Hameau  » Le Nurin « 

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L’on peut dire que notre maison est au centre de ce hameau ,composés de quelques familles au cœur de ces maisonnées il y a un puits d’eau potable, c’est ici que chaque famille vient chercher l’eau avec un seau, précieux breuvage pour se laver, faire la soupe, boire, faire la lessive et laver les planchers de ces habitations. Il y a aussi un lavoir en pierres maçonnés étanche de 3mx2mx1,2m de profondeur environ soit une réserve de 7000 litres d’eau qui sert aussi pour arroser les jardins, ainsi qu’en cas d’incendie, le drame des familles, les assurances des habitations ne sont pas encore obligatoires.Contigu à notre maison, deux habitations son écroulées ,il ne reste qu’un monceau de pierres qui rappellent leur existence ,ma mère se souvient de ceux qui ont habités là. A l’est la maison de Claudius et Victoria Livet et leur 6 enfants ainsi que la ferme des époux Chassignol ,au sud la maison des époux Plâtre ,à l’ouest la maison de Jean et Camille Dudoit et leurs trois filles, ainsi que la maison de la famille Magnin et leur fille unique Paulette, et la maison de Gilbert et sa femme Genette et leurs trois enfants, enfin au nord la maison de Félix Longin le père de Camille survivant de la guerre de 14/18 grand mutilé de cette guerre atroce .

Voici brossé notre environnement immédiat. Comme en montagne nous avons un devoir d’assistance moral les uns envers les autres ; mais nous ne nous côtoyons très peu . Pour plusieurs raisons, la première c’est que tout le monde travail dur, neuf heures par jour, les heures de marche à pied pour aller travailler au minimum deux heures par jour ,le hameau étant situé à 4 km du village, les heures supplémentaires souvent imposées par les employeurs, les jardins indispensable pour la survie de ces familles pour ce nourrir. Les grandes surfaces n’existent pas alors .Il reste le samedi soir pour les plus courageux et le dimanche jour de repos souvent bien mérité. Les enfants ne sont pas mieux lotis, ils doivent obéissance à leurs parents et bien peu d’amitié se fonde ainsi dans ces hameaux. La deuxième raison toute personnelle, c’est que chacun s’épie se jalouse secrètement, ressasse des ragots et des rancoeur sur les familles des uns et des autres, parfois même depuis plusieurs générations car tout ce petit monde se connait. Pour illustrer mon propos ; j’ai entendu les anciens dire souvent qu’un homme du quartier avait épousé une jeune femme dont la famille habitait à l’autre extrémité du village, tout au plus 8 km , la malheureuse fut appelé l’étrangère pendant très longtemps !!!

Si personne ne parle à personne ,et bien moi ,je ne sais par quelle chance, peut-être quelle qualité, l’envie d’apprendre, je parle et rend service à tout le monde. Je ne trahi personne, même la fille de nos voisins Christiane Dudoit dont les garçons viennent à pied lui faire la cour et bien d’autres choses encore, je ne veux pas décevoir ni être malhonnête avec elle et ces parents qui sont de très braves gens .Sa maman à une insuffisance cardiaque et est de constitution fragile, ignorants que nous sommes, nous disons qu’elle a « un souffle au cœur ».

