Thomas Coville, record du monde en solitaire, en 49 jours seulement.

« Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses que je peux changer et la sagesse de faire la différence », réagit Thomas Coville en citant le philosophe romain, Marc-Aurèle.

On a peur du lendemain,on a peur de l’autre,mais« Vous êtes libre de penser vos rêves »Je savoure le fait d’avoir pu dormir 3 heures d’affilée cette nuit depuis 50 jours,mon bateau est le prolongement de moi,c’est des années de travail.  Oser,tenter,tomber,reconstruire,c’est ça qui est magique.  » Thomas Coville »

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Des chiffres à couper le souffle .Qui d’autre que Thomas Coville, qui s’est longuement préparé avec une psychologue, pouvait accepter de se mettre dans un tel état ? Qui d’autre que ce marin hors norme, ingénieur de formation et qui se nourrit des exploits d’autres sportifs tels le perchiste Renaud Lavillenie ou le skieur-alpiniste Kílian Jornet, aurait mérité un aussi joli cadeau de Noël .

«Entre la théorie qui dit qu’il est possible désormais de conduire seul ce type de bateau et la pratique, il y a le facteur humain, souligne Franck Cammas, le premier à avoir, en 2010, traversé l’Atlantique en solitaire sur ce genre de monture. Seulement, les limites de l’humain, on ne les maîtrise pas. On est dans un tunnel, au service de notre machine puissante et complexe. La performance de Thomas va devenir une référence, il vient d’ouvrir une nouvelle ère.»

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Dix années de combats et de travail acharné  pour arriver au bout de son rêve .

Première tentative. Décembre 2007

Il percute un OFNI,(Objet Flottant Non Identifié) et arrache la crash-box (pare-chocs) de l’étrave du flotteur tribord.C’est l’abandon, après 19 jours de course, et Sodebo se dirige dans une mer très formée vers cape Town en Afrique du Sud

2e tentative. Novembre 2008.

Un tour du monde accompli en solitaire en 59 jours, 20 h, 42 minutes et 43 secondes. C’est 2 jours et 7 h de plus que Francis Joyon mais c’est aussi 1 725 milles supplémentaires parcourus.

3e tentative. Janvier 2011.

Il franchit la ligne à Ouessant le jeudi 31 mars 2011 après 61 jours, 5 minutes et 5 secondes de mer. Il met 3 jours, 10 h, 30 minutes et 59 secondes de plus que Francis Joyon  en 2008 (57 J 13 h 34’06’’).

4e tentative. Janvier 2014.

Le 17 janvier 2014, Thomas Coville s’élance pour la 4e fois dans une tentative de record. Le 30 janvier, après moins de 15 jours de course, il renonce. La situation météo à venir, le retard accumulé et des routages qui le font descendre sous les Kerguelen dans les glaces à quelques 300 milles de l’Antarctique l’amènent à renoncer à sa tentative de record du tour du monde en solitaire en multicoque

5e tentative. Novembre 2016.

Thomas Coville pulvérise le record du tour du monde à la voile en solitaire  en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes.

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Thomas Coville, le skipper de Sodebo Ultim’, est arrivé ce dimanche, vers 18h00, au large d’Ouessant et a donc franchi la ligne d’arrivée virtuelle du tour du monde à la voile en solitaire avec environ sept jours d’avance sur le précédent record, soit en moins de 50 jours. Le temps de référence actuel avait été réalisé en 2008 par Francis Joyon, qui avait bouclé sa circumnavigation sur le multicoque Idec en 57 jours et 13 heures.

C’est à la tombée de la nuit et dans la brume que Thomas Coville a passé la ligne d’arrivée. Parti le 6 novembre dernier, il valide ainsi un nouveau record du monde en solitaire avec 8 jours d’avance (49 jours 3 h 7 min et 38 sec), au bout de la troisième tentative du record monde du tour du monde à la voile en solitaire, après 2009 et 2011. Il bat ainsi le précédent temps référence de Francis Joyon, effectué en 2008.

Dans un communiqué publié sur le site de son sponsor, il est précisé qu’après le passage de la ligne, le marin restera toute la nuit en mer avec son équipe à bord, « un sas de décompression essentiel après 7 semaines éprouvantes seul en mer ». Le trimaran rejoindra ensuite Brest dans la matinée de lundi.

Thomas Coville a porté un coup extraordinaire au record du tour du monde à la voile en solitaire dimanche en passant sous la barre des 50 jours, loin, très loin des trois ans qu’avait mis le premier marin à avoir réalisé l’exploit il y a un peu plus d’un siècle. Depuis le Canadien Joshua Slocum en 1895, ils ont été quelques-uns à réaliser le rêve ultime du marin du grand large, celui de faire le tour du monde à la voile (d’ouest en est). Plusieurs ont inscrit leur nom au palmarès des records mais avec des différences.

Il y a eu des tours du monde en solitaire mais avec escale, des tours du monde sans escale mais en équipage, et des tours du monde en solitaire et sans escale sur des monocoques. Celui de Coville est un tour du monde en solitaire sans escale et sur un multicoque (un maxi-trimaran, Sodebo Ultim’), les bateaux les plus rapides. En solitaire et en multicoque, c’est Alain Colas (Manureva) qui a tracé la voie en 1973 mais avec une escale. Sans aucune halte, c’est Francis Joyon qui a ouvert le compteur en 2005.

