L’EPR (European Pressurized Reactor)

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Flamanville France 2015

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EPR de Flamanville  France : ce qu’il faut retenir

1er réacteur de troisième génération construit en France, l’EPR de Flamanville sera le plus puissant au monde avec ses 1 650 mégawatts et le plus avancé en matière de sûreté et de performance.

Le  3 septembre dernier, Jean-Bernard Lévy PDG d’EDF, a indiqué la feuille de route et le calendrier pour la mise en service de l’EPR de Flamanville qui alimentera d’ici 3 ans 1, 6 millions de Français en électricité. Résumé.

Quelques chiffres à retenir sur l’avancée du chantier de l’EPR de Flamanville

98 % du génie civil accomplis et 60 % des montages électromécaniques réalisés.
4 000 salariés, fournisseurs et 150 entreprises partenaires y travaillent tous les jours.

Plus de 600 000 heures de formation dispensées.

3 jalons clés avant la mise en service en 2018.

Ce chantier est soumis aux contrôles réguliers de l’ASN . (l’Autorité de Sûreté Nucléaire )

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L’analyse de l’ensemble des paramètres industriels et financiers permet d’actualiser le coût du projet à 10,5 milliards d’euros valeur 2015 .

Histoire :

Flamanville en France et Olkiluoto en Finlande sont devenus synonymes de ratage industriel majeur. Les réacteurs de troisième génération d’Areva et EDF sont-ils fonctionnels? Ou les aristocrates de l’atome ont-ils négligé certains détails? Autopsie d’une malédiction.

Leur coût a plus que triplé dans l’intervalle, pour atteindre aujourd’hui la rondelette somme de 10,5 milliards d’euros chacun

Énormes Problèmes à Résoudre. À en juger par les soucis causés à Areva et EDF par l’EPR, on serait tenté de penser que c’est là le sens caché du sigle. D’ailleurs, en bon français, il faudrait plutôt dire RPE: Réacteur pressurisé européen. Pressurisées, les équipes en charge de sa construction le sont bel et bien. Que ce soit à Flamanville, sur la péninsule du Cotentin, ou à Olkiluoto, en Finlande, les chantiers de ces réacteurs nucléaires de troisième génération tournent au cauchemar. Prévus pour durer quatre ans et demi, ils ont commencé il y a neuf ans en France, onze en Finlande… et sont encore loin d’être terminés. La débâcle est telle que la filière nucléaire française, jusqu’ici réputée pour son excellence, a du plomb dans l’aile. Dans les couloirs des palais ministériels, les mots «Olkiluoto » et «Flamanville» sont désormais hautement radioactifs. Celui d’«Hinkley Point » – le site anglais où l’opportunité de se lancer dans la construction de deux EPR supplémentaires fait encore l’objet, chez EDF, d’un douloureux bras de fer entre direction et syndicats – est en voie de le devenir.

Comment en est-on arrivé là? L’EPR est-il une centrale nucléaire fournissant de l’électricité ou… une usine à gaz? Souffre-t-il de quelque vice de conception qui ferait nécessairement de chaque nouveau contrat un remake de Mission impossible? Les brillants ingénieurs qui en ont accouché ont-ils péché par orgueil? Et en quoi ce réacteur se distingue-t-il de la génération précédente, qui équipe les bonnes vieilles centrales de Gravelines, Dampierre ou Saint-Laurent-des-Eaux, pour ne rien dire de Fessenheim?

Première remarque: l’EPR est un réacteur à eau pressurisée (REP), c’est-à-dire qu’il appartient à la même famille – les spécialistes parlent de «filière» – que les 58 réacteurs (répartis sur 19 centrales) actuellement en activité sur le territoire. Son principe de fonctionnement est donc le même. Pour faire simple, la fission des atomes d’uranium porte à très haute température l’eau d’un premier circuit (le circuit primaire), laquelle est fortement pressurisée afin de rester à l’état liquide (sans quoi elle se volatiliserait); à son tour, cette eau sous pression chauffe l’eau d’un deuxième circuit (le circuit secondaire); la vapeur ainsi créée fait tourner des turbines qui produisent de l’électricité.