Monsieur Platre est retraité de la SNCF , et se promène toujours avec un grand tablier de jardinier avec deux poches sur le devant. Il aime peindre ces clôtures ,ces outils,ces meubles en vert SNCF additionné de blanc pour être moins dur ,Il a du obtenir un lot énorme de peinture verte à son départ à la retraite, son mot préféré est invariablement « bougre » cela m’amuse beaucoup .Grâce à lui j’ai eue ma première leçon de solfège , en effet au dessus de sa porte d’entrée il a posé en fer forgé une gamme de sol avec des notes : Do-Mi-Si-La-Do-Ré soit  « domicile adorée »  je trouve cela génial drôle et agréable à la fois !!!! Malheureusement il y a un fléau chez les ouvriers à cette époque l’alcoolisme  le vin rouge et blanc  !!!! Madame Platre boit aussi, elle va travailler à pied et travaille dans la même usine que moi .Je vais travailler équipé d’un vieux vélo trouvé chez un ferrailleur, sans freins , elle marche au milieu du chemin en faisant des grandes embardées de droite à gauche, après avoir klaxonné avec le timbre bien frêle de la sonnette de ce si vieux vélo et obligé de passer, je téléscope avec mon vélo madame platre qui s’effondre sur le chemin en râlant .Sitôt à terre je tire et comme je peux la blessée fort lourde au pied d’un énorme marronnier et je l’assied de mon mieux sur l’herbe !!!  Elle ne parle pas, elle râle, je crains pour sa vie ,c’est mon premier accident grave. Les voisins immédiats accourent le fermier Laurent et sa femme Madeleine Palluet, ils comprennent le mal, et lui offrent un réconfortant un petit verre d’Arquebuse sorte d’alcool parfumé à la verveine à 40 degrés !!! Ils me disent qu’il s’occupent de madame et que je peux aller travailler !!! Très inquiet tout l’après midi ,le soir sitôt de retour je vais hardiment prendre des nouvelles chez Madame et Monsieur Platre ; j’ai très peur de me faire disputer ; son mari m’accueille en souriant et me dit tout de go « Bougre » ce n’est rien ,madame est là , elle a repris ces esprits, et se confond en excuses auprès du gamin que je suis !!! Ils veulent à tout prix me faire goûter et partager un breuvage alcoolisé un « quinquina » , apéritif vin cuit à 20 ou 30 degrés . Je repart heureux de ne pas m’être fâché avec ces gens charmants . J’ai pris seul cette initiative de cette visite ,ma mère ne m’a rien dit, m’accusant de ces yeux et me rendant responsable de tout .Je ne dit mot .

Je travaille aussi avec Claudius Livet,il emmène à boire comme tous les ouvriers une « chopine » petite bouteille de vin pur, car dans les usines la pollution est telle que l’on ne peux respirer et nos poumons s’emplissent de déchets coton que nous respirons durant 8 ou 9 heures  parfois plus .Claudius qui boit mais est très prude, il a deux bouteilles une dans chaque poche de sa veste . Car lui comme moi nous descendons du vélo dans les côtes et me positionnant soit à sa droite ou bien à gauche de Claudius ,j’ai pu observer la supercherie. Un jour il me demande de l’aider à ramener un tuyau en acier de 10 cm de diamètre et de 5 mètres de longueur que notre  patron lui a donné, transporter à dos d’homme de l’usine jusqu’à la maison soit 4 km avec cet énorme fardeau sur l’épaule !!!un vrai calvaire, même avec un tissu en forme de coussin sur l’épaule les vibrations, les ondulations de ce tube d’acier rendent le transport extrêmement très difficile et le chemin paraîtra très long !!!! Après de nombreuses poses et changement d’épaule de droite à gauche et vice et versa ;c’est fourbu que tous les deux, lui par les année et moi mon adolescence volée, nous posons notre fardeau, ce tuyau dans la cour de la maison de Claudius .Il m’offre un verre, j’ai l’habitude je ne bois pas ,1/4 de vin dans un verre et le reste en eau du puits ,lui un bon verre de vin rouge appelé « piquette » vin tiré au tonneau que tous les ouvriers achètent environ 7% degré d’alcoolémie, drôle de breuvage, comment peut-on aimer cela .Victoria son épouse est dans sa chambre en train d’accoucher sans péridurale, assisté d’une sage femme, une petite fille vient de naître, la sage femme sort de la chambre tenant des ces mains l’enfant qui pleure .Claudius regarde à peine, il a plus de 50 ans, il en parait beaucoup plus ,c’est son sixième enfant, il est fatigué,le blanc de ces yeux est jaune,c’est l’alcoolisme. Je ne me sens pas à ma place ici et suis très mal à l’aise. Claudius parait  désabusé, en colère contre lui-même ,peut-être se dit-il comment vais-je faire avec ma seule paye pour nourrir ces six enfants plus ma femme et moi !!!! Je m’excuse et souhaite partir, il me raccompagne sur le perron de sa maison peinte en rose ; me remercie mille fois encore , j’habite à 50 m de chez eux .Personne ne viendra congratuler Victoria, la soutenir, lui offrir un présent même modeste ,personne dans tout le quartier ou tout le monde vit ensemble .Même ma mère qui a été élevée gracieusement par la mère de Claudius !!! Les ragots vont bon train, l’on raconte que c’est la mère Livet qui a trouvée cette femme pour son fils et l’on dit même qu’elle aurait payée en sacs de blé ou paquets de cafés bref négociée  Victoria pour son fils Claudius ,une fille habitant à moins de 10 km du lieu actuel .Pourtant Victoria est gentille , elle élève ces enfants sans faire de bruits, ni jalousie aucune avec les habitants  du quartier et s’occupera de son mari alcoolique jusqu’à la fin .