La réaction de Thomas Coville

« Le rêve de dix ans de travail arrive »: Thomas Coville savoure avec une émotion « extrêmement puissante et dense » son exploit, quelques heures après avoir battu dimanche le record du tour du monde à la voile en solitaire et sans escale. « C’est un drôle de mélange, d’un seul coup tout s’arrête. Vous êtes extrêmement connecté pendant 49 jours avec votre bateau, avec la nature et d’un seul coup, le rêve de dix ans de travail arrive. C’est un mélange d’une émotion extrêmement puissante et dense, qui vous monte du fond des tripes. C’est un moment très fort dans ma vie d’athlète », a commenté le marin français pour France Info alors qu’il n’est attendu à terre, à Brest, que lundi vers 09h00.

Il lui aura fallu 5 tentatives pour établir ce record en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes, après notamment deux tours du monde réussis mais sans record à la clé. « J’ai tenté, j’ai échoué, je suis tombé, je me suis relevé, je me suis reconstruit. C’est toute cette histoire humaine pour arriver à concrétiser tous ces efforts qui est valorisante et que je retiendrai. 49 jours, effectivement c’est un très bon temps mais c’est plus le chemin pour y arriver qui m’émeut et qui est intéressant dans ce grand voyage », a-t-il déclaré.

Origines et débuts

Né le 10 mai 1968 à Rennes, Thomas Coville découvre très jeune la voile avec ses parents. À l’adolescence, il s’inscrit à l’école de voile de Plérin dans les Côtes-d’Armor, où il s’initie à la compétition nautique sur de petits dériveurs. Diplômé en informatique et en études comptables et financières, il devient ingénieur pour le groupe Bolloré avant de revenir en 1993 à une carrière maritime.

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  • Sa préparation physique.
  • A quelle préparation physique procédez-vous avant le départ ?
    Je m’entraîne tous les jours, je n’ai qu’une journée de repos par semaine.
    J’alterne entre les sorties footing, vélo, kayak, et je suis suivi par un ostéopathe.
    L’entraînement dépend surtout de mon état physique du moment et de mes futurs besoins sur le bateau.
    Comme je perds pas mal de kilos sur le bateau, j’essaye de prendre en masse musculaire.
    Côté mer, je navigue pour garder contact avec l’élément et s’il y a des bateaux à voir ou
    des départs auxquels assister je suis au rendez-vous, je suis curieux de nature. Mon équipe navigue aussi avec moi à l’année,
    c’est indispensable.Quel est le plus gros du travail ?
    La concentration.
    Elle doit être permanente et elle est exténuante.
    Mais elle ne se prépare pas, c’est comme le sommeil. Il n’existe pas de boîte à bons points
    que l’on peut remplir en se disant je fais une cure, je dors pendant 15 jours et je suis prêt, à bloc.
    Les premiers jours sont difficiles, quand il faut sortir d’un rythme de terrien et se mettre dans le rythme du bateau.Où puisez-vous l’énergie ?
    Il y a l’énergie mentale.
    L’énergie psychologique doit réagir à toute éventualité pour pouvoir résister,
    j’y ai beaucoup travaillé ces dernières années. Le niveau d’énergie exigé dans ce genre de projets va très loin.
    Il faut se pousser pour arriver mentalement à trouver le sommeil dans l’adversité, le froid, le bruit, et la gestion technique du bateau.
    Il n’y a pas que de l’inné, il y a aussi beaucoup d’acquis.
    Et il y a l’énergie physique.
    Ca ne me coûte pas de devoir m’entraîner physiquement parce que j’ai toujours eu cette discipline.
    Je suis un athlète correct, sans être un grand sportif parce que la voile n’est pas un sport qui développe une spécificité physique

Le navigateur breton de 49 ans . Pour ce papa de deux enfants (Jeanne, 15 ans et Elliot, 11 ans), il a fallu passer par la case « coach » après son accident dans la Route du Rhum l’année dernière pour reprendre la mer sans sentiment de culpabilité envers les siens et son équipe. Rencontre avec un marin et un père, en toute humilité.

