à Glasgow, où il débarque le 22 juillet 194044. Il s’engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Adjudant en septembre 1940, il sert au Moyen-Orient, en Libye, et à Koufra en février 1941, en Abyssinie puis en Syrie où il contracte le typhus, passant six mois sur un lit d’hôpital. Après sa convalescence, il rejoint l’escadrille de surveillance côtière en Palestine et se distingue dans l’attaque d’un sous-marin italien45.

Il est breveté officier observateur en avril 194146, promu lieutenant le 15 décembre 194247.

En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement Lorraine. Il est affecté à la destruction des bases de lancement des missiles V1. C’est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary — signifiant en russe « brûle ! » à l’impératif48 — qui sera retenu par l’état civil à partir de 195149 : « Romain Gary » devient son nom francisé à l’état civil français en octobre de cette année50.

Sa mère, qu’il aimait par dessus tout et qui l’avait poussé à « devenir quelqu’un », meurt le 16 février 1941 ; dans La Promesse de l’aube, l’écrivain raconte ne l’avoir appris qu’en 1944, lors de son retour triomphal à Nice après la guerre51 :

« Le ruban vert et noir de la Libération bien en évidence sur ma poitrine, au-dessus de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de cinq ou six autres médailles (…) je revenais à la maison après avoir démontré l’honorabilité du monde, après avoir donné une forme et un sens au destin d’un être aimé. […]

À l’Hôtel-pension Mermonts où je fis arrêter la jeep, il n’y avait personne pour m’accueillir. On y avait vaguement entendu parler de ma mère, mais on ne la connaissait pas. Mes amis étaient dispersés. Il me fallut plusieurs heures pour connaître la vérité. Ma mère était morte trois ans et demi auparavant, quelques mois après mon départ pour l’Angleterre (…). Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu’elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. (…) Je continuai donc à recevoir de ma mère la force et le courage qu’il me fallait pour persévérer alors qu’elle était morte depuis plus de trois ans. Le cordon ombilical avait continué à fonctionner. »

En réalité cet épisode est une invention littéraire : Romain Gary, qui connaissait l’état de santé de sa mère, a rapidement été averti « par un télégramme très brutal »52 du décès de celle-ci, veillée par ses amis de jeunesse Sylvia Stave et René Agid — auxquels La Promesse de l’Aube est dédié — et sans avoir rédigé la moindre lettre53.

En tant qu’observateur, il remplace Pierre Mendès France dans l’équipage du sous-lieutenant Arnaud Langer. Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 alors qu’il se trouve dans l’avion de tête d’une formation de six appareils. Il est blessé, et le pilote Arnaud Langer est aveuglé, mais Gary guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène l’avion à sa base. Cette version est contestée par le radio, René Bauden, qui relate que la blessure reçue par l’observateur, Romain Gary, ne lui aurait pas permis de ramener l’appareil à sa base, ayant causé son évanouissement.

Il effectue sur le front de l’Ouest plus de vingt-cinq missions, totalisant plus de soixante-cinq heures de vol de guerre. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine en mars 1945, à la fin de la guerre54.

Carrière diplomatique

Après la fin des hostilités, Romain Gary entame une carrière de diplomate au service de la France, en considération des services rendus pour sa libération. À ce titre, il séjourne en Bulgarie (1946-1947), à Paris (1948-1949), en Suisse (1950-1951), à New York (1951-1954) — à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies, où il côtoie régulièrement le jésuite Teilhard de Chardin dont la personnalité le marque profondément et lui inspire notamment le personnage du père Tassin dans Les Racines du ciel55 —, à Londres (1955), puis en qualité de consul général de France à Los Angeles de (1956-1960)56. De retour à Paris, il demeure sans affectation jusqu’à sa mise en disponibilité du ministère des Affaires étrangères en 1961.

