Fondation Louis-Vuitton Paris . Exposition Chtchoukine : 130 chefs-d’œuvre d’un coup, c’est exceptionnel !

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Paul Gauguin 1901        » Le gué  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Matisse 1908       La desserte « Harmonie en rouge  » printemps été      Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Paul Gauguin   été 1892   » Aha oé Feii  » ( Eh quoi tu es jalouse )   Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Matisse      » La dame en vert  » été 1909        Musée d’état de l’Ermitage Saint Pétersbourg

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Henri Matisse  1911        » L’atelier du peintre  »  (L’atelier rose ) Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Vincent Van Gogh  Début janvier 1889      » Portrait du docteur Rey  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Matisse  1908      » Nu noir et Or  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Georges Braque  1909       » Le château de la Roche-Guyon  »   Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Pablo Picasso    » Trois femmes  »     Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Paul Gauguin     » La cueillette des fruits  »   Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Edgar Degas  1875    » La danseuse dans l’atelier du photographe  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Claude Monet  1866    » Le déjeuner sur l’herbe  »   Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Paul Cézanne  1888- 1890      » Mardi gras  »   ( Pierrot et Arlequin )    Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Rousseau ( dit le douanier )  fin 1908 juillet 1909     » Combat du tigre et du buffle  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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André Derain  1912   » Le bois  »  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Matisse 1905-1906     » Vue de Collioure  »         Musée d’état de l’Ermitage Saint Pétersbourg

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Paul Cézanne  1879 /1880    » Fruits  » (détail ) Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Pablo Picasso Printemps  été 1907   » Femme tenant un éventail  »     Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Pablo Picasso  Aout Automne 1908 « Buste de la fermière  » (détail) Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Pablo Picasso 1901  » buveuse d’Absinthe  » (détail)    Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Henri Matisse 1911  Gros plan sur  » l’atelier de l’artiste  » ( l’atelier rose )  Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Maurice Denis 1893   « Portrait de la femme de l’artiste  »      Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Kasimir Malevitch   1930 1932       » Femme avec râteau  »          Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Palais Troubetskoï  à Moscou   Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

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Sergueï Ivanovitch Chtchoukine  1916  (né troisième d’une fratrie de dix enfants en 1854 ,il meurt à Paris dans l’anonymat en 1936 )    Musée d’état de l’Ermitage  Saint Pétersbourg

 

Bernard Arnault dévoile l’exposition  évènement : »Icônes de l’art moderne, la collection Chtchoukine.

L’homme le plus riche de France, patron du groupe LVMH, inaugurera la semaine prochaine, dans sa fondation Vuitton, à Paris,

par Monique Younès , rédaction numérique de  RTL publié le 14/10/2016

Le 22 octobre, aura lieu l’inauguration d’une exposition événement de la Fondation Louis Vuitton, Les Icônes de l’art moderne, la collection Chtchoukine, du nom de l’homme d’affaires russe du début du XXe siècle Sergueï Chtchoukine. Un des premiers collectionneurs de l’avant-garde française. Le public français pourra admirer un ensemble de 165 chefs-d’œuvre dont certains ne sont jamais sortis de Russie. Bernard Arnault, le président de la Fondation Vuitton vient régulièrement voir l’avancement de l’accrochage de l’exposition.

Si ce n’est pas un miracle, c’est tout de même un prodige. La sortie de Russie de la collection Chtchoukine, sans doute la collection la plus importante de l’histoire de l’art moderne, a été négociée avec les autorités russes dans un climat encore plus tendu qu’aujourd’hui. En pleine affaire des mistrals non livrés à Moscou. « Je dois vous dire que j’ai trouvé Vladimir Poutine en privé, assez sympathique et ouvert. Différent de l’image qu’il montre dans les médias. Mais, je ne suis pas chargé des relations internationales de la France », explique Bernard Arnault.

Une collection exceptionnelle

À la Fondation Vuitton, vous serez aussi épaté par cette collection exceptionnelle et par la manière qu’avait Sergueï Chtchoukine de tapisser les murs de son palais à Moscou avec ses 30 Cézanne, ses cinquante Picasso, ses vingt-trois Matisse, ses treize Gauguin et autres Van Gogh. Les murs du domicile parisien de Bernard Arnault ne semblent pas si chargés.