Ainsi décrit à très gros traits, un réacteur nucléaire apparaît comme une machine plutôt simple. Mais l’impression est dangereusement trompeuse. «Les réacteurs nucléaires sont les engins les plus complexes construits en série. De grands équipements scientifiques comme la Station spatiale internationale ou l’accélérateur de particules du Cern les surclassent en complexité, mais ils ne sont pas produits de façon industrielle», fait remarquer Alain Vallée, ancien responsable du projet EPR chez Framatome de 1992 à 1996, aujourd’hui président de la société de conseil NucAdvisor. Dans le cas de l’EPR, cette complexité inhérente à l’industrie nucléaire est démultipliée. Car si les futurs réacteurs de Flamanville et Olkiluoto relèvent de la même architecture générale que ceux de Tricastin ou Chinon, ils ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie. Avec 1650 mégawatts (MW), ils sont beaucoup plus puissants que ceux de deuxième génération (qui vont de 900 à 1450 MW). Ils sont aussi – au moins sur le papier – plus sûrs.

Ces deux aspects, puissance et sûreté, sont étroitement liés. Non pas en vertu d’une règle de bon sens qui voudrait qu’on contrebalance une puissance accrue par une sûreté renforcée. En fait, c’est plutôt l’inverse. Des exigences de sûreté plus élevées entraînent des coûts fixes plus importants; et, si l’on veut que le réacteur soit rentable, nécessitent donc d’en augmenter la puissance.

« Le rapport coût sur mégawatt installé diminue quand le dénominateur augmente et cela explique la course à la puissance que l’on observe sur tous les types de centrales nucléaires. C’est une loi d’airain de l’énergie », commente Dominique Vignon, ancien PDG de Framatome .

Or la lettre envoyée début 1993 aux industriels français et allemand par les autorités de sûreté nucléaire des deux pays, qui a défini le cadre général dans lequel Framatome et Siemens allaient devoir concevoir le futur EPR, a imposé des exigences maximales et deux objectifs principaux. Primo, faire en sorte que l’EPR soit en mesure de résister à tout type d’agression externe, y compris le crash (accidentel ou intentionnel) d’un avion de ligne. Secundo, que rien ne s’échappe de l’enceinte si devait se produire la catastrophe des catastrophes, le scénario du pire: la fusion du coeur du réacteur, qui survient lorsque l’emballement de la réaction en chaîne élève la température jusqu’à 2800 °C et que les piles d’uranium, ainsi que la gaine de zirconium qui les enveloppe, commencent à fondre.

Ce qui s’est passé à Three Mile Island USA en 1979, à Tchernobyl ex URSS en 1986 et à Fukushima Japon en 2011.

Ces exigences de sûreté se traduisent, notamment, en mètres cubes de béton et en tonnes d’acier dans l’enceinte de confinement. D’une hauteur de 60 mètres pour un diamètre de 40, ce vrai blockhaus en forme de cylindre surmonté d’un dôme est, dans le cas de l’EPR, composé de deux parois de 1,5 mètre d’épaisseur chacune. La paroi externe, en béton armé très lourdement ferraillé, a été calculée pour pouvoir encaisser une chute d’avion. La paroi interne, en béton précontraint, doit quant à elle tenir le choc en cas d’explosion résultant d’un accident grave dans le coeur. Enfin, pour améliorer encore l’étanchéité de l’enceinte, cette paroi interne est tapissée sur toute sa surface d’une «peau» métallique de 5 millimètres d’épaisseur.

Sur le chantier, tout se complique

Autre renforcement notable de la sûreté par rapport aux REP de deuxième génération, les systèmes de refroidissement d’urgence – des pompes amenant de l’eau sur le coeur du réacteur pour le refroidir et éviter qu’il fusionne -, au nombre de deux jusqu’ici, sont portés à quatre. Et, assure Alain Vallée, «chacun de ces quatre trains de pompes a 100% de capacité, ce qui signifie qu’il suffit d’un des quatre pour éviter la fusion ». Mais ce n’est pas tout. Car, poursuit l’ancien responsable du projet EPR chez Framatome, «alors que dans les REP de deuxième génération tout était fait pour éviter une fusion du coeur, mais rien n’était prévu pour la gérer si celle-ci se produisait malgré tout, ce n’est plus le cas avec l’EPR». La fusion des crayons d’uranium et de leur gaine de zirconium donne naissance au corium, un magma liquide aussi brûlant que radioactif qui ronge tout à son contact. Pour contenir cette lave infernale, les constructeurs des divers types de réacteurs de troisième génération ont opté pour des stratégies opposées. L’américain Westinghouse, dont l’AP 1000 est le concurrent direct de l’EPR, mise sur la solidité de la cuve d’acier enfermant le coeur du réacteur: une énorme réserve d’eau la surplombe, qui déverserait sur elle son contenu pour l’inonder et la refroidir. Mais dans le cas de l’EPR, les calculs ont montré que la cuve – cette fameuse cuve de 425 tonnes qui a causé tant de problèmes à Flamanville, lorsqu’on s’est aperçu qu’une teneur excessive en carbone la fragilisait – ne résisterait pas: le corium finirait par la percer. «Nous sommes donc partis du fait que nous ne pourrions pas sauver la cuve, que celle-ci finirait par se rompre», explique Alain Vallée. D’où l’ajout, dans les plans de l’EPR, d’une zone d’étalement située juste en dessous, construite en matériau réfractaire afin de pouvoir supporter la chaleur, dans laquelle le corium irait se répandre et s’étaler. Un système de refroidissement supplémentaire, distinct des quatre précédents, entrerait alors en action pour refroidir cette «galette » de corium.

Double paroi en béton, peau métallique, quatre trains de pompes au lieu de deux, zone d’étalement analogue à celle qu’on trouve dans les fonderies… Autant de renforcements de la sûreté, autant de sources de complication supplémentaires quand vient le moment de passer des plans à la mise en oeuvre. «Une des difficultés majeures des chantiers de réacteurs réside dans l’assemblage des différents composants livrés un à un par les industriels. Dans l’espace restreint de l’enceinte de confinement, où tant de systèmes sont à implanter autour de la cuve, tant de kilomètres de tuyauteries à mettre en place, la congestion vient rapidement», commente Alain Vallée. La coordination des opérations, qui explique en bonne partie la durée incompréhensible de ces chantiers, est donc la clef du succès; sans cette rigoureuse planification en modules, la plus belle partition d’ingénierie a vite fait de tourner à la cacophonie.

Et c’est ce qui s’est passé à Flamanville et à Olkiluoto. «Autant la réflexion sur la conception de l’EPR a été poussée, estime Dominique Vignon, autant elle a été quasi inexistante en ce qui concerne le montage, l’assemblage des différents éléments. » Nos chers X-Mines auraient-ils fait montre en la circonstance d’un soupçon de dédain pour ces préoccupations très «ras des pâquerettes »? Ce n’est pas impossible. Ce qui est sûr, c’est que les ingénieurs ont conçu – plutôt bien – mais sans trop se soucier de la réalisation effective. À cet égard, la différence avec la filière aéronautique, où Airbus associe très en amont la longue chaîne de ses sous-traitants à la réflexion autour de la planification d’un nouveau chantier, est criante.

Retenons que les hommes atteignent aujourd’hui la technologie maximale et toutes ces conséquences pour la réalisation la plus sûre d’ouvrages extrêmement complexes .

Les industriels luttent pour imposer leurs modèles

Les Echos | Le 30/11/2015

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Westinghouse, MHI ( Mitsubishi Heavy Industries ) ou Areva NP font face aux Russes et aux Chinois, qui trustent les accords pour les nouveaux réacteurs.

Les déclarations sont sans détours. La semaine dernière, le PDG du japonais Mitsubishi Heavy Industries expliquait dans une interview aux « Echos  » à quel point il tenait à son projet Atmea, un réacteur de 1.000 mégawatts (MW) de troisième génération développé en partenariat avec Areva. « Ce réacteur a demandé un travail colossal, c’est ce qui se fait de mieux au monde à l’heure actuelle, en termes de sûreté et de performance, et il faut que ce patrimoine intellectuel soit totalement protégé « , a justifié Shunichi Miyanaga.

Aujourd’hui, c’est Westinghouse, la filiale américaine de Toshiba, qui veut conforter les positions de son réacteur AP1000, dont il fabrique quatre exemplaires en Chine et quatre autres aux Etats-Unis, en proposant à EDF de le construire ensemble dans les sites où le réseau ne supporterait pas un EPR, le réacteur de forte puissance (1.600 MW) de l’électricien. « La porte est ouverte », lance le PDG de Westinghouse, Danny Roderick (lire interview ci-dessus).

Garder la main

Ces prises de position illustrent la volonté des industriels de tout tenter pour garder la main sur le marché du « new build « , le « nouveau nucléaire « , notamment sur le créneau le plus porteur, celui des réacteurs de 1.000 MW. Car le marché du nouveau nucléaire, d’abord, reste déprimé. Cette année, selon l’AIEA, seuls quatre chantiers de réacteurs nucléaires ont été lancés – trois en Chine et un aux Emirats arabes unis, ce dernier résultant de l’appel d’offres remporté par la Corée du Sud en 2009. L’accident de Fukushima mais aussi la concurrence des énergies vertes et du gaz de schiste continuent à peser sur la conjoncture du secteur.