Sa préparation mentale

« Pendant longtemps, je me suis préparé tout seul. Je pensais que c’était mieux comme ça, en cumulant l’expérience, les succès, les échecs. Mais l’année dernière quand j’ai pris un cargo en pleine Route du rhum, en pleine nuit, alors que j’étais en tête de la course, j’ai changé de point de vue. Il faut imaginer : c’est comme si tu es en moto et que tu te prends un semi-remorque sur le périph en sens inverse et que tu passes dessous… Après cet arrêt violent, mon bateau était cassé, j’ai eu l’impression d’avoir trahi mon équipe. Je suis tombé dans une spirale, un traumatisme dans lequel je m’enfonçais, je me sentais coupable. Sodebo m’a soutenu et m’a conseillé de me faire aider, de ne pas rester seul. Pour la première fois de ma vie, j’ai pris contact avec une coach, Lynn. Je trouvais intéressant que ce soit une femme, néo-zélandaise, étrangère à la voile. On s’est vus six fois dans six lieux différents en six mois. Chaque séance pouvait durer trois heures ou 24h. Elle m’a permis de passer l’étape de l’accident. D’en faire une opportunité. Ce n’était pas simple ! Moi qui suis ingénieur, qui pensais qu’il fallait toujours tout contrôler, je devais accepter que tout soit connecté, le monde, les choses, et que tout ne dépende pas de moi. Elle m’a demandé d’être plus féminin dans mon approche : lâcher prise, commencer une chose, puis une seconde, et revenir à la première. Ça marche bien ! La coach m’a demandé à quoi servait ma culpabilité. J’ai trouvé cette question géniale. J’ai compris que la culpabilité ne servait à rien. Je l’ai évacuée du jour au lendemain ».

Sa Préparation physique

« Je suis un athlète, j’ai une préparation physique quotidienne. Cela demande une vraie discipline : vélo, course à pied, musculation, mais avec du plaisir pas trop de performance, juste pour trouver des sensations. On fait du kayak et beaucoup d’alpinisme. J’adore ça. Se préparer pour gravir un 4000m et jubiler de l’avoir fait, c’est plus ludique que de faire de la musculation  en salle. Et ça joue sur la préparation mentale ».

La part de danger

« Quand j’ai fait ce choix d’être coureur au large je me suis aperçu de l’aspect égoïste que cela représentait : c’est plus facile pour celui qui part que pour ceux qui restent. Longtemps je me suis dit « Si j’aime assez ma famille, je me dois de revenir, si je reviens pas c’est que je ne les aime pas assez », mais c’était une erreur. Je ne suis jamais sûr à 100% de pouvoir revenir et cela n’a rien à voir avec l’amour que je porte pour les miens. Je dois limiter les risques. Mais avec ma femme Cathy, on a confiance l’un en l’autre. Cela fait 28 ans que l’on se connaît, 20 ans qu’on vit ensemble et nous célébrons nos 15 ans de mariage. Pendant longtemps on été très complice tous les deux et puis ça a été trop fusionnel. Elle était à la fois ma femme, mon gestionnaire de projet, mon coach, mon entraîneur, c’était trop. Alors elle a repris une activité professionnelle et monté une structure de séjours linguistiques pour lycéens. C’est mieux comme ça. Mais avant chaque départ en mer, Cathy et moi nous échangeons nos alliances ».

Son rôle de père

« Le plus difficile pour Cathy comme pour moi, ce n’est pas quand je suis absent, c’est la transition du départ et du retour. Quand je ne suis pas là, tout roule. Je me rends compte que je ne suis pas indispensable ! Dans le fond, ça me fait plaisir qu’ils se débrouillent sans moi. Quand tu es souvent absent, tu perds ton rôle de père, tu ne sais plus faire, tu ne sais plus communiquer, tu ne retrouves plus ta place, je dois avouer que c’est super dur.. Je compense en racontant aux enfants tout ce qui s’est passé lors des courses, les bons comme les mauvais souvenirs, cette honnêteté leur a fait du bien, nos relations sont saines. J’ai loupé quelques anniversaires bien sûr, je ne suis pas un papa héros. Parfois, je me fais aider par mes équipiers quand ils viennent dîner chez moi. On raconte nos aventures aux enfants. Nos amis artistes comme Jacques Gamblin ou Alex Tassel (trompettiste de jazz) enrichissent nos vies. Chez nous en Bretagne, on a mis à disposition un local dans un hangar pour les artistes de passage. On les héberge et en échange on leur demande de laisser entrer nos enfants pendant le processus de création. Ils équilibrent nos vies ».

Sa succession

« Ma fille Jeanne, 15 ans et mon fils Elliot, 11 ans, ne veulent pas suivre ma voie. Grâce à mon épouse, ils ne reproduisent rien de ce que je fais, ils découvrent ce qu’ils veulent faire. Mon fils est passionné de planche à voile, ma fille est plutôt tournée vers les langues. Elle veut voyager ».

Ses vacances

« Quand je rentre de vacances, surtout après un séjour en montagne, je réalise que j’ai une pêche terrible mais je n’organise jamais rien, Cathy fait tout parce que je n’aime pas partir en vacances. Ça m’angoisse de savoir que je ne vais rien faire. Même si j’arrive un peu plus à me détendre maintenant ».

Avion ou bateau ?

« Quand je conçois un bateau, sa silhouette est plus proche d’un avion que d’un navire. Mon ambition, c’est de le faire voler !  C’est mon côté tête en l’air, toujours dans les nuages. Je pilote des ULM et j’aurais adoré être pilote. Quand j’étais ingénieur, j’ai été refoulé au concours de l’Aéronavale à cause d’un problème d’oreille. Dommage, j’avais réussi les concours… J’aurais aimé aller dans l’espace. Du coup, je me fais plaisir en analysant les photos satellites de météorologie. Pour moi, c’est beau comme un tableau de maître ».

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid