André Nadaud ,mon maître .

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Eglise de la Madeleine Paris :Sous le fronton, l’inscription en latin « D.O.M. SVB. INVOCAT S. MAR. MAGDALENÆ » signifie « Au Dieu tout puissant et très grand, sous l’invocation de sainte Marie-Madeleine » Le projet de l’architecte Pierre-Alexandre Vignon  fut retenu par l’Empereur Napoléon Ier en 1806  lui-même : un temple périptère, retour à l’antiquité, inspiré de l’architecture gréco-romaine. La Madeleine est quasiment, pour ce qui est de l’aspect extérieur, une restitution de l’Olympieion  à Athènes, les colonnes de la Madeleine étant légèrement plus hautes (20 m contre 17.25 m, à comparer avec un édifice très proche, la Cour suprême de États-Unis).

En définitive, le 2 décembre 1806, au camp de Poznan en Pologne, l’Empereur Napoléon Ier signait un décret pour l’édification d’un temple à la gloire des Armées françaises. Selon l’exposé des motifs : « Le Monument dont l’Empereur vous appelle aujourd’hui à tracer le projet sera le plus auguste, le plus imposant de tous ceux que sa vaste imagination a conçus et que son activité prodigieuse sait faire exécuter. C’est la récompense que le vainqueur des Rois et des Peuples, le fondateur des empires, décerne à son armée victorieuse sous ses ordres et par son génie. La postérité dira : il fit des héros et sut récompenser l’héroïsme. […] À l’intérieur du monument, les noms de tous les combattants d’Ulm, d’Austerlitz et d’Iéna seront inscrits sur des tables de marbre, les noms des morts sur des tables d’or massif, les noms des départements avec le chiffre de leur contingent sur des tables d’argent. »

 

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Aurillac église Saint Géraud  Cantal

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Saint Flour  place du village   Cantal

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Saint Flour  Cantal

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Brioude  Haute Loire Basilique Saint Julien

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Royère de Vassivière en creuse .

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Vauveix ,Royère de Vassivière en creuse maison natale de la famille Nadaud à droite .

 

Nous sommes en 1965 ,j’ai 20 ans ,je viens de terminer mon service militaire 18 mois dont 12 mois à Djibouti dans l’infanterie de marine .Ma décision est prise ,j’ai eu tout ce temps pour savoir ce que je veux faire .

Comme mon grand-père Pierre Marie Auguste Joannès  ,je veux être dans la construction maçon , enfin très modestement comme lui , il était maçon, tailleur de pierres charpentier, menuisier, ébéniste, charron, c’est-à-dire celui qui fabriquait des chars à bœufs, ou chevaux avec des grandes roues à rayons en bois, cerclées de fer forgés à sa forge ,avec le char, le tombereau  ou la charrette en bois pour transporter du foin ,des pommes de terre, betteraves, ou des billes de bois avec le timon en fonction des animaux attelés . Mon grand-père faisait tout cela et bien d’autres choses encore .Il construisait des maisons en pierres, faisait la charpente, les fenêtres, les planchers, les parquets, les meubles commodes, vaisselier, tables et chaises en bois .Comme beaucoup d’artisans à cette époque là , mon grand-père faisait ces factures une fois l’an ,en novembre de chaque année et chacun payait son du. C’est aussi au mois de novembre que les fermages étaient payés .

A l’automne 1965 ,après avoir rempli et adressé mon dossier de candidature à l’administration , je suis convoqué à Lyon dans une petite rue proche de l’hôtel de ville près de la place des terreaux pour passer des tests psychotechniques , quel nom barbare !!!!

Sans diplôme à l’exception de ce certificat d’études  ,je passe ces tests  et suis convoqué auprès des responsables de cette administration  AFPA ( Agence Formation Professionnelle pour  Adultes  ) qui m’indiquent que je pourrais faire autre choses que maçon ,par exemple chauffagiste, me disent-ils  !!!!  apprendre à souder, poser des tuyaux et installer des chaudières de chauffage central dans les immeubles !!!! J’ai du insister auprès de ces fonctionnaires ; pour leur dire que ma décisions était prise et que je souhaitais passer un CAP de maçonnerie exclusivement . En réalité j’étais bien la seule personne au monde à savoir ce que je voulais faire !!!!

C’est ainsi que je suis accepté et convoqué pour commencer la formation dès le 6 février 1966 à Saint Priest  proche de la banlieue Lyonnaise pour une formation accélérée de six mois  en maçonnerie  taille de pierres appelée limousinerie ( en souvenir des maçons tailleurs de pierres du Limousin ).du 6 février au 27 juillet 1966 .C’est la formation professionnelle des adultes  AFPA , elle-même sous la tutelle du Ministère du Travail et de l’éducation nationale qui valide les diplômes requis . !!!!  Nous sommes financés par le même Ministère du Travail qui nous rémunère au salaire minimum à l’époque 500 francs , nous sommes nourris et logés dans des dortoirs au centre FPA , ces prestations d’internat sont déduites de notre indemnité mensuelle .Je crois me souvenir qu’il me restait environ 100 francs par mois , juste de quoi me payer de l’essence pour rentrer chez mes parents le week end .