L’atelier rose, comme certains tableaux de la collection Chtchoukine ont été restaurés grâce à la Fondation Vuitton. La collection a souffert des outrages du temps mais surtout des soubresauts de l’Histoire. Pendant la guerre de 40, au moment de l’invasion allemande il a fallu envoyer tous ces trésors en Sibérie. Si le gel est l’allié préféré des généraux russes, il reste l’ennemi de la peinture, même moderne, même cubiste.

La collection Chtchoukine : l’exposition évènement à la Fondation Louis Vuitton

L’exposition « Icônes de l’art moderne. La collection Chtchoukine », présentée à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 20 février 2017, rend hommage à l’un des mécènes les plus influents du siècle dernier, Sergueï Chtchoukine. Un éblouissement.

Collectionneur russe audacieux et militant de l’art affranchi de tous préjugés, dont la collection, comme le rappelle Anne Baldassari, conservateur général du Patrimoine et commissaire général de l’exposition, « reste encore aujourd’hui méconnue du grand public occidental. Depuis sa dispersion en 1948, elle n’a jamais été réunie comme une entité artistique singulière et cohérente ».

À Paris, l’exposition donne à voir 127 des 278 œuvres acquises par Chtchoukine auprès de ceux qui sont aujourd’hui les peintres les plus cotés au monde, mais qui à l’époque étaient souvent peu connus ou peu appréciés. Notamment 8 Monet, 8 Cézanne, 12 Gauguin essentiellement de la période tahitienne, 29 Picasso dont beaucoup de toiles cubistes, et 22 Matisse, à qui une salle entière est dédiée. Avec parmi les œuvres présentées du maître, « La Desserte » qui constitue la première grande commande faite par Chtchoukine à Matisse en 1908.

Troisième d’une fratrie de dix enfants, Sergueï Ivanovitch Chtchoukine est né en 1854 à Moscou au sein d’une famille de marchands dans le commerce du textile dont il reprit plus tard la firme familiale « Chtchoukine & Fils » avant de devenir l’un des plus grands négociants en textile de Moscou. Les voyages en Asie Centrale et en Inde se succèdent à la recherche de modèles pour répondre à l’engouement des Russes pour les tissus décoratifs.

Industriel reconnu, il épouse en 1884 Lydia Koreneva avec qui il fondera une famille qu’il installera dans le palais Troubetskoï à Moscou. C’est à cette époque que Chtchoukine débute sa collection avec l’acquisition de tableaux d’artistes norvégiens, allemands et anglais et qu’il rentre contact avec les marchands d’art Paul DurandRuel, Ambroise Vollard et Berthe Weill.

De 1897 à 1907, sa collection est déjà importante puisqu’elle compte treize Monet dont Le Déjeuner sur l’herbe, huit Cézanne, seize Gauguin tahitiens, quatre Van Gogh, trois Renoir, cinq Degas et bien d’autres perles encore.

un éblouissement

Au-delà de la création d’une collection, Chtchoukine travaille également la composition, notamment avec ses tableaux de Gauguin qu’il accroche bord à bord à la manière des iconostases orthodoxes.

Conscient du caractère novateur, parfois provocateur, des œuvres qu’il a réunies, le collectionneur veille à ce qu’elles soient accessibles à tous en ouvrant ses galeries au public dès 1908. Visitée par les amateurs, artistes et intellectuels, la collection qui constitue une onde de choc plastique et émotionnelle, contribue précocement à la découverte des avant-gardes françaises comme à marquer fortement la création contemporaine en Russie, en donnant naissance au cubisme, au suprématisme et au constructivisme.

La révolution de 1917 met fin à la monarchie et la communauté artistique de Moscou salue les temps nouveaux. Chtchoukine apparaît comme un visionnaire de l’art moderne par les progressistes et sa collection incarne l’art le plus radical de son époque. Son destin le sépare de celui de sa collection en 1918. Date à laquelle elle fut déclarée propriété du peuple suite à la spoliation de Chtchoukine par Lénine arrivé au pouvoir. Le Palais Troubetskoï devint alors le premier musée d’art moderne occidental.

Frappé par des tragédies personnelles (la perte successive de deux de ses fils et de son épouse), puis chassé par la révolution, celui qui fut l’un des mécènes majeurs de son temps disparaît en 1936, dans l’anonymat, à Paris – là même où son nom était célébré, du temps de sa splendeur, dans les milieux d’avant-garde.

Il faut saluer la pugnacité d’AndréMarc Delocque-Fourcaud, le petit-fils de Sergeï Chtchoukine, qui est à l’initiative de ce projet d’exposition, pour obtenir l’accord des musées, peu enclins à travailler ensemble, mais aussi celui des gouvernements des deux pays où les tractations diplomatiques ont été mises à contribution.

