Auschwitz-Birkenau 70 eme anniversaire de la libération du camp d’extermination.

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Pour en savoir plus: http://www.reseau-canope.fr/les-2-albums-auschwitz/

Afin de commémorer les 70 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, un webdocumentaire en accès libre, réalisé à partir de photos, vidéos, et frises chronologiques, plonge dans l’horreur de l’histoire. Un remarquable outil pédagogique.

Comment raconter l’horreur? Le réseau Canopé et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ont fait le choix du transmédia pour permettre une plongée dans l’histoire, à l’occasion des soixante-dix ans de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne.

En complément du livre L’Album d’Auschwitz et du DVD Album(s) d’Auschwitz, de William Karel et Blanche Finge, le webdocumentaire Les deux albums d’Auschwitz a été mis en ligne ce mardi 27 janvier. Gratuit et en libre accès, il s’adresse à tous. Un outil pédagogique pour comprendre ce qui s’est passé, accessible notamment aux enseignants et à leurs élèves. Celui-ci repose sur de nombreux matériaux. Photos, vidéos, sons, textes, frises chronologiques et cartes interactives le nourrissent.

Les deux albums d’Auschwitz regroupe notamment plus de deux cents photographiques de l’intérieur du plus grand camp de la mort nazi. Celles-ci sont issues de deux albums, d’où le nom du webdocumentaire. L’un provient de Lili Jacob, une survivante d’Auschwitz qui, en 1945, a trouvé dans un baraquement ces photos prises par un SS inconnu. Un témoignage précieux qui montre l’arrivée d’un convois de juifs de Hongrie à Auschwitz-Birkenau en 1944 et leur parcours jusqu’aux chambres à gaz. Le second, lui, a été remis en 2007 par un donateur anonyme au Mémorial de la Shoah de Washington. Son premier propriétaire était Karl Höcker, ancien adjoint du commandant d’Auschwitz. Il montre notamment la vie quotidienne des SS à Auschwitz. Deux recueils qui ont été au centre du documentaire Album(s) d’Auschwitz en 2009.

Mêler l’intime à la grande histoire

Le webdocumentaire met désormais en perspective et de manière interactive ces collections d’images. Arrivé sur le site, l’internaute découvre une carte du monde entourée d’une chronologie. Sur l’un et l’autre apparaissent des points sur lesquels cliquer pour découvrir des textes lus, des photographies issus des deux albums ou bien des témoignages vidéo poignants de Lili Jacob. Les plans peuvent ensuite se resserrer: sur l’Europe, le complexe d’Auschwitz ou le centre d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. D’autres documents sont alors disponibles.

Très instruit et complet, Les deux albums d’Auschwitz permet aussi bien d’en savoir plus sur l’histoire des Juifs de Hongrie, sur le début de la guerre, sur les divers procès qui ont eu lieu après la Seconde guerre mondiale que sur l’organisation à l’intérieur du camp. Le plus bouleversant reste l’entretien avec Lili Jacob, découpé en diverses étapes réparties chronologiquement et géographiquement. Originaire de Hongrie, elle avait accepté de témoigner face caméra et est décédée en 1999 aux États-Unis. La parole libérée, elle raconte tout ce qu’elle a traversé pour mêler l’intime à la grande histoire, de sa jeunesse à sa déportation, de son exil en Amérique du Nord à ses témoignages lors de plusieurs procès.

Pour en savoir plus: http://www.reseau-canope.fr/les-2-albums-auschwitz/

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Le FMI prévoit une croissance mondiale de 3,9% pour 2018 et 2019

Lagarde Managing Director of the IMF attends a news conference on the world economic outlook during the WEF in Davos

La directrice générale du Fond Monétaire International Christine Lagarde lors du Forum économique mondial, de Davos le 22 janvier 2018 Denis Balibouse /Reuters

INFOGRAPHIES – Le Fonds monétaire international révise à la hausse sa prévision de croissance de l’économie mondiale. Il met en avant « la dynamique générale de la croissance » et les baisses d’impôts aux États-Unis.

Sans grande surprise le Fonds monétaire international a révisé à la hausse sa prévision de croissance de l’économie mondiale, qui devrait ainsi progresser de 3,9%, tant en 2018 que l’an prochain. Ces chiffres constituent pour chacune de ces deux années une hausse de 0,2 point par rapport au scénario publié par le FMI en octobre dernier lors de son assemblée annuelle 2017.

«L’activité économique mondiale continue de se raffermir et en 2017 la production a progressé de 3,7%, soit 0,1 point de plus que ce qui avait été estimé en octobre, et la croissance de 2017 s’avère ainsi supérieure de 0,5 point à celle de 2016», lit-on dans le court document de 8 pages du Fonds, car il s’agit que d’une révision trimestrielle des prévisions et non pas d’une refonte complète des perspectives comme c’est le cas en avril et en octobre.

Le FMI met en avant essentiellement deux facteurs explicatifs à ces révisions à la hausse qui touchent pratiquement tous les continents. D’une part «la dynamique générale de la croissance» qui tend à se consolider selon un processus assez classique lors des reprises. Et d’autre part le surplus général de croissance de 0,2 point est pour moitié la conséquence «des changements récents de politique fiscale votée aux États-Unis», autrement dit les baisses d’impôts des entreprises et des ménages américains.

 

Aux États-Unis l’impact positif de la fiscalité se manifestera principalement à travers un rebond de l’investissement des entreprises, souligne le FMI. L’effet cumulé sur la croissance pourrait ainsi atteindre 1,2 point de PIB à l’horizon 2020. En revanche leur impact sur la croissance pourrait être ensuite négatif à compter de 2022, est-il dit.

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Tout en soulignant que pratiquement l’ensemble des régions du monde bénéficient de l’amélioration globale (voir tableau), la révision à la hausse est particulièrement marquée en Allemagne (de 0,5 point en 2018 et en 2019). En tant que premier exportateur mondial de biens d’équipements professionnels, l’économie allemande devrait tout particulièrement profiter de la reprise de l’investissement outre-Atlantique. C’est beaucoup moins le cas de la France, dont les révisions haussières ne portent que sur l’année 2018 (0,1 point), la croissance devant s’établir à 1,9% cette année et l’an prochain.

Mise en garde du FMI

Commentant ces chiffres, Maurice Obstfeld, l’économiste en chef et directeur de la recherche du FMI, y voit «de bonnes nouvelles, mais les dirigeants politiques et les responsables de la politique économique doivent être conscients que la dynamique actuelle repose sur une conjonction de facteurs qui probablement ne sont pas amenés à durer longtemps».

