L’endurance,

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Dynastie Ming     Xia Chang  vers 1460

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Zheng Xie 1693-1765

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Qi Baishi 1864-1957

Déjà 1954, j’ai 9 ans et nous déménageons encore, à quelques kilomètres de notre lieu actuel, nous allons habiter une ferme qui vient de se libérer. Les propriétaires monsieur et madame Bosland habitent une ferme qu’ils exploitent avec une dizaine de vaches laitières à moins d’un km, cette deuxième ferme était destinée au fils unique, mais le fils Jean s’éloignera de la paysannerie familiale  pour devenir comptable dans une menuiserie importante du village, les établissements Giraud et frères

Cette ferme est une maison en pierres solides, et sa caractéristique, c’est qu’elle est construite perpendiculairement à la pente du terrain .Généralement les maisons sont toujours construites selon le profil du terrain .Elle est située à l’orée d’un bois de sapin coté Ouest ,et entourée de pâturages sur les trois autres faces ;à l’arrière l’étable et au dessus la grange à foins ,contigu à l’étable l’habitation au rez de chaussée une grande cuisine cimentée au sol ,deux chambres à l’est ; à l’arrière une pièce humide qui servait de laiterie, fromagerie, un escalier de bois accède à l’étage avec deux chambres et un grenier dont une chambre que nous utilisons mon frère et moi dans un lit de 120 cm de largeur avec un énorme édredon pour l’hiver car nous n’avons pas de chauffage .

Au sud, devant la porte d’entrée une grande cour ou affleure la roche de ces montagnes

En face un autre bâtiment appelée grange pour abriter les charrues ,voitures charretières tractée par les animaux chevaux ou bœufs , ainsi qu’un local qui servait de poulailler  et qui était inclus dans notre location et puis le jardin avec un magnifique cognassier à l’entrée à gauche du portillon d’accès .A droite le cabinet appelé WC aujourd’hui, cabanon en bois rudimentaire simplement fermé par un portillon avec un petit crochet

Nous accédons à cette ferme par un chemin en terre battue sommairement empierrée pour éviter l’embourbement des charrettes, les voitures sont extrêmement rares dans les campagnes à cette époque là .Dans le village les routes sont goudronnées dans un rayon d’environ un km autour de l’église, au-delà ce sont des chemins de terre empierrés .

Nous allons à l’école 4 km à faire quatre fois par jour, nous ne mangions pas à la cantine, c’était trop cher .A titre exceptionnel, l’hiver quand les chemins étaient difficilement praticables pour nos petites jambes nous déjeunions chez des gens que ma mère connaissait. J’ai connu trois famille qui m’offraient le déjeuner : la famille Matray Hélène  admirable de gentillesse dont le mari était facteur, cuisinait des endives roulées de jambon avec de la crème béchamel, la famille Breton Yvonne dont le mari était chauffeur poids lourds, je mangeais des rougets les jours de marché au village,c’était la première fois que je voyais des poissons rougeoyant à la tête carré, ainsi que la famille Giraud Marthe qui cuisinait des épinards avec des croûtes de pain grillées .

Ces rares jours ou je mangeais cette nourriture d’exception à l’extérieur c’était deux ou trois journées au maximum par an , lorsqu’il y avait de la neige ou du vent très fort proche de la tempête .Si je m’en souvient encore, c’est qu’à la maison nous mangions quasi invariablement de la soupe de pommes de terre avec un navet et du choux frisé quand c’était la saison ,le tout avec du pain trempé dans le bouillon et parfois un morceau de lard dont les poils mal brûlés  du cochon nous raclait nos petites  gorges encore bien fragile .C’est ainsi que la mémoire reste vive, dans le souvenir des choses exceptionnelles .

En dehors de cela, nous faisions les chemins à pied et j’avais la charge deux à trois fois par semaine de prendre le pain chez le boulanger monsieur et madame Verne installé rue de l’industrie au village .Ma mère passait à la boulangerie payer le pain vers le 10 de chaque mois , c’était la règle,la boulangère sortait son cahier et additionnait les pains achetés .Je devais prendre deux pains d’un kilogramme chacun et les apporter à la maison sans les faire tomber ni grignoter ,ne serait-ce qu’un infime bout de croûte . Je dois vous dire que deux kg de pain à porter, un sous chaque bras pendant 4 km quand vous avez 10 ans c’est lourd, très lourd .Surtout que le pain était à l’époque quelque chose de très noble et qu’il fallait respecter .C’est ma mère qui coupait le pain à table,elle faisait toujours avec la pointe de son couteau le signe de croix au dos du pain avant de l’entamer.Jamais il ne fallait poser le pain à l’envers sur la table.Le pain ne se gagne pas en travaillant sur le dos disait-elle .A l’école nos récitations encensaient Alfred De Vigny, Victor Hugo ou Jules Vallès

Vallès (Jules), né au Puy en Velay  en 1822, mort en 1885. Révolutionnaire et écrivain passionné

« J’ai le respect du pain. Un jour, je jetai une croûte; mon père est allé la ramasser… « Mon enfant, m’a-t-il dit, il ne faut pas jeter le pain; c’est dur à gagner. Nous n’en avons pas trop pour nous, mais si nous en avions trop, il faudrait le donner aux pauvres. Tu en manqueras peut-être un jour, et tu verras ce qu’il vaut. Rappelle-toi ce que je te dis là, mon enfant ! » Je ne l’ai jamais oublié. Cette observation faite avec dignité, me pénétra jusqu’au fond de l’âme; et j’ai eu le respect du pain depuis lors. Les moissons m’ont été sacrées; je n’ai jamais écrasé une gerbe pour aller cueillir un coquelicot ou un bleuet; jamais je n’ai tué sur sa tige la fleur du pain ! »

Tout est dit .Malheureusement dans nos sociétés d’aujourd’hui le pain regorge des poubelles de l’histoire contemporaine .

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Auteur : alarpad 2

N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. Les secrets de la mer Rouge (1931) Henry de Monfreid

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