MHI comme Westinghouse affrontent, en outre, l’offensive commerciale des Russes et des Chinois, qui viennent mordre sur leurs marchés habituels de prospection, en faisant valoir une expérience éprouvée de la construction. En échange de financement pour les deux EPR qu’EDF veut construire en Grande-Bretagne, la Chine a obtenu d’y fabriquer son modèle Hualong, son premier réacteur de troisième génération. Après des mois de négociation, elle vient aussi de signer un accord pour la construction de deux réacteurs en Argentine, dont un Hualong.

La Russie multiplie de son côté les signatures d’accords de coopération, comme récemment en Egypte. En Finlande, Rosatom avait aussi damé le pion à Toshiba début 2013, en prenant une minorité de blocage au capital de Fennovoima. La Hongrie a choisi un réacteur russe, à l’issue d’une procédure que la Commission européenne conteste désormais.

Après avoir échoué à travailler avec Areva sur un design de réacteur de 1.000 MW, EDF discute avec les Chinois et les Japonais pour les faire entrer au capital d’Areva NP, et ainsi nouer des accords sur leurs projets de réacteurs. « Nous sommes sur le Hualong et l’Atmea, mais nous n’avons pas de troisième fer au feu », répond en revanche EDF.

Westinghouse : « Nous aimerions travailler avec EDF pour construire des réacteurs »

Les Echos | Le 30/11/2015

La filiale du japonais Toshiba construit 8 AP1000 en Chine et aux Etats-Unis. Le démarrage commercial du premier réacteur chinois est prévu fin 2016.

Votre actionnaire Toshiba a présenté vendredi ses excuses pour avoir omis d’enregistrer 1,3 milliard de dollars de dépréciations comptables de Westinghouse. Comment va aujourd’hui l’entreprise ?
Nous sommes passés par une lourde transformation après l’accident de Fukushima il y a quatre ans pour nous réinventer, parce que les projets de nouvelles constructions ont été différés. Mais, sur l’exercice 2014-2015, clos fin mars, Westinghouse a enregistré son meilleur résultat opérationnel depuis son acquisition par Toshiba en 2006, et nous avons pris des parts de marché.

Mais vous ne publiez toujours pas votre chiffre d’affaires et votre résultat…
Nous sommes détenus par un actionnaire privé qui ne publie pas nos chiffres détaillés. Je peux néanmoins dire que nos ventes annuelles ont progressé de 15 % depuis 2011, alors que le marché reculait de 25 à 30 %.

En 2006, la Chine a choisi votre modèle AP1000 pour ses réacteurs de troisième génération. Vous avez connu des retards. Où en est la construction ?
Nos problèmes sont résolus, nous avons qualifié les pompes qui posaient problème il y a un mois et notre client chinois, SNPTC, prévoit un démarrage commercial au quatrième trimestre 2016. Nous pouvons désormais réduire les délais de construction d’un AP1000 à 36-42 mois. Quant aux quatre AP1000 en construction aux Etats-Unis [à Vogtle et Virgil C. Summer, NDLR], ils seront mis en service entre 2018 et 2020. Le nucléaire a l’avantage d’offrir des prix de l’électricité stables et prévisibles. En Géorgie et en Caroline du Sud, où sont situés les deux centrales, les constructeurs automobiles restent sur place pour cela.

Votre modèle industriel est basé sur la sous-traitance et une production en modules, mais cela a occasionné des retards et des surcoûts. Quel bilan en faites-vous ?
Il y a un mois, nous avons racheté les activités de construction nucléaire de CB&I, avec qui nous étions partenaires dans la construction des AP1000 aux Etats-Unis. Cela va nous permettre de maîtriser la production et donc d’avancer dans la construction des quatre AP1000 aux Etats-Unis. Les recours sont désormais derrière nous, c’est un grand pas en avant.

Le parc français est fondé sur une technologie Westinghouse. Avez-vous des projets de coopération avec EDF ?
Nous avons cinquante ans d’histoire avec EDF; 54 réacteurs ont été construits sur une base Westinghouse. Nous sommes dans une compétition avec EDF, mais nous avons un grand respect pour leur succès et notre histoire commune. Dans certaines zones où les réseaux ne supportent pas des réacteurs de forte puissance comme l’EPR, nous aimerions travailler avec EDF pour construire ensemble des AP1000. Les Etats-Unis seraient parfaitement d’accord avec cela. Nous laissons en tout cas cette porte ouverte. Et s’il y a un intérêt français pour cela, nous pourrions produire en France, où Westinghouse est déjà très présent.