Carrière littéraire

En 1937, son roman Le Vin des morts est refusé57 (il sera publié finalement pour la première fois en 2014). En janvier 1945, Romain Gary voit son roman Éducation européenne publié par les éditions Calmann-Lévy ; il est distingué par le prix des Critiques. C’est avec Les Racines du ciel, récompensé du prix Goncourt en 1956, que sa notoriété d’écrivain grandit auprès du public. Il reçoit également le prix Durchon-Louvet de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre la même année. À partir de la publication de La Promesse de l’aube, en 1960, il se consacre de plus en plus à son activité d’écrivain, écrivant également sous divers pseudonymes, dont l’ultime et le plus connu, Émile Ajar, marque la fin de sa carrière avec quatre romans. Fait unique, il obtient pour La Vie devant soi un second prix Goncourt le 17 novembre 1975, déclenchant à la fin des années 1970 « l’affaire Émile Ajar » lorsque Gisèle Halimi, l’avocate de Gary, annonce le choix initial de son client Ajar de refuser le prix, ce qui incite la presse à enquêter sur celui qu’elle croit être le véritable auteur, Paul Pavlowitch58. « Ce que l’on appelle “l’affaire Ajar” cache en fait une véritable tentative de renouvellement identitaire et artistique59 ».

Dès l’immédiat après-guerre, entre 1946 et 1956, la figure littéraire du rescapé de la Shoah hante l’œuvre romanesque de Romain Gary qui s’interroge sur la question : comment vivre après Auschwitz ? C’est Tulipe, dans l’œuvre homonyme (1946), qui au sortir de Buchenwald s’installe dans le « nouveau monde » de Harlem ; c’est Vanderputte, dans Le Grand vestiaire (1948), qui a dénoncé un réseau de résistants ; c’est le compagnon de la Libération, Jacques Rainier, dans Les Couleurs du jour (1952), qui voit l’idéal de la France Libre se déliter et s’engage comme volontaire en Corée ; c’est Morel, dans Les Racines du ciel (1956), qui a survécu à l’expérience concentrationnaire en imaginant des troupeaux d’éléphants battre la savane. Ce n’est qu’avec l’œuvre d’Émile Ajar qu’une réponse viendra sublimer ses premiers écrits : « Celle d’un altruisme désintéressé, d’une banalité du bien qui contraste avec la banalité du mal d’un Eichmann60,61. »

L’œuvre littéraire de Romain Gary est marquée par un refus opiniâtre de céder devant la médiocrité humaine. Ses personnages sont fréquemment en dehors du système parce que révoltés contre tout ce qui pousse l’homme à des comportements qui lui font perdre sa dignité. Ils oscillent entre la souffrance de voir leur monde abîmé, et une lutte pour garder coûte que coûte l’espérance. On peut dire que Romain Gary vit lui-même ces combats, mêlant admirablement le dramatique et l’humour. Ainsi, dans Chien blanc (1970), récit autobiographique écrit dans le contexte de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1967-1968, il écrit : « ll est soûl, affirma solennellement Saint-Robert, et c’était un peu vrai, bien que je ne touche jamais ni à l’alcool, ni à la marijuana, ni au LSD, parce que je suis trop acoquiné avec moi-même pour pouvoir tolérer de me séparer d’une aussi agréable compagnie par le truchement de la boisson ou de la drogue. Mais je me soûle d’indignation. C’est ainsi d’ailleurs que l’on devient écrivain62. » Puis : « J’écris pendant une heure ou deux : cette façon d’oublier… Lorsque vous écrivez un livre, mettons, sur l’horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l’horreur, vous vous en débarrassez63… »

Romain Gary et le cinéma

L’œuvre littéraire de Romain Gary est régulièrement adaptée au cinéma, et lui-même s’intéresse à la discipline à plusieurs reprises. Dès 1958, il scénarise l’adaptation de son roman Les Racines du Ciel réalisée par John Huston puis contribue au scénario du film Le Jour le plus long sorti en 1962. Romain Gary s’essaie plus tard à la réalisation de deux films dont il est l’auteur : en 1968, Les oiseaux vont mourir au Pérou, avec Jean Seberg, Pierre Brasseur et Maurice Ronet ; puis, en 1972, Police Magnum avec Jean Seberg, James Mason et Stephen Boyd. Il participe aux jurys des festivals de Cannes, en 1962, et de Berlin, en 1979.

Romain Gary et la mort

En 1978, lors d’un entretien avec la journaliste Caroline Monney64, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m’arrivera pas. Jamais. J’imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais »65.