Au nord le jardin est immense les deux tiers de ces terrains, il y a tant à faire défricher, nettoyer, arracher les vieux arbres fruitiers remonter les murs en pierres sèches qui soutiennent la terre à cultiver. Félix Longin notre voisin dit au père: celui-là vous en ferez quelque chose , en parlant de moi !!! Le père ne dit mot : seulement cette réponse « il n’y a pas besoin de l’appeler le matin à 6 h, il est levé avant moi » !!!! Moi , je ne lève pas la tête de mon labeur incessant .C’est Félix qui me parle toujours et me donne un cours d’histoire !!!! 14/18 quatre années à Verdun ,le fort de Douaumont, le ravin de la mort, la tranchée des baïonnettes, le chemin des dames. Son bras gauche est mutilé et mort paralysé à 100% il pend le long de son corps,les chairs se sont cicatrisés et il y a un vide entre l’humérus et le muscle; il continu j’ai pris un éclat d’obus je me suis trainé quatre jours mon régiment décimé, sur le champ de bataille, à perte de vue que des trous d’obus, il ne faut pas tomber dans ces énormes trous, l’on ne pourrait en sortir que gazé mortellement, la pluie, la boue, que des morts cette odeur si fétide qui donne la nausée, il rencontre un soldat qu’il apostrophe : « coupe moi ce bras qui pue trop , je vais mourir de la gangrène »  pisse dessus ça désinfecte , il s’exécute !!! Trop affaibli ce soldat hagard et hébété par tant de feu qui rend sourd et fou, ces yeux sont exorbités. Il l’emmène en s’extirpant les pieds de la boue comme il peux , sur son dos à l’arrière du feu de ce champ de bataille à l’infirmerie ambulante, c’est avec de l’alcool qu’il est soigné sommairement , il sera sauvé mais continuera le combat jusqu’au 11 novembre 1918 à 11 heures jour de l’armistice. Il me raconte son fait d’armes : j’étais sur un monticule avec une mitrailleuse, « les boches » montaient en rang par quatre , je tirais il y avait des cadavres sur un mètre d’épaisseur !! Mon capitaine hurle « Longin replie toi,en arrière toutes, nous sommes cuits » Refus d’obéissance , conseil de guerre ,je pouvais être fusillé par les fusils de l’armée française. Je serai sauvé par un militaire courageux qui prendra ma défense

Plus tard je découvrirai « les croix de bois » de Roland Dorgolès sur cette tragédie humaine de cette guerre 14/18.

Voila ce que me raconte toujours Félix, je crois qu’il aurait aimé avoir un fils comme moi.Dans le quartier les gens raconte qu’il « radote » !!!! Comme c’est triste !!!

Malgré son grave handicap, il travailla comme ouvrier à l’usine, sa maigre pension ne lui permettait pas de vivre et d’élever ces deux filles !!!!

Merci Félix ,tu as tant mérité de cette terre de France ,j’espère que bien modestement je ne t’ai pas oublié . Tu mérites la plus haute estime du peuple de ce pays

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

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