Me voici donc en internat, cela me convient parfaitement , je suis là pour apprendre, je me souviens de quelques  collègues , un garçon appelé Berne habitant Duerne qui aimait l’alcool dans les monts du lyonnais ,d’un dénommé Chinoune Layachi venu ici pour se former et  repartir s’installer en Algérie son pays natal , d’un  nommé Pivot natif de Dracé qui aimait l’alcool aussi ;dans le Rhône et qui lui faisait un CAP de plâtrerie , ainsi que d’un garçon nommé Armand Argenti ancien prêtre catholique dix années de théologie  que j’ai croisé quelques fois au réfectoire lui- même en section de maçonnerie moderne sorti également premier de sa promotion ..

C’est ici que je rencontre André Nadaud mon professeur, mon maître .

Nous faisons quarante heures par semaine, pour moi  c’est de la détente , je m’investis énormément , j’ai envie de réussir dans les meilleurs conditions ,nous avons environ vingt heures de théorie, dessin , géométrie, calcul topographique succinct , et vingt heures de pratique en atelier et à l’extérieur .

Nous réalisons des ouvrages murets , coffrage, travail de briqueterie pour construire des fours ou cheminée ,etc …

La semaine de l’examen final , nous aurons à réaliser un ouvrage un arc de triomphe miniature de 2,50m x2,50mx 0,50m d’épaisseur en pierres calcaire blanches à tailler sur place avec la voute en plein cintre  à coffrer et exécuter ..Pour parfaire mon ouvrage, je vais le brosser avec une brosse métallique puis le polir avec chiffon légèrement huilé à l’huile de lin sur l’ensemble de l’ouvrage …..Cela aura le plus bel effet ;les pierres auront le plus bel éclat …. et chacun pourra emprunter cet arc de Triomphe .

Mon ouvrage sera très bien noté ,fera la fierté de tout le centre de Saint Priest .Aussi exceptionnellement  le Directeur Monsieur Chevallier organisera des visites avec les plus grands chefs d’entreprises Lyonnais et la mairie de la ville de Lyon  qui viendront  admirer le chef d’œuvre ainsi appelé par les compagnons .

J’aurai d’excellentes notes et sortirai premier de cette promotion .C’est ainsi que mon professeur André Nadaud me dit : Albert tu peut faire beaucoup de choses encore dans ta vie, il ne faut pas t’arrêter là ; aussi je vais te faire connaître le premier de la promotion en Maçonnerie moderne Armand Argenti . C’est la première fois qu’un homme me parle ainsi , et m’encourage !!!!!

Mon père spirituel André Nadaud .Il naît en 1916 dans la Creuse proche du plateau de Mille vaches, il a un frère ainé dans cette petite ferme de quelques têtes de bétail et arpents de terre pour faire vivre cette famille .Il se marie en 1936 avec une jeune fille du village ,puis par effectuer son service militaire de deux années obligatoire en 1937, en 1939 la guerre est déclarée et il sera réquisitionné pour la durée de la guerre , il sera fait prisonnier par les Allemands et ne rentrera  chez lui qu’en 1945 soit après sept années d’absence .Il travaillera dans les usines Messerschmitt Allemande.Un jour tous les prisonniers sont convoqués sur la place du camp ; la photo du Maréchal Pétain à disparue des dortoirs des prisonniers  Les officiers Allemands hurlent qui a détruit la photo du feld Maréchal Pétain , que le fautif sorte des rangs sinon je prends 10 prisonniers au hasard et les fusillent devant vous pour l’exemple .André connait le fautif , c’est lui qui a fait brûler la photo volontairement car il n’aime pas ce Maréchal qui a pactisé avec Hitler . Il sait ce qu’il risque !!! Les officiers continuent d’hurler , et ils vont mettre à exécution leur promesse ; les premiers sont arrachés des rangs à coup de crosse  avant le coup de feu final .

André Nadaud est un homme droit et juste  ; il sort des rangs et s’avance, il a froid et faim ;il avance seul vêtu de son ensemble de prisonnier, pantalon et veste bleu, la tête couverte d’un bonnet de toile vers les officiers : « c’est moi, dit-il simplement ».  Les officiers toisent l’homme ; doivent-t-ils l’abattre au pistolet à genou comme c’est la règle ici. Un officier l’interpelle dans un mauvais français : « pourquoi a-tu fais cela ? »  Je ne savais pas, j’étais de corvée de chauffage hier soir et n’avais pas de papier j’ai ramassée la photo tombée au sol pour allumer le feu dit André .Tu ne connais pas le Feld Maréchal Pétain ? Non Monsieur l’officier et les chambrées sont sombres dans la nuit répond André . L’incident sera clôt sans que jamais personne ne sache pourquoi ;mais André sera muté dans une ferme comme ouvrier agricole  dans le nord de l’Allemagne .vers le front Polonais .