Dix ans après la grande récession de 2008, «la crise financière semble être fermement derrière nous, mais sans une action rapide pour résoudre les obstacles structurels à la croissance et rendre celle-ci plus inclusive, poursuit Maurice Obstfeld, le prochain retournement à la baisse pourrait intervenir plus vite que prévu et s’avérer plus difficile à combattre».

 

Parmi les risques baissiers sur ses prévisions, le FMI met en avant «le niveau élevé des prix des actifs et la faiblesse des taux d’intérêt (à long terme)» qui pourraient entraîner «une possible correction sur les marchés financiers», avec pour conséquence un «affaiblissement de la croissance et de la confiance».

Exceptionnellement, ces prévisions économiques du FMI, qui ont lieu chaque mois de janvier, ont été annoncées depuis Davos où commence ce mardi, et jusqu’au vendredi 26, le Forum économique mondial annuel. Cela n’est pas sans relation avec le fait que cette année Christine Lagarde, la directrice générale du FMI est «co-chairman» du Forum, aux côtés de six autres femmes, dont la Française Isabelle Kocher. Notons que cette coprésidence sera exclusivement féminine, un choix qui lui aussi est significatif dans la conjoncture «médiatique» actuelle.

 

 

Lanzmann, infatigable, continue d’exhumer le « trésor » amassé pour « Shoah »

AFP, le 21/01/2018

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Le cinéaste Claude Lanzmann, le 21 mai 2017 à Cannes / AFP/Archives

A 92 ans, le cinéaste Claude Lanzmann continue inlassablement d’exhumer les trésors amassés lors du tournage de son documentaire « Shoah », livrant avec « Les quatre soeurs » un nouvel éclairage sur l’extermination des juifs par les nazis.

Malgré ses 9 heures 30, « Shoah », le documentaire monument, avait dû laisser de côté des témoignages uniques, inédits, recueillis au fil des douze années de travail qu’a demandées le projet, et éparpillés sur 350 heures de pellicule tournées entre 1976 et 1981.

Il y a donc eu « Un vivant qui passe » (1999), « Sobibor » (2001), « Le rapport Karski » (2010), « Le dernier des injustes » (2013) et aujourd’hui ces « quatre soeurs », qui sera diffusé sur Arte les 23 et 30 janvier et disponible fin janvier en DVD.

Pourquoi avoir attendu 35 ans pour faire un film avec leur histoire ? « Pour beaucoup de raisons. Je ne pouvais pas faire un film de 30 heures (pour « Shoah »). Cela n’avait pas de sens », a expliqué Claude Lanzmann dans un récent entretien à l’AFP lors d’un passage à New York.

Il n’y avait pas, à l’époque, de producteur « assez fou » pour s’engager dans un projet d’une telle ampleur, ou dans une série de films comme ceux qui ont été réalisés par la suite, « et capable de donner l’argent, par dessus le marché », se souvient le metteur en scène.

Malgré cette incertitude quant à l’utilisation finale de ses bandes, Claude Lanzmann a choisi, durant ces années, de filmer, inlassablement, pour documenter des témoignages qui seraient aujourd’hui inaccessibles car les témoins ont disparu.

« Je m’en foutais, cela n’avait pas d’importance pour moi », dit-il. « Finalement, pour moi, faire un film, c’était assez secondaire » « et ça, je ne l’ai pas compris tout de suite. »

Le réalisateur se souvient notamment d’avoir tourné durant une semaine entière, du matin au soir, avec Benjamin Murmelstein, personnage central du « Dernier des injustes ».

« J’étais tellement étonné, au sens fort, sidéré par ce que j’apprenais, que ce qui me paraissait important, capital, c’était d’avoir ce matériel. »

« C’était une garantie contre la perte », fait-il valoir. « Et la perte, dans des cas pareils, je trouve que c’est très grave. »

– D’autres films à venir ? –

C’est ainsi que se sont imposées, tout droit sorties des années 70, ces « quatre soeurs » qui ne le sont pas vraiment mais que Claude Lanzmann a décidé de réunir.

« Je les ai choisies parce qu’elles me paraissaient remarquablement intéressantes », explique le réalisateur. « Chacune a connu le sommet, le comble, l’acmé de l’horreur et de la souffrance. C’est quelque chose qui les lie. »

Il n’y a pas d’échelle dans l’insoutenable, mais parmi ces quatre femmes, l’image de Ruth Elias reste en tête: toute jeune femme, elle a tué sa propre fille, bébé, à Auschwitz pour ne pas la laisser mourir de faim comme le lui avait ordonné Josef Mengelé, le médecin nazi avide d’expérimentations horribles.

Ces témoignages, dont certains éléments sont révélés pour la première fois, sont d’autant plus forts que ces femmes, toutes décédées aujourd’hui, s’expriment sur un ton posé, dans une langue précise, sans aucune effusion ou presque.

Elles ne font pas que témoigner, pourtant, insiste Lanzmann. Elles revivent, en le racontant, le moment le plus douloureux de leur existence.

Alors que beaucoup de documentaires s’appuient sur la musique, des extraits de films d’archives, des dessins ou des parties animées pour étoffer le récit, Claude Lanzmann s’en tient à un montage de plans de ces femmes, voire de leur mari, sans aucun artifice.

Le résultat est plus épuré encore que dans « Shoah » ou la plupart de ses autres films sortis depuis, dans lesquels il s’autorisait des plans extérieurs, voire de la mise en scène avec la célèbre scène du conducteur du train de la mort Henrik Gawkowski dans « Shoah ».

Après un documentaire fleuve et cinq longs métrages, Claude Lanzmann compte-t-il encore tirer d’autres films des bandes accumulées pour « Shoah » ?

« Pourquoi pas ? Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre. Mais peut-être que je vais faire encore 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 films… »

Voyage à Okinawa pour mieux vivre.

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Sur cette île japonaise, on a trois fois plus de chances d’être centenaire – et en pleine forme – qu’en France. Le secret : une nourriture saine et légère. A importer dans nos assiettes.

Vivre mieux et plus longtemps

Les Japonais détiennent le record du monde de la longévité. Et c’est sur l’île d’Okinawa, dans le sud du pays, que la proportion de centenaires est la plus importante : trois fois plus élevée qu’en France! Des vieux très vieux… mais alertes et en pleine forme.