Ce dernier vit à Paris et « Cela fait 25 ans que ma mère avait écrit au président de la Russie pour parler de Chtchoukine qui était complètement oublié. Cela fait quatre ans et demi que le directeur du musée de l’Ermitage a dit : « Allons-y’. Et j’ai vu comme un miracle s’accomplir », raconte-t-il aujourd’hui en soulignant aussi le devoir de mémoire ainsi rendu.

Une exposition majeure donc dont on ressort ébloui par l’œil avisé, passionné et prolifique du collectionneur dans ce bel ouvrage qu’est le bâtiment conçu par l’architecte américain Franck Ghéry.

Sergueï Chtchoukine : « Dès 1898, il a créé une collection d’art contemporain français »

Anne Baldassari est commissaire générale de l’exposition événement consacrée au mythique mécène russe à la Fondation Louis-Vuitton de Paris.

Sergueï Chtchoukine : « Dès 1898, il a créé une collection d’art contemporain français » Crédit Image : MARTIN BUREAU / AFP Crédit Média : Florence Cohen et Ludovic Galtier publié le 30/10/2016

C’est l’une des expositions les plus courues à Paris : depuis le 22 octobre, le mécène russe Chtchoukine est à l’honneur dans les couloirs de la Fondation Louis-Vuitton. Plus de 15.000 personnes ont visité Icônes de l’art moderne durant le premier week-end. Au micro de RTL, Anne Baldassari, commissaire générale de cette exposition, décrit ses grands axes. »On y voit 130 chefs d’oeuvre qui nous viennent de la collection de Sergueï Chtchoukine. Il s’était dédié dès 1898 à créer une collection d’art contemporain français(impressionnisme, post-impressionnisme, fauvisme, cubisme, ndlr). À cette époque, les artistes français n’avait aucun crédit : le grand public allait se moquer, allait rire. Ces artistes étaient la proie favorite des caricaturistes. »

Cette collection a été tenue secrète pendant de longues années. L’ancienne directrice du Musée Picasso à Paris rappelle que « cette collection a subi les grandes turbulences de l’histoire puisqu’à partir de la fin des années 1920, elle a été à la base de la création du premier musée d’art moderne au monde, créé par les artistes et les intellectuels russes à partir de 1919. Cet art est devenu l’emblème d’un art bourgeois, d’un art décadent et avec la montée du stalinisme, cette collection a été mise au secret, séparée, puis interdite. »

Exposition Chtchoukine : 130 chefs-d’œuvre d’un coup, c’est fou !

(AFP/Martin Bureau.)Yves Jaeglé  21 octobre 2016

Sergueï ChtchoukineCollection ChtchoukineFondation Louis VuittonExposition

La Fondation Louis Vuitton présente, à partir de demain, la prestigieuse collection Chtchoukine : Monet, Cézanne, Matisse, Picasso et tant d’autres en majesté. L’événement de la saison.

Certaines expositions vous coupent la parole. Vous vous sentez un peu bête devant ces chocs successifs, cette lame de fond, à répéter 130 fois, devant chacun des tableaux, après une interjection : « Que c’est beau. » Un peu court, n’est-ce pas ? Sergueï Chtchoukine (1854-1936), l’un des plus grands collectionneurs du début du XX e siècle, était-il un ogre ? Il semble impossible qu’un seul homme ait acheté, et contemplé en son palais moscovite, autant de peintures magistrales, de celles que l’on regarderait des heures, qui vous accompagnent toute une vie. Même d’Odilon Redon, il a « le » chef-d’oeuvre. Même d’artistes oubliés, comme Eugène Carrière, il a déniché la singularité.

 

Mais, bien sûr, les foules vont aller voir « Icônes de l’art moderne : la Collection Chtchoukine », pour ses salles gorgées de Gauguin, de Matisse, de Picasso, de Derain, de Douanier Rousseau, de Signac, et à chaque fois les meilleurs possibles. Pour cette « Sainte Victoire » de Cézanne, un « cristal », comme dit Anne Baldassari, la commissaire de l’exposition, qui avait orchestré le succès de « Picasso et ses maîtres » au Grand Palais.