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 avec un revolver Smith & Wesson de calibre 38, se tirant une balle dans la bouche66. Il laisse une lettre mystérieusement datée « Jour J » et dans laquelle est notamment écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l’actrice s’est elle-même suicidée le 30 août 1979)67. Compagnon de la Libération, il a droit aux honneurs militaires français suivis d’une mélopée russe lors de ses obsèques à l’église Saint-Louis des Invalides le 9 décembre 1980. Le 15 mars 1981, sa dernière compagne Leïla Chellabi disperse ses cendres, selon son vœu, en mer Méditerranée au large de Menton68.

Selon Roger Grenier, éditeur et ami de Romain Gary, à propos du jour de sa mort : « J’ai essayé de reconstituer sa journée. Il avait déjeuné avec Claude Gallimard pour parler de ses impôts. Comme il devait partir en voyage le lendemain, il est allé voir l’infirmière pour lui demander quels médicaments emporter. Il se rendait à Genève pour changer son testament. Il y a des doutes… Selon certains de ses amis, il a été assassiné par une proche… Il y a deux versions qui s’opposent, je balance entre l’une et l’autre. »69

Vie privée

Dans un recueil de confidences sous la forme d’entretiens livrés à la radio en 1980, Romain Gary faisait cette déclaration : « La seule chose qui m’intéresse, c’est la femme, je ne dis pas les femmes, attention, je dis la femme, la féminité70 ». Parmi les amours de jeunesse de Roman Kacew, on peut citer Christel Söderlund, une jeune journaliste suédoise qu’il rencontre à Nice en juillet 1937. Jeune mère de famille, mariée, elle suit Romain à Paris et envisage de divorcer, mais décide après quelques mois de rentrer en Suède retrouver son mari71.

Il tombe ensuite amoureux d’Ilona Gesmay, une jeune juive hongroise de quatre ans son aînée, qui inspirera l’auteur de La Promesse de l’aube, de La nuit sera calme et d’Europa. Sa famille lui ayant coupé les vivres, elle décide de rentrer à Budapest en mars 1940 ; elle survivra à la guerre, mais deviendra schizophrène et ne reverra jamais Romain72, ce qu’il racontera dans la nouvelle À bout de souffle73. Il dit d’elle qu’elle est la seule femme qu’il ait jamais aimée et qu’il admirait ses yeux « gris angora »74. Romain Gary décrit également dans cette nouvelle les lettres, toujours la même en fait, qu’il commence à recevoir d’elle à partir de 1953. Lui répondant, mais recevant toujours la même réponse, il apprendra qu’elle est enfermée dans un hôpital psychiatrique en Belgique et qu’elle écrit inlassablement la même lettre pendant les quelques dizaines de minutes de lucidité qu’elle a par jour. Les lettres qu’il envoie à Ilona sont interceptées par les médecins qui ne souhaitent pas provoquer un choc à la jeune femme. La sœur de cette dernière expliquera à Romain Gary qu’Ilona lorsqu’elle est lucide demande toujours des nouvelles de « son Romain »75.

En avril 1945, Roman Kacew épouse la femme de lettres britannique Lesley Blanch rencontrée l’année précédente, mais l’amour d’Ilona continue à le hanter76. En 1959, il fait la connaissance de l’actrice américaine Jean Seberg dont il tombe amoureux et avec qui il entame une liaison. En 1963, il divorce pour se marier avec Jean Seberg. Leur fils, Alexandre Diego Gary, est né en 1962 mais Romain, grâce à ses relations, réussit à faire établir un acte de naissance datant de 1963 pour sauvegarder les apparences77. Un acte de mariage secret est retrouvé dans les années 2010 en Corse, entre lui et l’actrice, ainsi qu’un témoin photographe de l’époque. Entre 1964 et 1970, Romain Gary se rend souvent à Majorque, où il possède une villa, près d’Andratx78.

Il tournera ses deux films avec Jean Seberg comme actrice principale, dont Police Magnum (titre original Kill!), en 1971, en Espagne. En 1968, lorsque Romain Gary apprend la romance entre sa femme et Clint Eastwood pendant le tournage de La Kermesse de l’Ouest, il prend l’avion et provoque l’acteur en duel au revolver mais le « cow-boy américain » se défile79. Ils se séparent et divorcent en 1970. Il rencontre en 1978 Leïla Chellabi, danseuse puis mannequin, animatrice de radio et parolière. Elle sera sa dernière compagne et son ayant droit80.