Car les habitants d’Okinawa sont beaucoup moins touchés par les maladies liées à l’âge (infarctus du myocarde, hypertension artérielle, cancer de la prostate, ostéoporose…).

Ils sont également épargnés par le diabète et l’obésité. Et ce n’est pas génétique. En effet, les Okinawaïens ayant émigré au Brésil et abandonné leurs habitudes de vie n’échappent ni à l’obésité ni aux maladies cardio-vasculaires et leur espérance de vie s’en trouve diminuée de dix-sept ans. Alors, après le régime crétois, le régime Okinawa ? Les chercheurs du monde entier planchent sur leur mode de vie et, surtout, sur le contenu de leurs assiettes.

Des repas plus légers

Les Japonais aiment sortir de table légers. Ils mangent lentement, savourant chaque bouchée, et s’arrêtent avant de se sentir trop lourds, l’estomac rempli aux trois quarts. Résultat : ils consomment mille huit cents calories par jour en moyenne, contre deux mille cinq cents pour un Américain et deux mille trois cents pour un Français. Pour les scientifiques, cette restriction calorique naturelle explique en partie leur longévité. Mais une alimentation légère ne signifie pas frugale. Les habitants d’Okinawa mangent copieusement des aliments ayant une faible densité calorique (fruits, légumes, céréales complètes, légumes secs, coquillages, viande blanche, yaourts au soja…). Un exemple : un hamburger de cent grammes apporte deux cent quatre-vingts calories, mais il ne rassasie pas. Le repas traditionnel d’Okinawa (légumes frits, riz complet, soupe miso) apporte autant de calories, mais pour un poids total de cinq cents grammes. Impossible de ne pas se sentir rassasié, car notre corps est plus sensible au poids de ce que nous avalons qu’à sa valeur calorique.

Des légumes à volonté

Les Okinawaïens commencent leur repas par une salade, un bouillon de légumes ou une crudité, et glissent des légumes dans tous leurs plats : chou chinois, pousses de bambou, champignons, hechima (proche de nos courgettes), petits concombres, carottes, navets… Pour préserver leurs nutriments, ils les cuisent quelques minutes seulement dans un bouillon chaud, et les consomment presque croquants. Leur plat préféré ? Le champuru, un mélange de tofu, de légumes de saison et de melon amer. Grâce à leur richesse en fibres, les végétaux rassasient tout en apportant peu de calories et beaucoup de nutriments (vitamines, minéraux, antioxydants…).

Vive les aromates !

Des herbes et des algues
La cuisine d’Okinawa est tout sauf fade, car les aromates sont omniprésents. Les herbes (le shiso, de la famille du basilic, la coriandre, le fenouil) tout comme les épices (le curcuma, le gingembre, le wasabi) apportent leur saveur et leurs précieux antioxydants. Les algues sont très riches en iode (indispensable à la glande thyroïde) et en calcium : elles contiennent jusqu’à huit mille fois plus d’iode que les crustacés et dix fois plus de calcium que le lait.

Du soja sous toutes ses formes

A Okinawa, on en consomme au moins deux fois par jour : tofu (soja macéré dans l’eau), shôyu (sauce de soja et de blé fermentés), miso en soupe (pâte de soja également fermentée, riche en probiotiques, bons pour le transit)… Non seulement le soja protège des maladies cardiaques et participerait à la prévention de certains cancers, mais il remplace avantageusement la viande et les produits laitiers, néfastes en excès (sur cette île, on consomme dix-huit fois moins de viande et trois fois moins de lait que chez nous).

Du riz à tous les repas

Sous forme de gruau au petit déjeuner, en accompagnement avec un peu de sauce de soja, mais aussi dans les sushis et autres makis, le riz est incontournable. Ses atouts : il rassasie, fournit des glucides complexes, source d’énergie, et ne contient pas un gramme de graisse. L’idéal est de le choisir complet (plus riche en fibres, donc meilleur pour le transit). Un réflexe : placer systématiquement sur la table un petit bol de riz à côté de chaque assiette, avec une bouteille de sauce de soja.

Du poisson trois fois par semaine

Thon, saumon, maquereau, limande, daurade, anguille… Les Okinawaïens mangent du poisson trois fois par semaine : cru ou cuit, en sushi ou sashimi (tranches fines), à la vapeur ou en papillote. C’est leur principale source de protéine animale. Peu caloriques, riches en minéraux et vitamines, ces poissons fournissent aussi, pour les plus gras d’entre eux (thon, saumon, maquereau), les précieux oméga-3, bons pour le moral et la santé.

Du thé vert toute la journée

Ni vin, ni soda, ni café à Okinawa. On boit du thé vert aromatisé au jasmin, ou tout simplement de l’eau. Riche en antioxydants et diurétique, le thé vert facilite le travail d’élimination des toxines. Ne le laissez pas infuser trop longtemps (trois à cinq minutes) pour éviter qu’il ait une amertume désagréable.

Peu de sel et peu de sucre

Comme en Europe, les Japonais mangent trop salé… sauf à Okinawa : la consommation de sel par habitant n’excède pas les dix grammes par jour recommandés. Même restriction côté sucre : ils en consomment trois fois moins que nous. Les gâteaux et les pâtisseries ne font pas partie de leurs traditions. L’apport en sucre est fourni par les fruits.

A lire

Le grand livre du régime Okinawa d’Anne Dufour et de Carole Garnier.
Ce livre détaille tous les secrets de ce mode de vie, et nous dit comment nous en inspirer au quotidien, avec des menus et des recettes faciles à réaliser.

Le contenu de leur assiette n’explique pas à lui seul l’extraordinaire longévité des habitants d’Okinawa. La vie sociale y est également très développée. Les échanges entre amis, voisins et membres d’une même famille sont quotidiens. L’esprit d’entraide (yuimahru) est très enraciné. Ensemble, ils pratiquent le jardinage, la marche et le tai-chi jusqu’à un âge avancé. Les personnes âgées ne sont jamais isolées. Elles restent professionnellement actives (la retraite est un concept inconnu là-bas), et continuent de participer à la vie de la communauté.

Dawa Dachhiri Sherpa, l’un des meilleurs coureur d’ultra trail .

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Dawa Sherpa vainqueur en 2012 des Traces des Ducs de Savoie (TDS) de l’UTMB.

Dawa Dachhiri Sherpa, né le à Taksindu Solukumbu au Népal, est un coureur d’ultra-trail et un fondeur népalais. Devenu en quelques années l’un des meilleurs coureurs d’ultrafond et après avoir remporté des centaines de courses dont le mythique Ultra-Trail du Mont-Blanc, il s’est vu proposer par la Fédération olympique népalaise d’apprendre à faire du ski pour que le Népal puisse avoir un représentant aux Jeux Olympiques de Turin.