Toute l’Allemagne en guerre est privée d’hommes, ils sont sur le front à la guerre partout en Europe . Dans cette ferme la vie est moins dure, surtout parce qu’il mange à sa faim. Plusieurs fois par semaine l’armée allemande patrouille , et surveille les déserteurs potentiels !!!

En 1945 , la guerre finie il rentre chez lui après deux ou trois jours de train qui n’avance pas ;tout le réseau ferré Allemand et Français a été dynamité par les bombardements Russes ,allemands et alliés ,et il faut faire des centaines de km supplémentaires pour arriver à destination de Limoges  et enfin des heures de bus qui fonctionne au gazogène c’est-à-dire avec une chaudière à bois installé à l’arrière du bus .

IL arrive dans sa maisonnette de son village, il est reçu par sa belle-sœur , la sœur de sa femme , car cette dernière est décédée de septicémie . Il a un petit garçon de 6 ans et demi Jean qui ne le regarde pas et qui joue dans la cour tout seul ……

Bien des années plus tard j’apprendrai par ce fils devenu adulte les conditions du décès de sa mère .Comme en Allemagne, en France les hommes sont parti à la guerre, et dans cette Creuse profonde ,les parents de la jeune femme ont embauché un ouvrier agricole réfugié Espagnol, cette femme eut une relation avec ce dernier et se retrouva enceinte .L’angoisse , la peur , l’absence de conseil, et son mari absent depuis sept années , lui font perdre la tête. Elle décide de perdre cet enfant ,avec l’aide d’aiguilles à tricoter !!!! L’infection fera son œuvre sans aucun soin particulier , rejetée de tout le village et des siens , elle décède bien seule laissant son fils Jean aux mains de sa sœur , ne sachant si son mari rentrerai un jour .

Après autant d’années de souffrance André sans argent décide vendre son lopin de terre en Creuse sur la commune de Vauveix tout proche de Royère de Vassivière pour partir en ville à Paris  !!!! Mais les dévaluations successives ont fait leur œuvre pendant cette guerre mondiale  ; et le prix de vente des terres paiera un seul costume à André .

Le voilà parti Aurillac, Saint Flour, Brioude ,les chantiers s’enchainent ici construction d’une préfecture, là un pont pour la SNCF puis Paris comme ouvrier maçon tailleur de pierres , chef d’équipes, il suit des cours pour se former , c’est ainsi qu’il est recruté à Lyon comme professeur en enseignement technique à l’AFPA . Sa belle sœur et sont mari se sont installés à Lyon proche de l’hôpital Desgenettes et ont achetés une petite maison ou ils élèvent Jean , le fils d’André qui paie pour l’éducation de ce fils . André habite tout proche à Villeurbanne Place Grand-Clément , il peut passer chaque soir après le travail voir ce fils

C’est à ce moment là que je fais la connaissance d’André mon professeur, je fais aussi son jardin chez sa belle sœur pour me faire un peu d’argent de poche !!!!

Grâce à André , je serai embauché à la société Chemin 2000 ouvriers  car il connaissait le directeur Monsieur Penot originaire de la Creuse aussi ,tout comme la famille Pitance 1500 ouvriers ….

La roue tourne André est un homme de gauche profondément humain , en 1968 il prendra position à l’AFPA ,et sera licencié !!! à quelques années de la retraite !!!!  Il trouve un travail de chef de Chantier à son âge dans une entreprise Fialaire proche de Belleville sur Saône originaire de la Creuse aussi !! A cette époque je recherchai un poste de directeur de travaux ,et grâce à André je suis recruté dans cette entreprise !!! L’on va me demander de licencier André !!!!! C’est un déchirement ;je ne le ferai jamais et André prendra sa retraite bien méritée !!!!!

André s’est remarié, il aura une fille merveilleuse, plein d’amour pour ce père si généreux , quelques années plus tard sa femme décède d’un arrêt cardiaque !!!! Il se retrouve veuf une seconde fois .

André atteindra un grand âge près de 90 ans avant d’être à son tour emporté ,je suis présent aux obsèques religieuses en cette magnifique église de la Madeleine tout proche de Lyon , réplique de celle de Paris en plus modeste avec cette architecture néoclassique splendide , point de sermon pour cet homme exceptionnel, quelques mots mal dits par des professeurs syndicalisés, sans aucun intérêt  !!!!!  Je suis terriblement blessé ; j’avais tout les mots pour rappeler qui était André, n’appartenant pas à la famille et sans autorisation , je ne pouvais le faire .A la sortie de la messe, son fils Jean devenu ingénieur recherche chez Rhône Poulenc , me dira sa tristesse, que personne n’ai rappelé qui était son père !!! Je ne le savais pas encore , mais j’apprendrai par sa fille , que son père m’admirai et cela faisait de l’ombre à son fils Jean !!!!! qui admirait sa mère qu’il n’a jamais connue .

Ainsi va la vie ; ma fille qui vit bien loin d’ici, conserve un vase précieux qu’André lui avait offert

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

1 réflexion sur « André Nadaud ,mon maître . »

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