 

Plus c’était fou, plus Chtchoukine aimait

 

Elle a choisi une scénographie minimale, pour « laisser parler les oeuvres ». Mais pas n’importe comment : portraits de femmes, autoportraits d’artistes, paysages, mouvement subtil vers le fauvisme et le cubisme, à travers « un siècle de peinture en un musée », ou une expo, de Courbet et Monet aux avant-gardes. Chtchoukine, très pudique, n’aimait pas les nus. Il cachait ses Gauguin. Quand il en achète un, c’est le « Nu noir et or » de Matisse, sur une impulsion sans doute, puisque le tableau a été peint et acquis en 1908. Sidérante femme recouverte de quoi : cendre, ombres, poussière surnaturelle ? Le corps est montré et caché dans un même mouvement. Plus c’était fou, plus Chtchoukine aimait et fonçait. Un « oeil », comme on dirait un « nez » de parfumeur : l’image est de son petit-fils, dans le catalogue, qui recense les 275 oeuvres acquises par son grand-père.

 

La Fondation Louis Vuitton en présente environ la moitié. C’est la première fois, depuis que le sexagénaire a fui la Russie devenue soviétique pour s’installer en France en 1918. Sa mort, en 1936, lui a évité de savoir que Staline, qui détestait cet art « bourgeois », contraire au réalisme socialiste, a séparé la collection en deux blocs, l’un au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (alors Leningrad), l’autre au musée Pouchkine de Moscou. « Interdits d’exposition, ces tableaux emblématiques disparurent pour un temps des cimaises et des publications de ces grands musées russes », écrit Anne Baldassari dans l’introduction du catalogue, une somme lui aussi. Staline est mort, les tableaux ont retrouvé la lumière. Chtchoukine, ce « collectionneur-héros », comme l’a surnommé un critique en 1912, triomphe aujourd’hui à Paris. Un nom imprononçable que l’on bégaie, comme lui : nom de dieu, d’un immense bonhomme.

  

Merci, M. Chtchoukine

 

Un collectionneur, c’est un joueur, capable de faire sauter la banque. Comme un artiste, il a ses périodes, bleue ou rose, réaliste ou moderniste. Sergueï Chtchoukine a eu une première collection d’art russe classique, qu’il a entièrement revendue, comme on rejoue sa mise, pour s’attaquer à ses contemporains mal-aimés, et pas trop chers à l’époque, Matisse et Picasso en majesté, Cézanne, Monet… Il aimait se faire peur : « J’ai acheté cet homme fou », déclare-t-il au sujet de Gauguin. Qui à l’époque ne coûtait pas cher. « La totalité de ses 275 tableaux, Chtchoukine les a acquis pour l’équivalent de 15 M€. C’est moins que le prix d’un seul tableau d’une star de l’art contemporain aujourd’hui », sourit Anne Baldassari, commissaire de l’exposition.

 

Mais qu’avait de génial ce fils d’un magnat du textile ? Une soif de revanche. « C’est un enfant malingre à la tête énorme, perpétuellement souffrant, affligé d’un bégaiement si intense qu’il parvient à peine à s’exprimer », écrit son petit-fils, André-Marc Delocque-Fourcaud Chtchoukine, dans le catalogue de l’exposition. De ses maux, l’ado KO fait un style : quitte à être différent, le voilà dandy, végétarien forcené.

 

Chtchoukine n’arrive pas à Paris en terrain conquis. « Il voyait sa collection comme un futur musée. Il a été très bien éduqué, formé, par des marchands français qui étaient de vrais passionnés, comme Durand-Ruel ou Vollard. Matisse aussi l’a beaucoup conseillé, ils sont devenus amis. Avec Picasso, très antibourgeois, c’était plus distant », ajoute Anne Baldassari. N’empêche : quand Matisse emmène Chtchoukine au Bateau-Lavoir, l’Espagnol est bien content de lui vendre des toiles pour manger à sa faim. Surtout que le collectionneur achète tout l’atelier. Cet archétype du Russe éclairé et fortuné tel que les haïssent les bolcheviques passe entre les mailles de la Révolution. Malin, il a transféré ses avoirs financiers à l’étranger dès 1913. « Trotski le connaissait. Il a été protégé. Chtchoukine a donné sa collection à la ville de Moscou. A sa manière, il a été révolutionnaire en montrant sa collection, qui a inspiré les jeunes artistes russes », ose Anne Baldassari. L’industriel s’exile à Paris en 1918, à 67 ans. Bizarrement, alors qu’il vit enfin dans la ville de ses peintres amis, il coupe tout contact avec le milieu de l’art, ne collectionne plus rien. Le fou de couleurs s’efface dans le gris et gomme son existence. Jusqu’à sa mort en 1936, il ne reverra jamais ses trésors.