Biographie

Dawa Sherpa est né dans les montagnes de l’Everest, à 2 700 m d’altitude. À 6 ans, il entre dans un monastère où il apprend le bouddhisme, les arts martiaux et la méditation. Il retourne dans son village, à l’âge de 13 ans, pour s’occuper de ses frères et sœurs à la suite du décès de son père. Il gagne sa vie en travaillant comme cuisinier dans une agence qui organise des treks et apprend l’anglais grâce à une touriste néerlandaise qui lui offre des cours.

Champion d’ultra-trail

Il participe à sa première course à l’âge de 25 ans à l’occasion d’une course organisée par des suisses. C’est son frère qui remporte cette course mais Dawa Sherpa gagne deux étapes. L’année suivante, sur cette même course, il rencontre celle qui deviendra sa femme, qu’il épousera en 1998 et qu’il suivra en Suisse où il vit actuellement. Il participe à de nombreuses courses d’ultra et devient rapidement l’un des meilleurs coureurs du monde, remportant les courses les plus difficiles, se démarquant aussi bien par la facilité avec laquelle il avale les kilomètres que par son esprit sportif et surtout sa gentillesse,.

Son palmarès est édifiant, depuis sa première victoire en 1998 sur une étape du marathon du Verdon, il a remporté plus de 100 courses dont l’Annapurna Mandala Trail, le Tchimbé Raid, l’Inter-Lacs, le grand raid du Mercantour, la 6000D et bien entendu l’UTMB qu’il remporte en 2003. Jusqu’en 2010, seul le Grand Raid de La Réunion semblait lui résister puisqu’il comptait sur cette course deux abandons en deux participations (2004 et 2006). Il prend sa revanche en terminant l’édition 2010 en 5e position en 26 h 56 min et 33 s.

Débuts en ski de fond

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Dawa Sherpa, porte-drapeau du Népal aux Jeux d’hiver 2010

L’arrivée de Dawa dans le monde du ski de fond n’est pas sans rappeler le pitch du film Rasta Rockett. En 2002, le Comité olympique népalais le contacte pour lui proposer d’apprendre le ski de fond… parce qu’il vit en Suisse, pays fortement doté en piste de skis, contrairement au Népal qui, bien qu’ayant les montagnes les plus élevées du monde, n’en possède aucune. Dawa apprend donc le ski de fond et devient le porte-drapeau et seul représentant du Népal aux Jeux Olympiques de Turin où il finira 94e sur 99 de l’épreuve de 15 km classique.

En 2010, après avoir pris quelques cours et côtoyé les fondeurs de l’équipe de France, il participe à nouveau aux Jeux olympiques qui ont lieu à Vancouver accompagné cette fois du skieur Kumar-Dhakal Shyam.

Parrain

En 2014, Dawa est le parrain du trail humanitaire Humani’Trail qui a lieu aux Diablerets, dans le canton de Vaud, en Suisse.

Trail de Rois Saint Pierre d’Albigny Savoie                         le 14 janvier 2018 .

Une centaine de participants sur ce trail en début d’année 25 km 1200m D+ Dawa Sherpa était présent venant de Suisse ou il habite, avec sa gentillesse qui le caractérise , c’est un galop d’essai as-t-il dit à l’arrivée en 2h15 ‘ ,il a précisé qu’il avait une année très chargée . Albert Dulac temps 4 h15’ .température -4° celsius à 7 h ce matin .

 

L’historien Français Pierre Vesperini .

Pierre Vesperini

Ancien élève de l’ENS de la rue d’Ulm, ancien membre de l’École française de Rome, docteur en histoire et sémiologie du texte et de l’image (Paris-VII – Denis Diderot, 2010), Pierre Vesperini est l’auteur de La philosophia et ses pratiques d’Ennius à Cicéron (École française de Rome, 2012) et de plusieurs articles d’anthropologie historique de la philosophie antique. Il est membre de l’Instituto de Filosofia de l’université de Porto.

 

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L’historien Pierre Vesperini appartient à cette bouillonnante école d’antiquisants qui, à l’instar de Paul Veyne, Florence Dupont ou jadis Jean-Pierre Vernant (1914-2007), s’efforcent de désarrimer le passé grec et latin du monde contemporain pour l’aborder comme un radical « ailleurs », en ethnologues sur une terre étrangère. Sa monographie consacrée à Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.), l’auteur du De rerum natura (De la nature des choses), en est une illustration réussie.

Pour Pierre Vesperini, Romains et Grecs de l’époque hellénistique considéraient la science comme un objet esthétique et ne connaissaient pas notre séparation de l’artiste et du savant. Son Archéologie d’un classique européen s’inscrit à merveille dans ce sillage-là. Il pratique le mélange des genres et rompt avec la grisaille ou le jargon universitaires. Il insère dans la démonstration, par exemple, un « intermède » en forme de dialogue avec un lecteur fictif arc-bouté sur le portrait traditionnel de Lucrèce en pourfendeur obstiné de toute religion, en précurseur de l’athéisme ou de la modernité, thèse que Pierre Vesperini déconstruit à plaisir.

Cette approche de Lucrèce doit beaucoup à Michel Foucault (1926-1984), et pas seulement par l’intercalation d’un échange avec le lecteur. Foucault, en effet, suggérait de substituer une démarche archéologique d’exploration du passé pour lui-même à la prétention « généalogique » de ne s’y intéresser que comme prodrome du présent. Appliquée aux ­ « humanités », longtemps pourvoyeuses de mythes politiques, la méthode se révèle féconde pour mettre à bas les légendes qui entourent De rerum natura, cet étrange poème en vers épique signé par un personnage dont on ne connaît que le nom.

A la gloire de Caius Memmius .
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/09/07/lucrece-un-philosophe-qui-venait-d-ailleurs_5182098_3260.html#PzGyGjXiT5vQmc80.99

Philosophie magazine, juillet 2016, par Philippe Garnier

Le stoïcisme est un héroïsme ?

En quoi le fait de vivre dans l’instant présent est-il si important pour les stoïciens (et plus précisément pour Épictète et Marc-Aurèle) ?