Émile Ajar

Après la disparition de Romain Gary, on apprend qu’il est le véritable auteur des quatre romans signés du pseudonyme Émile Ajar. C’est un proche parent de Romain Gary, Paul Pavlowitch (son petit-cousin) qui avait tenu le rôle d’Ajar auprès de la presse (notamment auprès d’Yvonne Baby dans Le Monde81 et de l’hebdomadaire Le Point qui retrouve « Ajar » dans le Lot et publie deux semaines durant en 1973 des articles et une interview littéraire de Paul Pavlowitch par Jacques Bouzerand, à la veille du prix Goncourt). Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont (du nom de l’hôtel-pension à Nice dont sa mère est gérante) ou de Lucien Brûlard (autre variation sur le thème du feu — voir ci-après) qui ne sont cependant pas acceptés. Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir été récompensé deux fois par le prix Goncourt, ce qui est officiellement impossible en vertu des règles de ce concours. Il a remporté son premier prix sous son nom d’usage, pour Les Racines du ciel, en 1956, et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975. Les deux noms se ressemblent, dans le cadre d’une volonté de mystification ambigüe (en russe, Gary signifie « brûle ! » (2e personne du singulier à l’impératif) alors qu’Ajar, qui fut le nom d’actrice de sa mère, signifie « braise »48 [жар])82. En outre, il est possible de retrouver des phrases typiques de Gary dans les textes d’Ajar83.

La mystification Ajar / Gary ne serait pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier van Cauwelaert rapporte qu’une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu’il nomme Hélène, aurait préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar étaient une seule et même personne84.

Ajoutons qu’Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes (en tant qu’écrivain publié) puisqu’il est aussi l’auteur d’un polar politique sous le nom de Shatan Bogat (« Satan le riche » en russe85) : Les Têtes de Stéphanie et d’une allégorie satirique contre l’ONU signée Fosco Sinibaldi (Fosco veut dire « Sombre » en italien, Sinibaldi serait un hommage à Garibaldi86) : L’Homme à la colombe.

Postérité

Plaque en mémoire de Romain Gary apposée sur son domicile parisien au no 108 de la rue du Bac.

Le nom de Romain Gary a été donné à une promotion de l’École nationale d’administration (2003-2005), de l’institut d’études politiques de Lille (2013) et de l’Institut d’études politiques de Strasbourg (2001-2002), en 2006 à la place Romain-Gary dans le 15e arrondissement de Paris et à la bibliothèque patrimoniale de Nice. L’Institut français de Jérusalem porte également le nom de Romain Gary.

Le 16 mai 2019, son œuvre paraît dans la collection de la Pléiade sous la direction de Mireille Sacotte87,88.

Œuvre littéraire

Sous le nom de Roman Kacew

Sous le nom de Romain Gary

Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi

Sous le pseudonyme de Shatan Bogat

Sous le pseudonyme d’Émile Ajar

Œuvre cinématographique

Adaptation de l’œuvre

Adaptations au cinéma

Adaptations à la télévision

Adaptations au théâtre

En 2007-2008, La Vie devant soi est adapté au théâtre par Xavier Jaillard dans une mise en scène de Didier Long et remporte trois Molières (meilleure adaptation théâtrale, meilleure comédienne, meilleure production théâtrale).

En 2007-2009, Christophe Malavoy incarne Romain Gary au théâtre dans Gary / Ajar93,94,95.

En 2015, la compagnie Les Anges au Plafond créé le spectacle R.A.G.E, mêlant des extraits de La Promesse de l’Aube, Pseudo et Gros-Câlin, et dresse le portrait de « cet homme qui passe par le mensonge pour raconter sa vérité »96. Deux ans plus tard en 2017, en coporoduction avec la Maison de la Culture de Bourges, ils adaptent le roman Chien Blanc, qu’ils présentent sous son titre anglais de White Dog97.

Décorations

Commandeur de la Légion d’honneur98Compagnon de la Libération54 (20 novembre 1944)98Croix de guerre 1939-1945 (deux citations)98Médaille de la Résistance française98Médaille coloniale avec agrafe « Koufra-Érythrée »98Insigne des blessés militaires98