Dans un marché mondial difficile, y a-t-il une place pour tous ces projets de réacteurs de troisième génération ?
Partout où nous avons concouru avec l’AP1000, nous avons gagné. Même en République tchèque contre la Russie, avant que le projet ne soit annulé. Si la France exporte l’Atmea1, il faudra d’abord qu’elle le certifie en France. Cela ne s’est jamais vu d’exporter un réacteur sans qu’il soit certifié dans son pays d’origine. Que l’on parle du Hualong chinois ou de l’Atmea1 développé par Areva et MHI, aucun de ces projets n’est réalisé.

Etes-vous  un groupe américain ou japonais ?
Nous sommes considérés comme une entreprise américaine, parce que le gouvernement américain décide à qui nous pouvons vendre, ou pas, nos réacteurs. Mais nous prenons nos conseils auprès de notre actionnaire, qui est japonais. Nous sommes en fait une entreprise globale. Véronique Le Billon

Toshiba plombé par sa filiale nucléaire Westinghouse

Veronique Le Billon Le 28/12/2016

Le coût des réacteurs de troisième génération de Westinghouse aux Etats-Unis, ici à Virgil C. Summer en Caroline du Sud, dépasse de loin les premières estimations.

Le japonais pourrait déprécier sa filiale de plusieurs milliards de dollars.
Une mesure liée à l’acquisition d’un fournisseur américain il y a un an.

C’est une nouvelle crise pour Toshiba. Après avoir dévissé de près de 12 % en Bourse mardi sur la base de premières informations, le groupe japonais, déjà éreinté par un scandale de manipulations comptables en 2015, a annoncé une « possible dépréciation de plusieurs milliards de dollars » liée à l’acquisition, il y a tout juste un an, de l’entreprise CB&I Stone & Webster par sa filiale nucléaire américaine Westinghouse.

C’est le « goodwill » (la survaleur entre le montant de l’acquisition et la valeur économique réelle de l’entreprise), initialement évalué à 87 millions de dollars, qui pourrait être réévalué à plusieurs milliards de dollars et qui serait donc déprécié, a précisé Toshiba. « Westinghouse a évalué le coût pour achever les contrats des AP1000 [son réacteur de troisième génération dont il construit 4 exemplaires en Chine et 4 autres aux Etats-Unis, NDLR] dans l’objectif de mesurer la juste valeur des actifs acquis et des engagements. Westinghouse a trouvé que le coût pour achever les projets américains dépassera de loin les premières estimations », a indiqué le groupe. Le montant définitif devrait être précisé en février, lors de la publication des comptes du troisième trimestre de l’exercice décalé 2016-2017.

Westinghouse, dont le modèle industriel est davantage fondé sur un recours à la sous-traitance que celui de son équivalent français Aréva, a racheté les activités de construction et de services nucléaires de C B &I, notamment pour mettre fin à des litiges dans la construction des AP1000 américains.

Lever des fonds

L’acquisition « va nous permettre de maîtriser la production et donc d’avancer dans la construction des quatre AP1000 aux Etats-Unis. Les recours sont désormais derrière nous, c’est un grand pas en avant », indiquait ainsi aux « Echos » (30 novembre 2015) Danny Roderick, le PDG de Westinghouse.

Westinghouse  filiale de Toshiba est majoritairement détenue par un groupe japonais, « nous sommes considérés comme une entreprise américaine, parce que le gouvernement américain décide à qui nous pouvons vendre, ou pas, nos réacteurs », rappelait Danny Roderick.

A l’occasion d’une visite en Inde cette année, Barack Obama a d’ailleurs oeuvré pour un accord sur la construction de plusieurs réacteurs AP1000.

Toshiba, qui a pris le contrôle de Westinghouse il y a dix ans pour 5,4 milliards de dollars, a déjà déprécié la valeur de sa filiale de quelque 2,3 milliards de dollars à la clôture du dernier exercice 2015-2016, sous la pression des marchés et des autorités américaines. La dépréciation à venir pourrait désormais obliger Toshiba à lever des fonds. « Nous envisageons des mesures dont une stratégie en matière de capital », a indiqué mardi le directeur général de Toshiba, Satoshi Tsunakawa, au cours d’une conférence de presse.

Véronique Le Billon, Les Echos

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

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