 

Pierre Vesperini : Par « vivre dans l’instant présent », on entend souvent « jouir de l’instant présent ». Ce sens-là n’a rien de stoïcien. Il n’a rien même de spécifiquement philosophique (même si on le rencontre dans la philosophie épicurienne). L’invitation à « cueillir le jour » (carpe diem), pour le dire avec les mots d’Horace, se rencontre partout dans le monde antique : sur les tombeaux, les mosaïques, la vaisselle précieuse, dans les vers des chansons à boire ou à aimer, dans les préceptes des sages, dans les discours des sophistes, dans la tragédie, dans l’épopée. Elle est fondée sur une expérience universelle, si évidente et si terrible en même temps, qu’on pourrait en recueillir les traces, je pense, dans toutes les cultures du monde : dans l’épopée de Gilgamesh, dans l’Ecclésiaste, dans la poésie aztèque, chinoise, etc.

Les stoïciens, eux, ne s’intéressent absolument pas à cette expérience, qui pour la plupart d’entre nous est une expérience tragique : celle de notre mortalité, de la mortalité de ceux que nous aimons, et de la fugacité foudroyante de notre existence : un seigneur anglais du VIIe siècle comparait la durée de notre existence à celle du vol d’un oiseau égaré qui, par une nuit de tempête, traverse la salle d’un château[1]. Il y a d’ailleurs un moment assez amusant chez Épictète, où il imagine qu’un sage, comprenant qu’il est mourant, dit calmement : « Le moment [“kairos”] est venu de mourir. » Et Épictète (comme il en l’habitude) le rabroue : « Qu’as-tu à jouer la tragédie ? Ce n’est pas ça qu’il faut dire. Il faut dire : “Le moment est venu pour la matière de rejoindre les éléments dont elle est issue.” » Donc, non seulement on n’a pas le droit d’avoir de la peine à l’idée de mourir, mais, en plus de cela, on ne doit même pas employer le mot « mourir » ! C’est encore trop beau, trop grand (« jouer la tragédie » a aussi ce sens-là en grec). Le « je » même disparaît comme sujet de ce processus, remplacé par « la matière ».

Ce qui intéresse les stoïciens dans l’instant présent, c’est tout autre chose. Tout part chez eux de cette idée, extrêmement efficace, consistant à partager les choses entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Tout ce qui ne dépend pas de nous doit nous être indifférent. La seule chose qui dépend de nous, c’est ce que nous pensons. C’est à la fois très peu, et en même temps c’est énorme, car toutes nos actions dérivent de ce que nous pensons. C’est là-dessus qu’il faut travailler. Or il y a une autre chose qui dépend de nous, c’est justement le moment présent. Le passé et le futur échappent à notre contrôle. Donc, comme pour tout ce qui dépend de nous, la question que pose l’éthique stoïcienne est la suivante : quel usage (« khrèsis ») vas-tu en faire ? Vas-tu te comporter conformément à l’ordre de l’Univers, c’est-à-dire en accomplissant la tâche (« ergon ») qui t’est échue, que tu sois homme ou femme, citoyen ou esclave, ou bien vas-tu te détourner de cette tâche pour suivre tes misérables affects ? Dès lors, on pourrait dire que chez eux, la grande figure de l’instant présent, c’est l’épreuve. On trouve souvent chez Épictète cette idée que « le moment est venu » de montrer ce que vous savez faire, c’est-à-dire ce que la philosophie vous a appris : « Le moment t’appelle. » N’oublions pas qu’il enseignait à des jeunes gens : c’était un éducateur. Donc, la grande figure du présent, c’est par exemple un supérieur qui vous donne un ordre infamant, un médecin qui vous annonce (à vous ou à quelqu’un que vous aimez) une mauvaise nouvelle, ou même une femme que vous désirez (mais qui est la femme d’un autre citoyen) et qui s’offre à vous (car l’adultère détruit l’ordre de la cité du monde). Vous êtes alors comme un athlète sur le stade, comme un gladiateur dans l’arène (ce sont des métaphores que les stoïciens emploient), et Zeus, qui vous a fait, vous regarde : quel spectacle allez-vous lui donner ? Marc Aurèle a alors ce mot vraiment sublime, je trouve : au lieu de courir aux vestiaires (ou de désirer secrètement y courir), il faut dire à l’instant présent : « Je te cherchais » ; « C’est toi que je cherchais ». Il y a là une grandeur un peu sauvage, presque folle, qui rappelle celle des héros de l’Iliade. La vie, longue suite d’instants présents, est donc une longue suite d’épreuves, de spectacles que l’on offre à Zeus. Même dans les moments heureux que la vie nous donne, dans les moments de grâce, il faut tout de suite, dit Épictète, se dire que ces êtres aimés mourront demain, ou que nous mourrons nous-mêmes peut-être demain. De cette façon, on « s’entraîne » à l’épreuve, à l’instant présent qui pourrait survenir demain. Donc l’instant présent comme bonheur n’existe pas. C’est, pour le dire avec Marc Aurèle, une « matière » (« hylè », en grec) : une matière à exercer sa vertu.

Un des mots grecs par lesquels on peut traduire « instant présent », c’est kairos. Or kairos, c’est aussi l’occasion à saisir, et c’est encore ce qu’il est convenable de faire. Ces trois sens vont ensemble chez Épictète : l’instant présent est une occasion qui se présente à vous, il faut que le sage la saisisse (« je te cherchais ») et accomplisse ce qu’il convient de faire dans cette situation donnée.

Quelle est leur conception du temps ? Un cycle ? Une dimension du mouvement ?

La doctrine stoïcienne sur le temps est notoirement compliquée : les fragments qui nous sont parvenus à ce propos ne nous permettent pas de nous faire une idée claire : parce que ce sont souvent des résumés de leur doctrine – auxquels manquent donc les démonstrations – et parce qu’il est difficile de savoir exactement ce qu’ils entendent par certains des mots les plus importants qu’ils emploient à propos du temps : ils définissent le temps comme diastèma du mouvement : nous ne savons pas de façon certaine si diastèma veut dire « mesure », « dimension » ou « intervalle ». Ils disent que seul le présent existe, et que le passé et le futur huphestanai, que l’on traduit parfois par « subsister », et qu’il faudrait plutôt traduire, je pense, par « être là de façon sous-jacente ». Vous le voyez, ce sont là des points essentiels de leur doctrine du temps, et les savants ne sont pas d’accord entre eux sur leur interprétation. En outre, les témoignages que nous avons sont souvent contradictoires. On peut toujours tenter de les concilier et de parler de « système stoïcien ». Mais nous n’avons aucun moyen de savoir si ces conciliations sont des reconstitutions arbitraires ou légitimes. À cela s’ajoute enfin que le texte de certains passages qui pourraient nous éclairer est corrompu. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour faire de la « doctrine stoïcienne sur le temps » ce que les savants appellent une vexata quaestio ! Je vais essayer de faire de mon mieux.

