La maisonnée,

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  1. J’ai 13 ans ,nous déménageons encore et encore !!!! au total cela fera six déménagements depuis ma naissance !!! et dans un périmètre de 4 km tout au plus.

Dieu que la terre est petite, les mêmes sapins, les mêmes collines verdoyantes, les mêmes fermes disséminés dans l’espace, les mêmes usines avec leurs couvertures en dent de scie  « couverture  Shed : un type de couverture présentant un profil composé d’un versant vitré de pente rapide, exposé au nord. pour un éclairage régulier et de l’autre de pente plus faible, à couverture opaque en tuile » . Chaque usine étaient chauffées avec de grosses chaudières à charbon avec leurs immenses cheminées circulaires en briques rouge qui tutoyaient le ciel .Il me semble que plus la cheminée était haute,plus l’usine était importante , c’est juste plus l’usine est grande plus est nécessaire une grosse chaudière,sans tenir compte de l’emplacement de l’usine au fond de la vallée , il faut augmenter la hauteur pour le tirage et éviter de polluer le village . Sans oublier le clocher de l’église au centre du village avec son horloge et tout proche le cimetière .

Ma mère a décidée d’acheter une vieille maison appartenant à deux sœurs Christophe , « vieilles filles » disait-on alors, c’est à dire toutes deux célibataires , c’est l’une d’elle Marie qui s’occupe des négociations avec ma mère. Ce sont des cousines éloignées deuxième ou troisième degrés.Leur père était drapier non donné alors aux colporteurs qui parcouraient les campagnes à pied avec une charrette à bras tiré par les hommes,pour vendre des draps .A cette époque là toute les familles achetaient des draps pour leur utilisation personnelle et aussi pour constituer ce qui était appelé alors le trousseau des filles le jour ou elles se marieront .C’est avec cet argent gagné que cette famille Christophe acheta cette habitation . L’ensemble comprend la maison principale, sur deux niveaux habitable plus cave, attenant un bâtiment avec écurie pour deux ou trois vaches ,un local pour le matériel agricole, et un étage complet pour le fenil, le stockage du foin pour les animaux .Dans toutes les campagnes, les gens élevaient quelques animaux pour se nourrir,boire le lait, faire des fromages.Devant la maison coté sud  un terrain servant de jardin, un peu plus loin au autre terrain servant aussi de jardin, et à l’arrière de la maison au nord  un grand terrain agricole  l’ensemble représente environ 3000 m2.de terrain .

Autrefois toutes les affaires d’argent étaient cachés, et je n’ai jamais connu exactement le montant de la transaction entre 25 et 30 000 francs de l’époque ;je crois que c’est 27000 francs plus les frais de notaire. Le salaire de l’ouvrier d’usine était de 400 francs

Soit 30000 francs divisé par 400 francs=75 mois ou 6,5 années de salaire sans s’habiller ni boire ni manger !!!! sachant que nous étions mes parents plus cinq enfants dont j’étais l’ainé à 13 ans !!!!!avec un seul salaire . Il est donc facile de comprendre que si je ne travaillais pas au plus tôt, la transaction eue été était impossible.

Les emprunts étaient rares et compte tenu des chiffres ci-dessus aucune banque n’aurait pu nous prêter ; sachant qu’à cette époque les ouvriers étaient payés à la quinzaine en espèces et les ouvriers n’avaient pas de compte en banque .

Ma mère dont ma grand-mère décéda deux années après sa naissance fut élevée gracieusement dans cette famille Livet de neuf enfants : Auguste, Albert, Claudius, Marius, Joseph, Victor, Mélanie, Alexandrine, Marie, plus ma mère Marthe .

Auguste l’ainé était » monté « à Paris disait-on alors ; il était souffleur de verre dans une usine Saint-Gobain,le verrier du Grand Roi Louis XIV ; métier très malsain à cause de la chaleur des fours et l’inhalation des gaz toxiques ; mais bien rémunéré, travaillant en équipe 24h sur 24h sept jour sur sept .

Ma mère contacta Auguste ce grand frère l’ainée de la famille y compris par la taille 1,90 m environ, si gentil , pour lui demander de lui prêter de l’argent pour acheter cette maison . D’abord l’homme raisonna ma mère, cette achat est impossible !!!!J’entends encore ces recommandations en catimini, il avait une voix très douce :« Tu te rends compte Marthe, s’il vous arrivent quelque chose, un accident, une longue maladie, est-ce que tu pourras élever ta famille qui a bien besoin de cette unique paie celle du père !!!! » Puis ma mère convainquit Auguste qu’elle allait travailler, et que le fils ainé que j’étais dès 14 ans irait aussi, et qu’ainsi elle pourrait rembourser sa dette .La chose fut conclue après moult tergiversations et l’argent prêté avec une reconnaissance de dette faite par le notaire d’Auguste à Paris et authentifiée par devant le notaire du village .

Avec mes 13 ans j’assistais et j’écoutais toutes ces conversations d’adultes, très curieusement ma mère me faisait confiance .J’étais un garçon sage ,je ne demandais jamais rien, trop inquiet de cette vie si fragile. Lorsque le père amenait sa paie de la quinzaine après avoir payé le boulanger, une semaine après il n’y avait plus rien ; heureusement l’épicier faisait aussi crédit !!! Sans compter la venue du médecin pour ces enfants souvent malades , malnutrition, froid, habillement sommaire, absence de chauffage dans la maison etc …etc …..C’était un rituel ,ma mère nettoyait la grande table de la cuisine, lavait le linoléum, ainsi le médecin pouvait s’assoir et prescrire son ordonnance . J’étais toujours à l’entour sans jamais dire un seul mot. Le médecin aussi nous faisait crédit …. Mais il fallait aller payer dès la prochaine quinzaine versée .L’on comprend mieux pourquoi la paie fondait sitôt venue. Je revois ces enveloppes marron demi-format dans laquelle se tenait l’argent en billets et pièces d’appoint avec le bulletin de salaire écrit au stylo, si précieux sésame . Un jour, je me souviens ma petite sœur Suzanne âgée de quatre ans pris l’enveloppe posée sur la table imprudemment et porta l’enveloppe après avoir ouvert la petite porte située sur le devant dans l’unique poêle de la cuisine !!! Par je ne sais quel réflexe de survie ; ma mère arracha l’enveloppe du poêle qui commençait à s’embraser !!!!! Oh mon Dieu dit-elle !!!! Si elle invoquait Dieu, c’était très sérieux pensais-je alors , le recours ultime, quand il n’y a plus rien à faire .

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

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