  

Un rêve de 30 ans

 

Il est assez rare de lire un catalogue d’exposition préfacé par « Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie », ainsi que par François Hollande. La rétrospective « Icônes de l’art moderne : la Collection Chtchoukine », du nom de ce collectionneur russe du début du XXe siècle, a été rendue possible par des tractations au plus haut niveau des deux Etats. Si des tableaux avaient déjà été prêtés ponctuellement, c’est la première fois que 130 chefs-d’oeuvre de cette collection d’exception sortent d’un coup du territoire russe. Poutine devait d’ailleurs l’inaugurer aujourd’hui, mais sa venue en France a été officiellement « reportée » il y a une dizaine de jours dans un contexte diplomatique tendu.

 

L’exposition n’en a pas été menacée pour autant : « Tous les visas de sortie des oeuvres avaient été signés par le ministre russe de la Culture. L’exposition est là, malgré les aléas. Et c’est justice parce que Sergueï Chtchoukine ne collectionnait que des peintres français, il n’achetait qu’à Paris », souligne Jean-Paul Claverie, conseiller de longue date de Bernard Arnault, le président de la Fondation Louis Vuitton et qui a commencé sa carrière au cabinet du ministre de la Culture Jack Lang en 1981. Pour lui, cette exposition est le « coup » d’une vie. Elle a débuté par une amitié : « L’atout personnel, c’est qu’au cabinet de Jack Lang j’ai rencontré le petit-fils de Chtchoukine, qui est français, et nous sommes devenus amis, raconte Jean-Paul Claverie. Il évoquait déjà ce rêve de faire venir en France la collection de son grand-père, l’une des plus belles au monde d’art moderne, sinon la plus belle. »

 

Il faudra des années, voire des décennies, pour que le rêve se réalise. Ambassadeurs, conseillers ministériels, financiers y travaillent. LVMH soutient depuis longtemps plusieurs musées russes. La Fondation a aussi restauré à Moscou « l’Atelier rose » de Matisse, trop abîmé auparavant pour voyager, avant de le faire venir à Paris, dans l’un des 35 convois d’oeuvres. Vuitton va aussi parrainer des artistes contemporains russes. Le coût de cette opération hors normes ? « Laissons le rêve parler », élude Jean-Paul Claverie.

 

Une inauguration digne de Cannes

 

« Il y a quelqu’un qui surveille les tableaux ? » D’un air mi-amusé mi-perplexe, Bernard Arnault, le très puissant patron de LVMH (propriétaire du « Parisien » – « Aujourd’hui en France ») et de la Fondation Louis Vuitton, se retourne vers son conseiller, en entrant dans la salle Picasso, pour y être interviewé d’abord par une télévision russe, puis CNN, et une chaîne autrichienne qui patientent dans la cohue, sans parler des françaises, de France 2 à M 6 sur le pied de guerre. Un ballet de caméras vaguement inquiétant devant les chefs-d’oeuvre du génie espagnol. Une visite et une agitation presque dignes d’un tapis rouge à Cannes pour cette présentation aux médias avant l’ouverture au public demain. Un homme tend son smartphone devant Bernard Arnault à côté de la journaliste russe et se glisse dans l’interview. « Vous êtes qui, monsieur ? » s’approche une communicante sur les dents. Il se retourne, c’est un journaliste connu : « Oh pardon, je ne vous avais pas reconnu. » Devant les caméras, le toujours très mesuré homme d’affaires se montre lyrique : « On m’a dit que certains se mettent spontanément à pleurer en entrant dans les salles Gauguin ou Matisse », lâche Bernard Arnault. Il faudrait demander à Patrick Cohen et à l’équipe de France Inter, qui a réalisé intégralement sa matinale de 7-9 heures hier parmi les tableaux de Matisse. « Quand on délocalise l’antenne, c’est plutôt pour des événements sociétaux. Mais porter la culture, c’est important », confie Laurence Bloch, directrice de la radio. La dernière fois, c’était à la prison de Fresnes, une ambiance moins clinquante. A 10 heures, le studio mobile de la station a déjà déménagé. L’essaim s’est déplacé, la salle Matisse est totalement vide, on se faufile : après l’hystérie, l’extase silencieuse.

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

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