Une des questions qui se posait aux philosophes antiques, c’était de savoir si le temps était quelque chose qui existait, ou si c’était, par exemple, seulement une mesure que les hommes donnaient au mouvement, à commencer par le mouvement des astres (le mois, l’année…). Tel était le point de vue d’Aristote. Nous parlons de « mois », d’« année », mais nous savons que le « mois » et l’« année » ne sont pas des « choses ». Les stoïciens, tout comme Aristote, « lient » le temps au mouvement – que l’on traduise diastèma par dimension, intervalle, etc. Mais chez eux, le temps a une existence propre. On trouve même parfois l’idée que le mouvement mesure le temps, et non l’inverse. Et non seulement le temps existe, mais c’est en fonction de lui que se fait le mouvement (donc aussi le mouvement de l’Univers), et c’est en fonction de lui que tout vient à l’existence. Ils disent aussi que, quand nous parlons du temps, c’est comme lorsque nous parlons de la mer : cela peut désigner une mer en particulier, ou la totalité de la mer. De même, le temps peut être le temps que nous mesurons, ou encore le temps dans sa totalité infinie. Il n’y a donc pas chez eux de distinction entre le temps et l’éternité[2].

Ce temps, comme on peut le déduire du mouvement des astres, est un temps cyclique. L’Univers est périodiquement détruit par le feu, et périodiquement refait. C’est la doctrine de l’ekpurôsis, qu’on traduit souvent par « conflagration ».

Comment peut-on accéder au pur présent si le temps n’est qu’une dimension du mouvement, une « ligne » ? Comment les stoïciens conçoivent-ils le présent ?

Deux remarques s’imposent : d’abord, une fois encore, les témoignages que nous avons à ce propos sont souvent obscurs et contradictoires : par exemple, tantôt seul le présent existe, le passé et le futur étant là de façon « sous-jacente », tantôt il est impossible de saisir l’instant présent, car l’instant est divisible à l’infini, et parler de « présent » n’est qu’une façon de parler « au sens large » (kata platos), et tantôt au contraire le présent correspond à un temps qui dépasse l’instant présent, et comprend aussi bien le passé que le futur, comme lorsque nous disons « cette année » à propos de l’année en cours : on peut désigner ainsi des choses qui ont eu lieu ou qui auront lieu cette année. Mais l’autre remarque que je voudrais faire, c’est que toutes ces discussions sur la nature du temps, ou la nature du présent, sont complètement coupées des discussions sur l’éthique : elles relèvent de la physique, et la physique ici paraît déconnectée de l’éthique. On ne trouve jamais chez Épictète ou Marc Aurèle de discussions sur ces sujets. Et on a le sentiment que, quel que soit au fond le discours physique tenu sur la nature du temps ou du présent, cela ne change de toute façon rien aux principes de l’éthique.

Marc-Aurèle écrit : « Efface l’imagination. Arrête cette imagination. Dans le temps, fixe le présent. » Quel genre d’effort demande de vivre au présent ? Où réside la difficulté ?

Nous sommes aussi faits de passé et d’avenir, et nous y pensons. Marc Aurèle veut rester concentré sur sa tâche d’empereur. Ce qui ici l’en détournait relève peut-être du passé (un souvenir heureux, un remords) ou du futur (un espoir, la crainte d’un complot).

Mais il y a une chose que l’on oublie trop souvent quand on parle de l’éthique antique (stoïcienne ou non) et du temps. C’est que les gens qui nous adressent ces conseils n’avaient pas du tout la même vie, donc pas du tout les mêmes problèmes que nous. Marc Aurèle et Sénèque comptaient parmi les plus grandes fortunes de leur temps. Le public des philosophes était d’abord un public de gens riches (aristocrates, notables, affranchis). Et d’une façon générale, le travail des esclaves et l’exploitation des provinces conquises déchargeait la population des cités (qui constituait aussi le public des philosophes) de la nécessité de travailler. Les artisans travaillaient peu d’heures et se sentaient valorisés par leur travail. En un mot, tous ces gens, contrairement à la plupart d’entre nous, avaient du temps. Ils n’avaient pas à travailler pour vivre. Ils n’avaient pas de soucis matériels. Dans ces conditions, il leur était beaucoup plus facile de « fixer le présent ». Quand quelqu’un aujourd’hui, comme cela arrive dans de nombreux pays, doit choisir entre payer son loyer ou faire soigner un enfant malade, ou, comme cela arrive malheureusement de plus en plus souvent chez nous, n’a pas d’argent pour nourrir, vêtir, et même chauffer ou laver correctement son enfant, allez lui dire de ne pas se soucier de l’avenir ! Par ailleurs, s’il y a une chose qui caractérise l’ensemble de ceux qui font vivre le système de production capitaliste actuel, depuis les travailleurs précaires jusqu’aux patrons des multinationales en passant par les ouvriers à la chaîne et les cadres supérieurs – sans oublier des gens qui, jusqu’à présent, étaient considérés comme en dehors de ce système productif mais sont maintenant de plus en plus sommés de fonctionner sur ce paradigme, comme les médecins et le personnel des hôpitaux, les enseignants de la maternelle à l’université, les chercheurs –, c’est l’accélération de plus en plus folle des cadences : on a découvert récemment qu’aux États-Unis « la grande majorité » des 250 000 ouvriers du secteur avicole ne disposaient pas de « pauses toilettes adéquates » et que certains étaient obligés de porter des couches[3]. Dans ce contexte, faut-il le dire, la notion même de « temps libre » (skholè en grec, otium en latin), c’est-à-dire de temps « pour soi », disparaît. Je ne parle pas du temps de « pause » (de break, comme on dit) : je sais qu’il existe des jours fériés, etc. Je parle du temps nécessaire pour, en quelque sorte, être à soi pendant ce temps de pause. Que ce ne soit pas autre chose qu’un moment de « décompression », mais un moment où l’on est pleinement ce qu’on veut être, où l’on fait ce qui nous réalise pleinement, où l’on se projette dans l’avenir, etc.

Autre grande différence : notre conception de la nature humaine est beaucoup plus complexe, beaucoup plus fine qu’elle ne l’était à l’époque. Nous savons que des traumatismes subis, par exemple, ne passent pas simplement en s’enjoignant de « fixer le présent ». L’éthique stoïcienne est ici extrêmement simpliste. Et de ce point de vue, comme l’avaient repéré Adorno et Horkheimer[4], elle s’accorde très bien avec la tendance des sociétés capitalistes à faire de nous des êtres toujours plus « fonctionnels ». Prenez l’exemple du deuil : celui qui est dans le deuil, par définition, ne vit pas dans le présent. Vous savez qu’aujourd’hui, dans la dernière version du DSM[5], qui est la référence internationale des psychiatres, un état de tristesse qui persiste plus de quinze jours après la mort d’un proche est considéré comme pathologique, susceptible d’indiquer un traitement par antidépresseur[6]. C’était deux mois dans l’ancienne version. Il faut donc redevenir le plus vite possible « fonctionnel ». Mais pour Épictète, être en deuil ne serait-ce qu’un instant est déjà pathologique. On pourrait citer d’autres exemples de dispositions, d’états ou de situations qui suspendent ce temps « fonctionnel » : l’amour, la pitié, la bonté, le remords (ce sont ces exemple qui sont analysés par Adorno et Horkheimer dans leur passionnante analyse de la Juliette de Sade[7]), une passion intellectuelle ou artistique, ou des âges qui lui sont traditionnellement contraires, mais sont maintenant redéfinis en ce sens, comme la vieillesse, décrite maintenant par le DSM comme « un trouble cognitif mineur »[8], ou l’enfance : de là la diminution des activités ludiques dans les écoles maternelles, jugées comme une perte de temps, au profit de l’apprentissage de choses « sérieuses » qui préparent l’enfant plus vite à la vie adulte.

Marc-Aurèle écrit aussi : « Si tu t’engages en outre à ne rien attendre et à ne rien fuir, mais à te contenter de l’action présente, quand elle est conforme à la nature, et d’une franchise héroïque dans ton langage et tes paroles, tu vivras heureux. » N’est-ce pas là renoncer à l’avenir, cela ne sonne-t-il pas comme une attitude de soumission à l’ordre du monde ?

Bien sûr ! Vous savez que les stoïciens furent de grands défenseurs de l’astrologie. Il ne faut cependant pas consulter les astrologues, car connaître l’avenir ne sert à rien, puisqu’on ne peut pas le changer. Ils croient que tout ce qui arrive arrive par un entrelacs de causes nécessaires : c’est le destin. Ces causes nécessaires reviennent chaque fois que l’Univers renaît. C’est la doctrine de l’éternel retour. Les stoïciens disaient, par exemple, que Socrate et Platon reviendraient, de même qu’Anytos – l’accusateur de Socrate –, d’un univers à l’autre. Parfois, comme leurs adversaires leur reprochaient cette extravagance, ils répondaient que ce ne serait pas Socrate ou Anytos, mais des sosies de Socrate, d’Anytos, etc. ! On comprend pourquoi Cicéron pouvait dire, avant Montaigne, qu’il n’y avait pas une idée absurde qui n’ait été formulée par quelque philosophe.

Quoi qu’il en soit, cet enchaînement nécessaire des causes, ce destin, est gouverné par Zeus. Ce destin est un bon destin : c’est la providence. Vous devez donc jouer le rôle que l’ordre du monde vous a assigné : si vous êtes esclave, vous devez être un bon esclave. C’est la raison pour laquelle les philosophes stoïciens s’entendaient à merveille avec les rois hellénistiques ou les empereurs romains. Le monarque était une image du dieu qui gouvernait le monde.

Chez Marc-Aurèle, la plénitude de l’instant est indissociable de la quête d’un soi. Mais qu’est-ce que le « soi » pour Marc-Aurèle ? Où réside, selon-vous, le malentendu de certaines lectures contemporaines ?

Justement, je ne parlerais pas de « quête de soi ». Le « soi » est déjà là. Le « soi », comme le dit Marc Aurèle, c’est la « pensée » (dianoia), c’est-à-dire la seule chose qui dépend de vous. Encore une fois, c’est une idée grandiose : on peut vous découper en morceaux, mais si vous parvenez à penser (et, pour un stoïcien, à comprendre, car, pour eux, c’est vrai, ce n’est pas de l’autosuggestion) que la douleur n’est rien, eh bien ! personne ne peut rien vous faire. Vous êtes libre, vous êtes même plus que libre, vous êtes un dieu. C’est de cela qu’il y a une quête. On oublie de le dire la plupart du temps, mais le but du Stoïcien, c’est de devenir dieu. Le modèle, c’est la représentation de Zeus par le sculpteur athénien Phidias, qu’Épictète donne constamment en exemple. Évidemment, ce projet a également beaucoup fait rire. Mais il y a par exemple un passage étonnant dans Épictète, où il dit qu’il faut être vertueux parce que les dieux sont tels. Autrement dit, s’ils étaient autrement, il faudrait être autrement. Les stoïciens identifient le bonheur à la vertu. Mais le fondement de cette identification, c’est la représentation que les stoïciens se font des dieux.

Devenir dieu, voilà donc l’objet de la quête. Le « soi », encore une fois, est déjà là. Le « soi », c’est ce qu’on pense, puisque ce qu’on pense détermine nos actions. En un autre sens, le « soi », c’est aussi la place que la Providence vous a donnée : citoyen ou esclave, homme ou femme, patricien ou plébéien, père, fils, etc. Toutes ces places constituent des sociétés (familles, cités, grande cité du monde) dont nous devons préserver l’ordre en accomplissant nos devoirs correctement.

Le malentendu contemporain vient de ce que, aujourd’hui, justement, nous avons fait (à mon avis) de grands progrès par rapport à cette vision des choses. Nous pensons que chaque individu est appelé à se réaliser non pas en tant que fonction, non pas seulement – ou non pas d’abord – en tant que fonction, mais en tant que lui-même, en tant que singularité. Et l’on a donc tendance à projeter cette conception sur l’Antiquité. Mais il s’agit en fait d’un héritage moderne, qui nous vient des Lumières, de l’idéalisme allemand et du romantisme. C’est lui qui est à l’origine de tous les progrès que les hommes, au prix de tant de combats, de tant de sacrifices, ont réussi à imposer face à la logique du capitalisme tel qu’il s’est constitué à partir de l’âge industriel. Ce n’est pas un hasard si le temps est au cœur de cette lutte, le temps étant l’autre nom de la vie. Et ce n’est pas un hasard non plus si le temps a pris dans la littérature (chez Proust ou Borges) et surtout dans la pensée moderne une importance qu’il n’avait absolument pas dans l’Antiquité : pensez par exemple à Hegel, à Bergson (et à ses rapports avec Einstein), à Jung (et à ses rapports avec Pauli), à Heidegger, à Sartre, à Deleuze, à Bourdieu, à Ricœur, à Agamben, etc.

Quel temps, c’est-à-dire quelle vie nous est-elle faite par tel ou tel ordre social ? La quête de soi, cet idéal qui nous a été transmis par les Modernes, passe donc par la question du temps de travail, des pauses, des congés, par celle de la retraite et de la sécurité sociale, par celle du salaire citoyen universel, par tout ce qui peut libérer les hommes de leur inquiétude matérielle quant à l’avenir, et enfin par la valeur du temps passé au travail : le drame des bullshit jobs, par exemple, c’est d’abord celui d’un temps gâché, empêchant toute quête de soi. Je pense encore à ces mots d’un ouvrier de chez Fiat : « Ce que je fais, ce n’est pas un travail, c’est la répétition d’un geste physique, cinq cents fois par jour. »[9]

Rien ne me paraît plus étonnant, et peu de choses me paraissent plus belles, que cet entêtement des hommes, héritiers de ce projet moderne, à revendiquer (vindicare sibi, pour le dire avec Sénèque), face à un ordre économique et social qui les nie en tant qu’individus, leur droit à cette « quête de soi », que soit dans le mouvement Occupy, avec les Indignados espagnols, ou avec Nuit Debout. La dignité d’un homme apparaît à l’emploi qu’il fait (et, le plus souvent, qui lui est fait) de son temps.

Comment définiriez-vous la liberté des stoïciens, et celle que développe Marc Aurèle en particulier ? En quoi diffère-t-elle de la conception moderne de la liberté ?

Nous avons donc au départ un ordre cosmique, dans lequel nous nous insérons un bref instant. Vous êtes libre de vous comporter comme un dieu (on peut mourir « comme mourrait un dieu », dit Épictète) ou comme un misérable. Notre liberté s’arrête là. Parfois même, chez Marc Aurèle, cela va plus loin encore : il semble en fait qu’il y ait des gens mauvais par nature. « Celui qui ne veut pas que le méchant commette des fautes, écrit-il, est semblable à celui qui ne veut pas que le figuier porte du suc aux figues, que les nouveau-nés vagissent, que le cheval hennisse, et toutes les autres choses qui adviennent par nécessité. » Il y aurait donc des méchants comme il y a des figuiers et des chevaux. On serait donc méchant par nécessité. Mais cette pensée-là, à mon avis, n’est pas stoïcienne. Chacun peut, s’il le veut, se comporter correctement.

La liberté des Modernes part du principe qu’il n’y a pas de Providence. Tout ordre social (politique, économique, familial) est arbitraire. Y réaliser sa liberté (c’est-à-dire ce « devenir soi-même » dont nous parlions) implique donc ou bien de transformer cet ordre (en tout cas de contribuer à cette transformation) dans le sens d’une plus grande liberté, ou bien de parvenir (sans rien changer à cet ordre) à s’y aménager une place telle qu’on puisse être soi-même, en espérant ne pas être rattrapé par l’ordre politique.

 

[1] Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais, II, 13, cité par Henri Bremond, La Poésie pure (Grasset, 1925, pp. 165-166, texte accessible sur Gallica).

[2] Pour une première approche de la conception stoïcienne du temps, lire Anthony Arthur Long et David N. Sedley, Les Philosophes hellénistiques, t. 2 : Les stoïciens (trad. fr. Garnier-Flammarion, 1997), pp. 315-324.

[3] Lire l’article du Guardian, du 12 mai 2016 : « US poultry workers wear diapers on job over lack of bathroom breaks » (« Les travailleurs américains dans le secteur volailler portent des couches au travail du fait d’un manque de pauses pipi »)

[4] Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, La Dialectique de la Raison (trad. fr., Gallimard, 1974).

[5] Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. En français, « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ».

[6] Lire Mathieu Bellahsen, La Santé mentale. Vers un bonheur sous contrôle, préface de Jean Oury (La Fabrique, 2014), p. 56. Lire aussi Miguel Benasayag, avec la collaboration d’Angélique Del Rey, Clinique du mal-être. La « psy » face aux nouvelles souffrances psychiques (La Découverte, 2015), pp. 82-83.

[7] Th. W. Adorno et M. Horkheimer, Ibid., pp. 92-127 : « Aucun amour ne peut tenir devant la Raison ».

[8] M. Bellahsen, Ibid., p. 54

[9] Cité dans un livre d’entretiens avec Maurizio Landini, secrétaire général de la FIOM, syndicat italien des ouvriers métallurgistes, Cambiare la fabbrica per cambiare il mondo. La Fiat, il sindacato, la sinistra assente (« Changer l’usine pour changer le monde. Fiat, le syndicat, la gauche absente », Bompiani, 2011, non traduit),

Bessans Haute Maurienne Savoie 11 janvier 2018 .

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Située à 35 kilomètres de Modane entre le mont Cenis et le col de l’Iseran sur le haut-plateau mauriennais à 1 750 mètres d’altitude, la station de Bessans est placée dans un large fond de vallée ; à la suite de l’effondrement de la montagne en aval de Bessans, un lac de barrage glaciaire s’est constitué, où les dépôts sédimentaires successifs ont créé une vaste plaine d’altitude.Entourée de sommets à plus de 3 000 mètres et de glaciers, Bessans se situe ainsi dans un environnement de haute montagne de qualité, aux caractéristiques physiques renforcées par :un enneigement précoce et durable de qualité de novembre à avril un ensoleillement régulier ;un froid prolongé jusqu’au printemps.

 

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Il faut remonter à près de trente années en arrière pour retrouver un tel enneigement . En 1981, une Mauriannaise, habitante du pays nous explique qu’une avalanche éventra la maison familiale en pierres avec des murs de près d’un mètre d’épaisseur et fit un trou béant dans la maison .Il fallut creuser des escaliers dans la neige qui était à la hauteur du toit pour accéder au jour . Aujourd’hui elle habite toujours la même maison et est toujours inquiète car l’hiver est loin d’être fini ici dit-elle !!! la neige tombe jusqu’en mars /avril !!!!

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La grande du Travérole à Bessans perdu dans l’univers blanc accès uniquement en raquette ou ski de fond !!! Les coulées de neige arrivent au pied de cet estaminet .